Rugby

Laura Di Muzio : « Le rugby est le seul sport de combat collectif »

Laura Di Muzio a 32 ans et déjà mille vies. Figure incontournable du Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois (LMRCV), elle est à la fois présidente du club et joueuse de l’équipe première. Comme ses semaines ne sont pas assez remplies, l’ancienne internationale française est également cheffe d’entreprise et consultante TV. Confidences d’une jeune femme qui dédie sa vie au rugby féminin.

Comment êtes-vous arrivée dans le rugby ?

Je suis née le 20 mars 1990 à Estreux, dans le Nord. Personne n’a jamais joué au rugby dans ma famille donc j’ai commencé par le football. J’ai découvert le rugby à 11 ans, au collège Charles Eisen de Valenciennes. On avait un cycle rugby en 6e pour recruter des garçons à la section rugby du collège. J’ai tout de suite accroché mais bien sûr, il n’y avait pas d’équipe féminine. C’est en 3e qu’avec des copines on a monté une équipe pour jouer en UNSS (Union nationale du sport scolaire, NDLR). En seconde, je suis entrée au lycée Antoine Watteau, toujours à Valenciennes, qui proposait une section rugby féminin. À 16 ans, je suis partie jouer en cadettes à Villeneuve-d’Ascq, le meilleur club de la région.

À cet âge-là, vous imaginez faire du rugby votre métier ?

Mon métier, non. Ado, je savais déjà que je n’en vivrai pas. Mes parents m’avaient expliqué que le rugby ne me ferait jamais manger. À 17 ans, j’étais appelée en équipe de France U18 et je préparais un bac ES. Je savais qu’il faudrait travailler à côté, alors j’ai intégré une prépa HEC. Après quoi je suis allée à la SKEMA Business School de Lille. J’étais prête à assumer ce double projet.

Vous savez que vous n’en vivrez pas mais le rugby prend de plus en plus place dans votre vie.

À 18 ans, je jouais en équipe de France U20 et en équipe de France à VII. Puis, en 2010, j’ai connu mes premières sélections en équipe de France à XV. Quand j’ai terminé mes études, j’ai travaillé un an et demi dans une start-up comme responsable marketing. C’était très compliqué. Au bout de trois mois, j’ai demandé des congés pour disputer une étape du circuit à VII, qui se déroule partout dans le monde : Dubaï, Las Vegas, etc. Mon employeur a refusé et j’ai manqué la convocation. Au quotidien, c’était le parcours du combattant. Je terminais la journée à 19 heures et je courais aux toilettes du bureau pour enfiler mes crampons et partir à l’entraînement. Jusqu’à ce jour où je discutais avec un commercial de la boîte et qu’il m’a proposé de créer une entreprise.

C’est la genèse de LJA Sports.

Absolument. Nous sommes en 2016 quand Jannick Jarry, qui est vigneron de profession, vient discuter avec moi et prend connaissance de ma situation. Il n’en revient pas. Tout de suite, il me dit qu’il rêve de travailler dans le sport et que je suis la personne parfaite pour l’accompagner, qu’on va faire bouger les lignes. Je suis dubitative. Je lui dis que je l’appellerai mais je ne le fais pas. J’ai compris qu’il n’allait jamais lâcher l’affaire. Il a insisté et il a eu raison. J’ai accepté et j’ai intégré ma coéquipière au LMRCV, Alexandra Pertus, au projet. Il y a six ans, on a donc fondé LJA Sports. LJA pour « Ladies are Just Amazing » et pour Laura, Jannick et Alex. Je sais qu’il est difficile de concilier travail et sport de haut niveau. Là, au moins, je gère mon emploi du temps comme je l’entends.

Concrètement, quelles sont les actions menées par votre entreprise ?

Nous proposons des animations à des entreprises et à des associations désireuses de souder leurs équipes en s’appuyant sur les valeurs du sport. Nous pouvons intervenir dans une entreprise de 20 salariés comme réaliser une conférence devant 3 000 personnes. LJA Sports a pour vocation de promouvoir les valeurs du sport mais également de démocratiser l’accès des femmes au sport de haut niveau. Nous accompagnons des sportives dans la gestion de leur carrière et nous avons créé un fonds de dotation en faveur du sport féminin.

Vous évoluez depuis 15 ans dans le microcosme du rugby féminin. Comment évolue-t-il ?

En France, le rugby féminin n’est toujours pas professionnel. Il y a une trentaine de joueuses semi-professionnelles qui sont sous contrat avec la Fédération et gagnent 2 000 à 3 000 euros par mois. Ce sont des exceptions, les autres ne peuvent pas vivre du rugby. Dans le rugby masculin, il y a deux championnats professionnels et un championnat semi-professionnel donc plusieurs centaines de joueurs qui en vivent. Si un joueur de troisième division peut vivre du rugby, une joueuse de première division doit pouvoir en vivre aussi. Je suis révoltée par ces écarts de salaire car la différence se fait sur le genre et non sur le niveau. C’est injuste. Comment participer à cinq entraînements par semaine et à un match le week-end quand on travaille ou qu’on fait des études ?

Alors comment faire bouger les choses ?

Je me bats pour la reconnaissance du rugby féminin et pour la fin de cette culture du double projet qui impose aux joueuses un emploi du temps impossible. J’attends plus de considération. La FFR, qui administre l’Élite 1, la première division féminine, organise le championnat en fonction de l’équipe de France. Chez les garçons, la LNR organise les championnats professionnels et elle fait contrepoids à la fédération. Les équipes féminines disposent d’un vivier moins important et comme certains clubs concentrent une grande partie des internationales, on arrête le championnat quand l’équipe de France joue. On se retrouve avec un championnat pensé pour libérer les joueuses internationales mais haché et illisible pour les médias et les sponsors.

L’équipe de France et les clubs ne peuvent pas avancer main dans la main ?

C’est faisable. Pour l’instant, la Fédération voit la vitrine que représente l’équipe de France mais elle oublie l’arrière-boutique. Il faut en effet trouver un juste milieu, trouver une équité de moyens entre l’équipe de France et les clubs. Ce sont ces derniers qui forment les championnes de demain. Bien sûr que les Bleues sont une vitrine à l’internationale mais il faut que ça suive à tous les niveaux. La Fédération doit mieux nous accompagner.

Laura Di Muzio entraînement FFR
Le mercredi 16 mars 2022, l’Équipe de France à 7 développement féminin s’entraînait au stade Emmanuel-Théry de Villeneuve-d’Ascq. L’occasion pour Laura Di Muzio d’observer Léa Gallet, Alycia Christiaens et Flavie Lainé, joueuses du LMRCV, et Aubane Rousset, qui a quitté le club l’été dernier. / © Clara RIGOLI

Vous avez des idées pour repenser ces structures ?

Concernant le championnat, la FFR pourrait s’inspirer du modèle anglais. Là-bas, le championnat féminin est professionnel. La RFU a mis en place un cahier des charges composé de nombreux critères financiers et structurels et les dix clubs y répondant le mieux ont été sélectionnés pour constituer la première division. Dès leur sélection, ils ont reçu une subvention de lancement de la part de la fédération anglaise. Le championnat est financé par un naming. C’est l’Allianz Premier League aujourd’hui. Il y a peu, c’était encore la Tyrrells Premier League. Il y avait des paquets de chips à l’effigie des joueuses, ça faisait pas très sérieux (rires) ! Mais c’est un système qui fonctionne.

Encore une fois, l’argent semble être le nerf de la guerre.

C’est évident. Sans argent, on n’évolue pas. Si l’on a de l’argent, on peut se professionnaliser et payer des filles pour jouer uniquement du rugby. Une fille qui travaille à côté du rugby ne pourra pas se concentrer à 100 % sur le sport et être performante. À l’heure actuelle, le budget des clubs est utilisé pour faire en sorte qu’on puisse participer au championnat, se déplacer et loger nos 30 joueuses. Pas pour évoluer. On est en constante recherche de moyens, de sponsors. Il n’y a pas les réserves financières pour se la couler douce.

De l’extérieur, le rugby féminin semble jouir d’une plus grande visibilité qu’auparavant.

Le rugby féminin se fait une place et la tendance commence à s’équilibrer. L’écart avec d’autres disciplines reste important : en football, en handball ou en water-polo, les filles sont déjà professionnelles. Les choses sont en train de changer. C’est la génération d’après qui récoltera les fruits que nous plantons et qui pourra être rémunérée comme les hommes. Le combat continue.

Quand on jette un œil à l’Élite 1, on voit de plus en plus d’équipes rattachées à des clubs de Top 14. En plus des inégalités femmes-hommes, il y aurait des inégalités femmes-femmes ?

Dans les Hauts-de-France, il y a 10 000 licenciés à la FFR dont 500 au LMRCV. Il n’y a pas de gros club masculin de rugby dans la région. On fait partie de ces clubs, comme Bobigny et Rennes, qui ne bénéficient pas de la visibilité et des infrastructures des clubs professionnels pour se développer. Au contraire de Clermont ou de Toulouse. Donc oui, ça pose un problème d’équité. Mais ne nous-y trompons pas : le rugby masculin est une superbe locomotive pour le rugby féminin. Quand le Lille Métropole Rugby, aux portes de la Pro D2, a déposé le bilan en 2016, on a entendu que c’était une bonne nouvelle pour nous, qu’on allait en profiter. Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça !

Vous, c’est le LMRCV, vous en êtes présidente. Comment le club accompagne-t-il ses joueuses ?

Il y a quatre ans, nous avons créé un centre d’entraînement labellisé (CEL). Il s’agit du seul CEL exclusivement féminin dans le rugby français. Chaque année, plusieurs joueuses de moins de 22 ans en font partie et bénéficient de créneaux d’entraînement supplémentaires, d’un suivi diététique et d’une préparation mentale. Ça leur permet de se concentrer sur le rugby. Par ailleurs, le club prend en charge leur carte de transport et la moitié du loyer. On accompagne les filles dans leurs projets de vie, leurs études, leur travail.

À votre époque, c’était difficile d’organiser sa vie pour les jeunes joueuses. Ça l’est toujours ?

Elles doivent se mettre en tête qu’elles ne vivront pas de notre sport. Beaucoup nous disent : « J’ai du mal avec les études mais tant pis, je vais repiquer mon année. » C’est hors de question ! Elles ne doivent pas se pénaliser. On a mis en place un entretien mensuel avec elles sur la gestion des études. Ça nous permet de faire le point et de s’assurer qu’elles ne décrochent pas. On échange aussi avec les tuteurs, les employeurs. La plupart des jeunes sont à l’internat au lycée Beaupré d’Haubourdin, où elles sont sont suivies de près.

Cet accompagnement, vous ne l’avez pas reçu. C’est pour ça qu’il vous tient autant à cœur ?

À mon époque, en effet, nous n’avions aucun accompagnement en dehors du terrain. Je veux donner aux jeunes le sentiment que j’ai connu. Quand j’ai commencé le rugby, j’étais toute rouge dès qu’il fallait parler en public. Ce sport m’a permis de m’épanouir. J’ai tout de suite senti que j’avais ma place, que j’avais le pouvoir de m’exprimer librement. Le sens de mon action, c’est ça : que le LMRCV devienne une famille, que tout le monde y trouve la place de s’exprimer. Je veux créer une bulle d’épanouissement.

Pourquoi avoir accepté la présidence du LMRCV ?

Ce club, c’est une grande partie de ma vie. Il m’a accompagné de mon adolescence à aujourd’hui. Il représente énormément de choses pour moi. Au-delà de l’aspect sportif, c’est tout ce que j’ai construit dans les relations humaines. Ça fait 15 ans que je m’implique au-delà du terrain. Je ne m’investis pas que pour le sport mais pour ce que je vis au quotidien avec le staff, les joueuses. Mais je n’avais pas du tout prévu de devenir présidente.

« Ton rôle, c’est de gérer les emmerdes. »

Dans quelles circonstances vous a-t-on proposé le poste ?

En mars 2021, le président Geoffrey Brément est venu me voir. Il m’a annoncé qu’il voulait arrêter et qu’il pensait que j’étais la bonne personne pour lui succéder. Il m’a avertie : « C’est une position très usante. Ton rôle, c’est de gérer les emmerdes. Ça nécessite un engagement énorme et un travail colossal. » J’étais réticente. Je souhaitais m’impliquer au sein du club mais je ne me voyais raccrocher les crampons. Puis au mois de juin, au terme d’une longue réflexion, j’ai sauté le pas. C’était le moment, si je voulais agir et impulser de nouveaux projets. Je me suis dit : « Laura, si tu ne prends pas les choses en main, tu ne pourras pas te plaindre si le club n’évolue pas comme tu l’imagines. » Alors, le 11 juillet 2021, je suis devenue présidente du LMRCV. Et je continue à jouer.

Quelques mois plus tard, vous confirmez ? Votre rôle, c’est de gérer les emmerdes ?

Il y a des bons moments quand même ! Mais oui, la présidence, c’est un délire. Gérer un budget de 800 000 euros, 500 licenciés dont quatre équipe de filles, quatre équipes de garçons et 150 enfants… ce n’est pas simple. Ma vie s’organise autour du rugby, je fais des semaines de dingue. Depuis que j’ai pris la présidence, j’ai à cœur de renforcer la #LMRCVfamily. Les différentes sections du club fonctionnaient chacune de leur côté, ne communiquaient pas entre elles. Je sais que c’est compliqué mais je veux créer de la transversalité, des liens forts, que le club devienne une grande famille solidaire. Mon objectif est l’épanouissement des licenciés. On peut créer de l’interaction pour que joueurs, joueuses, staffs et bénévoles trouvent leur place et s’épanouissent.

Comment s’y prendre pour créer des liens entre tout ce monde ?

Ça passe par l’instauration de rituels. Que les filles aillent voir les garçons jouer et vice-versa, l’organisation de soirées pour que tout le monde se retrouve. On essaie de retransmettre le maximum de matchs de nos équipes, de diffuser une newsletter à l’intention des licenciés. Notre devise c’est : solidarité, ambition, épanouissement. Plus que le plaisir, c’est l’épanouissement que l’on recherche. Pour cela, on pense que l’ambiance familiale qu’on met en place est indispensable.

Votre prédécesseur a vu en vous la personne idéale pour lui succéder. Vous a-t-il dit pourquoi ?

Pas vraiment. Je ne me projetais pas à cette place mais depuis que je suis à Villeneuve-d’Ascq, je me suis toujours investie. Avec Alexandra Pertus, aujourd’hui coach de l’équipe, on a créé le site internet et la page Facebook du club. On organisait des tournois pour les jeunes et d’autres événements pour rassembler les licenciés. Ça nous saoulait d’être au meilleur niveau mais que personne ne nous connaisse. Donc on essayait de se mettre en avant. Avec mes coéquipières et les bénévoles, on menait des actions pour faire connaître l’équipe, pour montrer que le club se structurait. J’étais investie dans la vie du club, dans la communication, sans jamais penser à plus.

« Un jour, il va falloir m’interdire de jouer pour que j’arrête ! »

Quand vous avez accepté le rôle de présidente, vous pensiez arrêter de jouer. Et pourtant…

Malgré mes 31 ans, je ne me voyais pas raccrocher. Me dire que je ne jouerai plus au rugby était impossible. C’est ce qui a été le plus difficile dans ma prise de décision. Je m’y suis résolue mais ça n’a pas duré longtemps… Comme si je n’avais pas assez de casquettes, je suis retournée sur le terrain avec les filles. Un jour, il va falloir m’interdire de jouer pour que j’arrête ! J’ai d’abord repris une licence en réserve pour donner un coup de main aux jeunes. Avec deux entraînements par semaine au lieu de cinq en Élite 1, je me dégageais du temps pour la présidence. J’ai joué en réserve pendant quatre mois puis en décembre, on m’a proposé de revenir en première… J’ai craqué !

Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?

J’ai vécu beaucoup de choses dans ma carrière donc maintenant je joue pour le plaisir et pour transmettre. J’ai passé l’âge d’être sous pression. Je suis là pour accompagner les filles, les rassurer. Je viens apporter de l’expérience et de la confiance à un groupe très jeune qui lutte pour son maintien et va sûrement jouer le play-down. La reprise fut dure ! Début janvier 2022, après les fêtes, les tests physiques ont été une torture. Le sport, c’est horrible : tu peux être à fond pendant dix ans, tu t’arrêtes six mois et tu as tout perdu. Là ça va, j’ai repris le rythme.

Quand on consacre 15 ans de sa vie à jouer au rugby, comment tourne-t-on la page ?

J’aimerais bien savoir ! Je ne sais pas ce que c’est de ne pas être une sportive de haut niveau. Quand on est sportif de haut niveau, on a une horloge dans la tête, tout est « timé » en permanence. Comment s’en défaire ? Je ne sais pas ce que c’est de ne pas avoir d’adrénaline le dimanche. La préparation dans les vestiaires, c’est le moment que je préfère. Le match est anecdotique. Ce qui compte pour moi, c’est de le préparer avec l’équipe. Ce moment, ce maillot, il se mérite. Je n’ai pas envie de perdre ces moments suspendus dans le temps.

L’émotion que procure le rugby, particulièrement ?

Particulièrement. Car le rugby est le seul sport de combat collectif. Je pars au combat avec mes coéquipières et je suis obligée de leur faire confiance. On met notre intégrité physique en jeu mais on le fait ensemble. On trouve en l’autre les ressources que l’on n’a pas en soi. J’aime voir ce que le rugby fait de nous, comme il nous unifie.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Sans aucun doute le titre de championnes de France 2016 avec le LMRCV et ces putain de nanas. J’ai de formidables souvenirs dans ce club dont j’étais capitaine – jusqu’à ce que je passe le relais à Léa Gallet en 2020 – et dont je suis aujourd’hui présidente. J’ai connu le rugby à XV comme n°12, le rugby à VII au talon, les équipes de France jusqu’à mes 25 ans, j’ai vécu pas mal de choses. Puis j’ai pu voir l’évolution. Je me souviens qu’à VII, le circuit était très amateur. Quand on jouait contre la Russie, on affrontait en fait Moscou, qui faisait office d’équipe nationale ! Puis, fin décembre 2009, le CIO a annoncé que le rugby devenait sport olympique. En février 2010, on a vu la Chine arriver avec de nouveaux équipements de la tête au pied. C’est allé très vite.

Dans le rugby masculin, on parle beaucoup des commotions cérébrales et des conséquences sur la vie des sportifs. Nous en avions discuté avec Joris Segonds. Le rugby féminin est-il lui aussi touché par ce phénomène ?

Bien sûr. C’est beaucoup moins médiatisé mais le phénomène existe. Comme il y a moins de moyens que dans le rugby masculin, il y a aussi moins de suivi. On a des staffs médicaux très réduits, qui se limitent parfois à un kiné. La détection est difficile mais le plus compliqué, c’est de convaincre les joueuses. Je le sais, j’ai été à leur place, on n’a jamais envie de sortir. Je préfère que le staff prenne ses responsabilités et sorte la joueuse, même si on perd le match, plutôt que la mettre en danger. Il y a quand même du progrès : quand j’ai démarré, il n’y avait aucune prévention.

Depuis quelques années, vous exercez l’activité de consultante. Comment avez-vous débuté ?

J’ai été contactée par Sud Radio pour commenter la Coupe du monde féminine de rugby en août 2014. Je m’attendais à tout sauf à ça. Je n’avais aucune expérience, aucune préparation. On m’a briefée sur les bases : ne pas chevaucher la voix du journaliste, etc. Je commentais avec Alexandre Priam, qui était à l’époque un jeune journaliste, et ça s’est très bien passé. Deux ans plus tard, c’est France Télévisions qui m’appelle pour me proposer de commenter des tournois de rugby à VII aux côtés de Jean Abeilhou. Le courant passe bien. Et en 2018, la chaîne cherche quelqu’un pour succéder à Estelle Sartini et commenter l’équipe de France féminine à XV. Jean Abeilhou propose mon nom. Et depuis, je commente avec lui.

En quoi cette activité vous plaît ?

C’est un vrai kiff de faire vivre le match aux téléspectateurs. C’est devenu une passion. Il faut juste faire abstraction des deux millions de personnes qui t’écoutent ! Travailler avec Jean Abeilhou, c’est vraiment génial. Il est ultra pro, passionné par son métier. C’est un plaisir de travailler avec lui. En tant que consultante, je dois apporter mon expertise de joueuse sur la technique rugbystique. C’est un travail de longue haleine, qui nécessite beaucoup de recherches. Dans le rugby féminin, c’est parfois compliqué de trouver des informations sur certaines équipes et joueuses étrangères. Avec Jean Abeilhou et Inès Hirigoyen, la journaliste bord terrain, on forme une bonne équipe !

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