A l'affiche Ligue 1

Ben Arfa, un amer goût d’inachevé

Ecarté suite à son comportement à l’issue du match contre Bordeaux, Ben Arfa ne devrait plus porter la tunique lilloise. Un énième fait divers à mettre à l’actif d’Hatem Ben Arfa, dont la carrière en est jonchée. Le natif de Clamart, qui fait partie de cette fameuse génération supposée « dorée » de 1987, n’en est malheureusement pas à son coup d’essai. Si le talent de Ben Arfa n’est plus à remettre en question, ses choix de carrière auront eu raison de sa pleine réussite. Retour sur la carrière en pointillés d’un joueur qui n’aura jamais su exprimer pleinement son immense talent.

Une fin d’aventure lilloise catastrophique

Au soir du triste match nul du LOSC face à des Girondins de Bordeaux bons derniers du classement (0-0) lors de la 30ème journée de Ligue 1, la situation se tend dans les vestiaires des Dogues. En cause, la piteuse prestation des Lillois, face à des Bordelais apathiques, couplée à l’occasion manquée de se rapprocher des places européennes. Un joueur se montre alors plus virulent que les autres et accable son entraîneur Jocelyn Gourvennec pour son style de jeu jugé trop défensif : Hatem Ben Arfa. L’international français aurait alors perdu le contrôle avant de s’en prendre verbalement à son entraîneur et à ses coéquipiers désabusés. Selon RMC Sport, ce dernier aurait déclaré : « On joue trop bas ici. On ne joue pas comme une équipe qui prétend à une place en Coupe d’Europe. Ce n’est pas Guingamp ici ! ».

Résultat, une mise à pied par le club lillois et une cassure irrémédiable avec le vestiaire et les supporters. Trop dégradants pour le club, les propos de Ben Arfa marquent un point de non-retour dans son aventure lilloise. Evoquant des « coups tordus », le coach Gourvennec assure qu’il « n’avait jamais vu ça durant toute sa carrière », avant que Ben Arfa ne lui renvoie la balle via les réseaux sociaux, critiquant à nouveau avec véhémence l’entraîneur lillois et son président. Une triste fin du côté de Pierre Mauroy pour le si talentueux mais trop sulfureux milieu offensif. Une de plus dira-t-on.

Un début de carrière prometteur

Au soir du 15 mai 2004, Zidane et consorts s’apprêtent à s’envoler pour l’Euro au Portugal. Pourtant, les yeux des recruteurs sont tournés ailleurs : vers le championnat d’Europe des moins de 17 ans en France. A l’issue d’une alléchante finale entre français et espagnols, qui comptaient notamment Piqué et Fàbregas dans leurs rangs, ce sont les tricolores qui remportent le trophée. A la tête de cette génération dorée, nous retrouvons Ben Arfa et ses 3 compères, Nasri, Ménez et Benzema. On prédisait un avenir radieux aux joueurs de cette équipe. Finalement, un seul aura réussi à sortir du lot en la personne de Karim Benzema. Si le Madrilène est indéniablement pétri de talent, ce n’est pas celui qu’on attendait au plus haut. Le vrai talent pur de cette équipe était bel et bien Hatem Ben Arfa.

On leur promettait la gloire sans concession après la victoire face aux Epagnols lors de l'Euro U17 2004. (Crédits : UEFA)
On leur promettait la gloire sans concession après la victoire face aux Epagnols lors de l’Euro U17 2004. (Crédits : UEFA)

Passé par l’INF Clairefontaine et la fameuse promotion 1986, Ben Arfa rejoint à 15 ans le centre de formation de l’Olympique Lyonnais. Rapidement, il gravit les échelons avant de faire ses débuts en Ligue 1 à 17 ans. Petit à petit, il construit son palmarès avec l’OL en remportant 4 championnats et devient un titulaire lors de la saison 2007-2008 à l’issue de laquelle il est élu « Meilleur joueur espoir ». En 2008, il décide de partir à l’OM à la suite d’un premier forcing pour changer de club. Quelques coups d’éclat et un 5ème titre de champion de France plus tard, Ben Arfa ne se satisfait plus de son statut de joker et décide encore une fois de faire le forcing pour quitter la Canebière. Direction Newcastle United et le rugueux et physique championnat anglais sous la forme d’un prêt avec option d’achat.

Le tournant de St James Park

Son aventure dans le Nord de l’Angleterre pourrait représenter un parfait condensé de sa carrière. Entre blessures, apothéoses et coups de sang, Ben Arfa a quasiment tout connu à Newcastle, sauf la stabilité. Tout démarre pourtant très bien avec un but lors de sa première titularisation face à Everton. Mais 2 semaines plus tard, sa saison 2010 – 2011 se termine suite à une double fracture tibia-péroné. Malgré cela, le coach de l’époque Alan Pardew a foi en son potentiel et décide de lever son option d’achat. Loin des siens et de ses attaches familiales commence alors un parcours en chemin de croix pour le milieu offensif. C’est peut être à ce moment-là que Ben Arfa atteint le point de non-retour.

Un tacle de Nigel De Jong qui causera bien plus qu'une blessure physique chez Ben Arfa. (Crédits : Panoramic)
Un tacle de Nigel De Jong qui causera bien plus qu’une blessure physique chez Ben Arfa. (Crédits : Panoramic)

Tout le monde a en tête sa chevauchée fantastique face à Blackburn en FA Cup, but d’ailleurs nommé au prix Puskás et que son entraîneur qualifiera « d’incroyable ». Ce but fantastique restera malheureusement son plus beau fait d’arme en Angleterre. Comme à Lille, son aventure chez les Toons finit en eau de boudin. Glissant irrémédiablement vers l’équipe réserve, Ben Arfa est pointé du doigt pour son manque de professionnalisme et d’implication. Il finit par partir au clash avec son entraîneur et ses dirigeants avant de rompre son contrat. Un schéma qui se répéta tout au long de sa carrière. Si vous demandez aux supporters des Magpies ce qu’ils pensent de Ben Arfa, ils vous répondront certainement « gâchis ». Pour cause, malgré seulement 29 petites titularisations pour 13 buts en 4 saisons, 65% des supporters de Newcastle (sur un échantillon de 3 000 répondants) pensent alors que le départ de Ben Arfa en prêt à Hull City était « une erreur du club », selon un sondage de Chronicle.

Ce but de Ben Arfa face à Blackburn en FA Cup « will never gets old » dans l’esprit des supporters des Magpies.

Ben Arfa ou l’instabilité chronique

La meilleure saison de sa carrière, il la réalise à l’OGC Nice en 2015-2016 où il jouera 34 matchs pour 17 buts et 6 passes décisives. Le tout après une saison blanche. Ironiquement, c’est le début de son histoire avec Nice qui tourne d’abord au drame. La Fifa n’homologue pas son contrat signé en janvier 2015 car il est interdit de jouer un match officiel pour 3 clubs différents en une saison. Quelques mois plus tard, Ben Arfa pourra finalement porter la tunique des Aiglons. Nice, c’est aussi le seul club où Ben Arfa s’impose sur toute une saison avant de quitter la Côte d’Azur sans vague. On pense alors sa carrière définitivement lancée après son départ au PSG. Erreur, il restera au placard pendant quasiment deux saisons au Camp des Loges, se fendant de quelques fresques extra-sportives. Sans doute le rendez-vous manqué de trop pour Ben Arfa qui enchaînera alors, à partir de là, les saisons sans réelle saveur à Rennes, Valladolid, Bordeaux puis Lille.

Ben Arfa et le PSG, un mariage qui n’aura jamais fonctionné. (Crédits : AFP)

C’est surement son ancien coach à l’OM, Didier Deschamps, qui résume le mieux la situation d’instabilité de Ben Arfa. Selon lui, l’ancien international français est un « bon gamin mal conseillé ». Des propos qui résonnent avec ceux de son ancien agent Frédéric Guerra après l’incident lillois. « On lui a toujours dit ses droits mais jamais ses devoirs. Son mentor, Michel Ouazine (son conseiller et représentant), n’a fait que lui dire que le talent suffisait. Hatem a aujourd’hui 35 ans, mais il aura 17 ans toute sa vie. C’est un enfant« , décrit-il au micro de RMC Sport. Un cadre loin d’être sain pour un joueur ô combien difficile à canaliser sur un terrain mais aussi dans un vestiaire. Son ancien coéquipier Karim Benzema pointe également « le manque de mental » et de travail de ses anciens partenaires de 1987. Quand on vous dit que le talent ne suffit pas toujours …

Un rapport difficile à l’autorité

Passé par 10 clubs, pour une moyenne de 1,9 saison passée dans chaque club et de 23 matchs joués par saison TTC, trop peu pour un joueur de ce talent, Ben Arfa n’a jamais réussi à réellement s’imposer dans une équipe. Ses relations tendues avec les entraîneurs et les dirigeants sont la principale cause de ce constat. Lorsque Ben Arfa signe dans un club, oubliez le Happy End. Ben Arfa est un habitué des clashs pour forcer un transfert et un expert en séchage d’entraînement. Lorsqu’il n’est pas devant les tribunaux pour un litige avec un ancien club, il comparait bien trop souvent devant la Ligue ou la FFF pour justifier de son comportement. De Lyon à Lille en passant par l’Equipe de France, rien ne s’est déroulé comme prévu pour Ben Arfa.

La relation entre Ben Arfa et ses entraineurs n’a jamais été de tout repos. (Crédits : FRANCK FIFE / AFP)

Souvent en désaccord avec ses entraîneurs et ses dirigeants, Ben Arfa n’est pas un joueur « facile à gérer ». Le joueur marche à la confiance et est branché sur courant alternatif le plus clair du temps. L’imprévisibilité est un peu la marque de fabrique de Ben Arfa, tant sur le terrain que en dehors. Personne n’a réellement trouvé la recette pour donner un cadre au joueur et lui donner le goût du travail. N’écoutant que lui-même, Ben Arfa n’est pas un cas à part dans un football de plus en plus axé sur le business et le bling-bling et peuplé de personnes mal intentionnés. Aujourd’hui, il est facile pour un jeune joueur, si pétri de talent soit-il, de se perdre dans l’extra sportif et d’oublier le principal : le terrain et le jeu.

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