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Masters de Monte-Carlo : des étoiles sur terre

A l’aube du premier Masters 1000 sur terre à Monte-Carlo, du samedi 9 avril au dimanche 17 avril 2022, il est compliqué de dégager une hiérarchie claire sur la surface. D’antan, on attendait patiemment une finale Rafael Nadal-Novak Djokovic en se frottant les mains. Mais cette année, pour plusieurs raisons, le tableau sera difficilement lisible. Entre grands absents et jeunes affamés, impossible de prédire ce qui se passera en principauté. Une chose est sûre, la terre monégasque va trembler.

Drôle d’idée que de commencer par parler d’un absent. Oui, mais quand celui-ci s’appelle Rafael Nadal et que l’on parle de Monte-Carlo, c’est un passage obligatoire. Avec onze titres en principauté, l’Espagnol est de loin le plus grand joueur de l’histoire de ce tournoi. Alors qu’il débutait en fanfare sa saison 2022, surprenant tout son monde en s’adjugeant l’Open d’Australie, Rafa a butté sur son plus grand démon : les blessures. En pleine bourre sur le sol américain, et face à son compatriote Carlos Alcaraz (tiens tiens, déjà lui) Rafael Nadal s’est plaint des côtes. Même s’il a finalement vaincu son successeur annoncé, il a ensuite été battu par Taylor Fritz en finale d’Indian Wells. Par la suite, il a annoncé devoir se mettre en retrait quelques semaines pour se soigner. L’impasse sur Monte-Carlo, du samedi 7 avril au dimanche 17 avril 2022, est inévitable.

Des favoris aux trajectoires contraires

De ce fait, le tableau s’ouvre naturellement. Sans l’épouvantail ultime sur terre, les chances des outsiders augmentent. Il faut même parler de favoris. Si en 2021 il n’était encore qu’un brillant espoir, Carlos Alcaraz doit aujourd’hui être considéré comme l’une des plus grandes forces du circuit. À 18 ans, le jeune espagnol a tout pour déjà lancer une hégémonie qui pourrait bien durer. Un physique phénoménal, un bras surpuissant, une rage de vaincre folle… La recette est bonne et elle a déjà porté ses fruits. Récent vainqueur de son premier Masters 1000 à Miami, Carlos Alcaraz est en pleine bourre. Quand on a son talent, son physique et sa soif de victoire, nul doute qu’une addition de confiance peut être dévastatrice.

En l’absence de Rafa, au tour de Carlos de briller.

À ce rythme-là, le Murcien a tout pour devenir martien et la terre rouge de Monte-Carlo pourrait lui sourire. En 2022, Carlos Alcaraz en a fait tomber plus d’un : Matteo Berrettini, Roberto Bautista-Agut, Gaël Monfils, Stéfanos Tsitsipas… Tous ont flanché sous les coups de canon de l’Espagnol. Comment pourrait-il avoir peur de qui que ce soit désormais ? Profitant de plusieurs forfaits, Carlos Alcaraz partira à Monte-Carlo avec la tête de série n°8 ! Exemption de premier tour et voie royale vers les quarts… Le hasard fait bien les choses.

Il y a un joueur que Carlos Alcaraz n’a jamais rencontré. Et pas des moindres : Novak Djokovic. Le Serbe, toujours n°1 mondial, n’a pas encore croisé la route du fougueux Espagnol. Et ce pourrait bien être lui qui le fera redescendre sur terre. Alors oui, les incertitudes sont nombreuses autour de Nole. Avec trois petits matchs seulement disputés en 2022, difficile d’estimer son niveau de préparation et d’aptitude. Mais Djokovic reste Djokovic. Les polémiques qui ont accompagné sa présence sur le sol australien, en janvier 2022, ont pesé sur le circuit. Mais qu’en est-il de lui, de sa faim de victoire, de son excitation de revenir sur le devant de la scène ? À quelques semaines de Roland-Garros, il faudra vite se remettre en jambe et Monte-Carlo pourrait être idéal pour cela. Mais sa récente défaite face à Jiří Vesely, à Dubaï, n’est pas sans rappeler celle qu’il a subi à Monte-Carlo, en 2021.

Ici, Djokovic avait butté sur un Dan Evans revenu de nulle part (4-6, 5-7). Le Britannique avait tracé sa route jusqu’en demi-finale, où il avait rencontré Stefanos Tsitsipas, qui n’avait pas eu a bataillé longtemps pour se défaire de la sensation de la semaine. En 2021, c’est le Grec qui avait triomphé sur la terre battue monégasque. Attendu comme l’une des principales forces sur cette surface, il avait bénéficié d’un tableau clément pour se hisser sans difficulté jusqu’en finale. Andrey Rublev n’avait rien pu faire pour contrecarrer ses plans (6-3, 6-3). En ce début de saison, Stéfanos Tsitsipas semble moins apte à briller, mais le retour sur terre battue peut lui faire le plus grand bien. En pur terrien qu’il est, le Grec peut profiter de ce tournoi pour se remettre sur de bons rails.

Aucun joueur ne semble en mesure de museler le Grec au cours des premiers tours si ce dernier joue à son niveau. Pour entrer en matière, il rencontrera le vainqueur du duel entre Fabio Fognini et Arthur Rinderknech. Séduisant, oui, mais accessible pour Stéfanos Tsitsipas. Ni Diego Schwartzman, ni Márton Fucsovics, ni Félix Auger-Aliassime ne paraissent pouvoir endiguer les plans de Stéfanos Tsitsipas.

Mais pour cela, il faudra que le Grec soit bien présent, et qu’il balaye vite les mauvais signes entraperçus en 2022. Les défaites contre Jenson Brooksby et Roman Safiullin doivent cesser. Et vite. S’il est enfin en paix avec sa récente blessure au coude, Stéfanos Tsitsipas doit performer. Le Grec a de nombreux points à défendre sur terre cette année, et il ne faut pas en perdre dès cette semaine.

Un groupe homogène de poursuivants

Avec les forfaits annoncés de Rafael Nadal, Matteo Berrettini, Daniil Medvedev, et dans une moindre mesure de Dominic Thiem, le tableau s’ouvre.

Alexander Zverev peut-il glaner un Masters 1000 de plus ? Andrey Rublev reviendra-t-il sur le devant de la scène, comme en 2021 ? La surprise peut-elle venir cette fois-ci de Casper Ruud, de plus en plus régulier ? Autant de questions auxquelles on aurait bien du mal à répondre. Aux Etats-Unis, c’est le Norvégien qui a fait la meilleure impression. Accompagné de Jannik Sinner, il pourrait bien être le trouble-fête majeur de cette semaine. En effet, Casper Ruud a tout pour s’immiscer dans la lutte finale. Finaliste à Miami, et déjà triple demi-finaliste en Masters 1000, dont une en principauté l’an dernier, Ruud s’impose comme une valeur sûre, et encore plus sur terre battue.

Grand espoir de la terre battue, Casper Ruud est de plus en plus polyvalent. Suffisamment pour être sacré? (Crédit : Eurosport)

Sur sa route, Casper Ruud aura nombre de joueurs capables de le priver d’un dernier carré : Gaël Monfils ou Hubert Hurkacz, qui s’affronteront au premier tour, ou encore Ugo Humbert et Cameron Norrie tenteront d’empêcher le Norvégien de passer les quarts. La partie basse de tableau sera elle aussi très relevée. Si Alexander Zverev et Stéfanos Tsitsipas doivent se retrouver en demi-finale, les pièges seront nombreux pour les têtes de série 2 et 3. Jannik Sinner fait figure d’épouvantail et posera sans nul doute de gros problèmes à Andrey Rublev si ces deux-là se rencontrent en 1/8è.

Du côté du Russe, justement, difficile d’y voir clair. Après une longue période creuse, le Moscovite a remporté deux titres consécutifs, à Marseille et à Dubaï. Puis une demi-finale à Indian Wells et une élimination au premier tour de Miami face à Nick Kyrgios, avec un méchant 6-0 dans le second set. Rublev va mieux, c’est sûr. Mais qu’en est-il de son réel niveau comparé à ses compères du Top 10 ? Le Russe peut-il encore vraiment progresser et hisser sensiblement son niveau de jeu ? Il arrive à Monte-Carlo avec beaucoup de points à défendre, mais Alex De Minaur, Cristian Garin et Jannik Sinner pourraient bien l’en empêcher. À moins que cela soit Alexander Zverev qui s’en charge en quarts de finale.

Les quarts de finale annoncés sont séduisants. Si la logique des têtes de série est respectée, Carlos Alcaraz et Novak Djokovic se rencontreront à ce niveau-là. Un affrontement sexy sur le papier et qui a tout pour être explosif. La tendance voudrait que le futur lauréat soit un de ces deux-là. Mais comme toujours, la glorieuse incertitude du sport et les capricieux rebonds de la terre battue viendront rebattre les cartes d’un jeu déjà bien compliqué. À Monte-Carlo, le spectacle sur le court n’a d’égal que la splendeur du décor.

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