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Hockey féminin : Les mentalités doivent changer

Le hockey féminin, tout comme le sport féminin, est régulièrement la cible de commentaires plus ou moins déplacés sur les réseaux sociaux. Certains commentaires sont clairement misogynes et ne méritent pas d’être mentionnés. D’autres en revanche sont souvent dus à une méconnaissance du sujet ou un simple manque d’informations. Voici un florilège des affirmations qui reviennent le plus souvent et nous allons essayer d’y répondre clairement.

« Dans le hockey féminin, c’est toujours les mêmes équipes qui gagnent »

Source image : GETTY IMAGES / BRUCE BENNETT

Alors, il est vrai lorsqu’on regarde le palmarès des compétitions internationales, une chose qui nous frappe, c’est que tous les titres (olympiques et mondiaux) ont été remportés par le Canada ou les USA. Toutefois, il faut également nuancer cette approche, les origines du hockey féminin remontent à 1889, quand Isobel Stanley (la fille du célèbre Lord Stanley) et ses amies ont disputés les premiers matchs de hockey féminin de l’histoire. Le premier championnat mondial, n’a eu lieu qu’en 1987. Et encore il faut attendre 1990, pour que la compétition soit officiellement reconnue par l’IIHF. Depuis il y a eu 20 éditions, et 3 équipes ont atteint la finale (Canada, USA et Finlande).
Donc oui, il y a clairement une disparité de niveau entre les équipes, mais la compétition est encore très récente.

N’oublions pas également que les différences de budgets entre les fédérations pénalisent également les « petites » nations. Là où Hockey Canada et USA Hockey mettent les moyens pour faire des rassemblements et organiser des matchs, en Europe, la plupart des fédérations commencent tout juste a injecter des moyens dans le hockey féminin. Prenons l’exemple de la Suède, c’est une nation qui a une des meilleures ligues féminines au monde (la SDHL) et qui a atteint la finale des JO en 2006. Les suédoises, longtemps pensionnaire de l’élite mondiale, et qui ont été reléguée en Division 1A en 2019. Une des conséquences à été la suppression pure et simple des financements de l’équipe nationale. Autant dire que leur préparation pour les JO de Pékin a été minimale et des exemples comme ceci sont légions.

Nous sommes à la croisée des chemins. Oui il faut une grande ligue professionnelle style LNH pour attirer les meilleures joueuses du monde et s’en servir comme locomotives pour tirer le sport vers le haut. Cependant il ne faut surtout pas oublier la base, développer chez les enfants, créer des équipes et des ligues qui vont permettre de développer les jeunes joueuses et emmener les meilleures jusqu’au sommet. Cependant, entre le manque de moyens ou de volonté des clubs ou des fédérations de réellement développer le hockey, on risque immanquablement de voir le fossé se creuser d’avantage face aux deux « Goliaths ».

« Au moins dans le hockey masculin, il y a plus de champions« 

Si on regarde le palmarès chez les hommes, on trouve 10 nations championnes du monde en 84 éditions (si on considère que l’URSS et la Russie, ainsi que la Tchécoslovaquie, la Tchéquie et la Slovaquie sont des nations différentes).
Du côté des Jeux Olympiques, n’oublions pas que le hockey féminin n’apparait qu’en 1998, lors des jeux de Nagano. Donc il n’y a eu que 7 éditions pour les femmes, et lors de ces 7 olympiades, 3 nations ont atteints la finale (Canada, USA et la Suède). Contrairement aux hommes qui en sont à leur 25ème olympiade et qui n’ont eus que 7 vainqueurs différents. En comptant que l’URSS, la Communauté des Etats Indépendants et les Athlètes Olympiques Russes de 2018 sont la même nation. Il y a les mêmes problèmes que cités précédemment. A l’heure actuelle, est-ce que la France, l’Italie ou tout autre pays hors des 7 nations championnes du monde, peut réellement prétendre à remporter le titre ou une médaille d’or ? Bien sûr que non, mais ça ne dérange personne. Alors que chez les femmes, ça dérange.

« Le hockey féminin n’intéresse personne« 

Cette affirmation n’est pas à prendre à la légère, car est-ce que la personne qui annonce ça, ne s’intéresse pas au hockey féminin ? Ce qui est possible et même acceptable, car on ne peut pas tout aimer, mais attention à ne pas en faire une généralité. Soyons honnêtes, il est plus facile de regarder du hockey masculin que du hockey féminin. Entre les championnats européens, la LNH, les ligues mineures et les ligues juniors, il y en a pour tous les goûts. Par contre pour le hockey féminin, c’est tout de suite plus compliqué. Certaines ligues comme la PHF ont une diffusion soit sur Twitch, soit sur YouTube ou encore sur NBC. La ligue féminine russe est diffusée sur YouTube, ainsi que la PWHPA. Mais pour d’autres, c’est souvent compliqué de trouver des vidéos. Par ailleurs, le développement des ligues féminines (dont nous reviendrons plus en détails dans de prochains articles) prouve qu’il y a une réelle volonté de développer le hockey féminin. Ainsi, il faut espérer que la couverture médiatique va s’accroitre. Car si le produit est bon, il se vend.

Notons, tout de même, que la finale du tournoi olympique féminin à Pékin, a réuni plus de 2,7 millions de téléspectateurs au Canada (malgré l’heure tardive). Alors certains seront tentés de dire « oui, mais c’est la finale », ce qui peut être une explication, mais quand on s’aperçoit que c’est le meilleur taux d’audience depuis la finale de la Coupe Stanley (entre Montréal et Tampa Bay) c’est quand même une preuve qu’il y a une attraction vis à vis du public qui commence se développer. Notons également que la ligue féminine suédoise a battu des records d’affluence lors des séries finales et que les rencontres de la PWHPA comme la PHF ont un succès croissant.

« Le hockey féminin, c’est pas du vrai hockey car il n’y a pas de bagarres« 

Le hockey est par essence un sport de contact, et le hockey féminin ne fait pas exception. Avant tout, le hockey féminin met plus en avant la technique, plutôt que le combat et le défi physique. Mais les contacts sont autorisés. Par contre, les contacts illégaux sont interdits, comme par exemple une charge dans le dos ou une charge violente contre son adversaire. Il faut savoir qu’en 1990, les règles étaient les mêmes que pour les hommes, mais l’accroissement du nombre de blessures ont fait que la règle a été changée pour assurer l’intégrité physique des joueuses. Toutefois, il est possible de se pousser et de jouer de manière physique.

Source image : Julio Cortez/AP

Les bagarres existent également dans le hockey féminin, évidemment ça n’a pas le côté « combat de rue » chez les hommes mais ça arrive que les joueuses règlent leur différents. Après il est préférable de penser que le hockey est plus connu pour les exploits de ses grandes stars, que pour les nombreuses bagarres qui ont émaillés son histoire.

« Les femmes n’ont rien à faire dans le hockey masculin« 

Petit florilège sur les débuts d’Eve Gascon avec les Olympiques de Gatineau

Karen Koch (USHL), Kelly Dyer (Sunshine Hockey League), Manon Rhéaume (LHJMQ, LNH, IHL), Erin Whitten (ECHL), Charline Labonté (LHJMQ), Shannon Szabados (WHL, SPHL), Hayley Wickenheiser (Mestis, Suomi-Sarja), Eve Ruggiero (Central Hockey League), Viona Harrer (Oberliga allemande), Florence Schelling (3ème division suisse), Charlotte Cagigos (Division 1 française), Taya Currie (OHL), Eve Gascon (LHJMQ)

Voici quelques joueuses qui ont joué dans des ligues masculines. Pour certains « puristes » c’est déjà trop car pour eux « les femmes rendent le niveau plus faible ». Mais finalement dans les presque 150 ans d’histoire du hockey, ça fait très peu, autrement dit, le « Grand remplacement » n’est pas d’actualité. La dernière en date, Marie-Philip Poulin qui s’est vue proposer un essai avec les Lions de Trois-Rivières en ECHL. La capitaine de l’équipe canadienne a décliné l’offre, préférant se concentrer dans la création d’une ligue professionnelle féminine et sur le développement du hockey féminin tout en encourageant le club de Trois-Rivières à en faire la promotion. Non, l’avenir du hockey féminin n’est pas d’avoir une joueuse en LNH, mais d’exister enfin hors des jeux olympiques.

Source image : Twitter

En conclusion, à l’image de notre société, les femmes sont également dans le hockey. Elles savent en parler, elles savent arbitrer, jouer, entraîner, diriger et jusqu’à preuve du contraire, le hockey existe toujours. Attention, comparer le hockey masculin et le hockey féminin c’est totalement irrationnel, car si le sport est le même, la manière d’y jouer est différente. Cependant, pour certains, il est facile de juger ou de critiquer, bien cachés derrière l’anonymat de son écran. Mais pour les autres, informez vous, soyez curieux, regardez du hockey féminin, soit dans votre arène locale, soit sur internet ou à la télévision. Le jeu est certes moins rapide, mais il n’en est pas moins intéressant. Le hockey reste toujours du hockey qui que ce soit qui y joue.

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