A l'affiche Autres championnats Foot

À mon époque, ép 1: La belle et funeste histoire de FK Dnipro

Depuis la chute du bloc soviétique, le championnat ukrainien a mis en avant deux équipes sur le plan continental : le Dynamo Kiev et le Shaktar Donetsk. À part le championnat inaugural en 1992, tous les autres ont été remportées par ces deux équipes, laissant dans l’ombre les autres équipes derrière les deux géants nationaux. Mais au milieu des années 2010, un club du pays de Schevchenko va vivre une épopée incroyable en Europa League : le FK Dnipro.

Créé en 1918, le club de la ville éponyme a vécu de belles heures pendant les années 80, en remportant à deux reprises le championnat soviétique (en 1983 et 1988) et une coupe nationale (en 1989). Une fois que le pays obtient son indépendance en 1990, le FK Dnipro fait parti des têtes d’affiche de son championnat sans jamais obtenir le grâal. Malgré des participations récurrentes en Coupe UEFA, le club a dû mal à dépasser le stade des seizièmes/huitièmes de finale. Mais lors de la saison 2014-2015, après avoir fini dauphin du championnat pour la première fois depuis 1993, les coéquipiers de Yevhen Konoplyanka allait connaître une épopée historique.

La grande conquête des Guerriers de la Lumière

Après plusieurs années sous la houlette de Juande Ramos (ex-coach de Séville et du Réal Madrid), le club finit second de la Premier-Liha et se voit qualifié pour les tours préliminaires de Ligue des Champions après la saison 2013-2014. L’équipe de la région de Dniepropetrovsk veut continuer à progresser et disputer pour la première fois « la coupe aux grandes oreilles ». Malheureusement pour eux, dans un contexte de guerre dans la région du Donbass, leurs matchs sont délocalisés à Kiev et ils perdent la double confrontation face au FC Copenahgue et se voient relégués en Europa League.

Le parcours qui attendait les joueurs de Dnipro allait être rocambolesque. Les ukrainiens ont été obligés de passer par un dernier match de barrage face aux croates du Hajduk Split, qu’ils remportent 2-1 sur la phase aller-retour. En phase de poules, l’AS Saint-Etienne, le FK Qarabag et l’Inter Milan de Mauro Icardi et Nemanja Vidic étaient sur leur route pour atteindre la phase à élimination directe. Grâce à deux victoires lors des deux dernières rencontres face aux Stéphanois et aux Intéristes, les joueurs de Myron Markevych se sauvent in extremis et passent en seizièmes de finale. L’Olympiakos, l’Ajax Amsterdam, le Club Bruges vont tomber un à un face à l’équipe dans laquelle on retrouve Nikola Kalinic, Jaba Kankava et Yevhen Konoplyanka. Mais en demi-finale, Les Guerriers de la Lumière allaient affronter le favori de la compétition, le SSC Naples.

L’équipe dirigée par Rafa Benitez et qui compte dans ses rangs des joueurs comme Gonzalo Higuain ou encore Marek Hamsik était désigné futur vainqueur par les pronostiques, démontrant sa pleine puissance notamment en quarts en sortant le VFL Wolfsburg (6-3) sur les deux rencontres. Mais après un match aller au stade de San Paolo qui s’est conclu sur un score d’un but partout, c’est l’attaquant Yevhen Seleznyov qui inscrit le but de la victoire et envoie ses coéquipiers en finale de la C3. Depuis 2009 et la victoire du Chakhtar Donetsk en Coupe UEFA, aucune équipe ukrainienne était parvenue à réaliser cet exploit.

Passés de l’ombre aux feux des projecteurs, les joueurs du FK Dnipro s’apprêtaient à jouer le match le plus important de leur carrière. Sans le savoir, le destin du club allait se jouer le 27 mai 2015, au Stade nationale de Varsovie face au FC Séville, tenant du titre et triple vainqueur de la compétition.

Du grand espoir à la descente aux enfers

La finale d’Europa League constitue l’aboutissement de tout le travail effectué sur plusieurs années par les joueurs et les coachs passés par le FK Dnipro. Face aux joueurs d’Unai Emery, les coéquipiers de Nikola Kalinic savent que l’occasion de jouer une finale européenne est rare voire inexistante dans une carrière. Ce match allait être un tournant historique pour les joueurs mais aussi le club, et pas forcément dans le bon sens…

Pendant 90 minutes, les deux équipes se sont livrées une lutte acharnée pour conquérir l’Europa League. L’ouverture du score de Kalinic (1-0, 7′) a donné bcp d’espoir aux supporters ukrainiens avant que le polonais Krychowiak égalise vingt minutes plus tard. Carlos Bacca donne l’avantage aux Sévillans, avant que le capitaine ukrainien Rotan ramène les deux équipes à 2-2 à la mi-temps sur coup franc. Puis à la 73′, le buteur colombien va infliger le coup de grâce aux joueurs de Dnipro en inscrivant le but du 3-2, qui va permettre aux Rojiblancos de conserver le trophée et ainsi devenir, la première équipe à remporter la compétition à quatre reprises. Malgré cette défaite, le parcours de l’équipe de Myron Markevych reste exceptionnel. Dans un pays touché par la guerre déjà à cette période, le club de Dnipro a rendu fier tout un pays. Mais après un parcours rempli de réussite, le doute va commencer à s’installer comme un virus contagieux, installé par le propriétaire du club, l’oligarque Igor Kolomoyskyi.

Igor Kolomoïskyi, propriétaire ukrainien du club de sa ville natale, le FK Dnipro. (Crédit : Financial Times)

Gouverneur de la région de Dniepropetrovsk, le président du club phare de l’Oblast fait parti de cette longue liste d’oligarques à la réputation sulfureuse et possédant une certaine influence politique dans son pays. Pour le cas de Kolomoïskyi, la controverse à son sujet se porte sur « sa chasse » aux pro-russe dans sa région. La rumeur la plus persistante d’avoir mis à prix la tête d’Oleg Tsarev, ancien député pro-russe et président du Parlement ukrainien pour un million de dollars ou encore de rémunérer à hauteur de 1500 dollars toute personne qui rapporterait des AK-47, 10 000 dollars à qui capturerait un pro-russe. Alors que la guerre bat son plein, le premier dommage collatéral de ce financement est le FK Dnipro. Konoplyanka s’en va librement à Séville alors que beaucoup de clubs souhaitaient le recruter pour une belle somme les années précédentes, Kankava signe à Reims, Kalinic à la Fiorentina. Le début de la dégringolade commence pour le club qui ne remplace pas ses stars et se fait éliminer dès les phases de poules de l’Europa League.

Même si le club finit 3ème du championnat, les problèmes financiers s’enchaînent (salaires impayés notamment), poussant le coach Markevych à démissioner qui se retrouve oblige de payer sa clause libératoire. L’ingérance, l’avidité et les problèmes financiers du propriétaire de Dnipro vont causer la perte du club qui va lentement s’auto-détruire à petit feu.

Silence, on coule

Les dernières années du club ukrainien vont être un véritable cauchemar pour les supporters. Les problèmes monétaires du gouverneur de Dniepropetrovsk vont plomber le club jusqu’à sa mort programmée. Dû aux divers problèmes financiers, la FIFA intervient et sanctionne de douze points le club du sud de l’Ukraine en automne 2016 puis de six de plus en février 2017. Le club est relégué en deuxième puis en troisième division encore par l’organisation dirigée par Gianni Infantino. Peut-être que vous vous demandez : mais où sont tous les joueurs ayant participé à l’épopée européenne ? La majorité d’entre eux sont partis pour rien, nada, wallou. Pas étonnant que le club n’ait plus un rond si les joueurs bankables ne sont pas exploités jusqu’au bout. Au total, ce sont 46 joueurs qui vont quitter le club pour presque rien du tout entre 2015 et 2018. Un comble pour un club qui pouvait espérer s’installer de manière pérenne dans le top du football ukrainien mais qui a été piégé par son propre plafond de verre.

Les dettes ne cessent de s’enchaîner et le club reste en vie grâce à ses jeunes. Mais à quoi bon ? L’intérêt de Kolomoïskyi pour le club est désormais presque inexistant et il ne souhaite plus investir, beaucoup trop concentré sur l’aspect politique de ses affaires. Le club va faire son ultime saison, l’année de leur centenaire, en quatrième division pour la première fois de son histoire. Le résultat est anecdotique, le club décide de mettre la clé sous la porte et de ne pas repartir pour une nouvelle saison, déciant d’abréger les souffrances bien trop douloureuses depuis la défaite en finale de l’Europa League.

Comme un phénix, les cendres du FK Dnipro ont permis de propulser la création et la professionnalisation du SK Dnipro-1, club créé par la légende de la Dnipro Arena, Roman Zozulya en 2017. Le nouveau club de la ville apparaît lors de la saison 2019-2020 en première division après avoir remporté le titre en D2. Alors peut-être, le nouveau FK Dnipro sera capable d’avoir la suite qu’il mérite et récupérer son héritage construit il y a 10 ans.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :