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Latifi, la nouvelle tête de turc de la F1

Depuis la reprise de la saison de Formule 1, le pilote canadien Nicholas Latifi est particulièrement ciblé pour son niveau en piste. Il faut dire qu’il a beaucoup de mal à rester sur ses 4 roues ces derniers temps. Personnage majeur à son dépourvu de la fin de saison 2021, il avait déjà subi les foudres des fans de Mercedes et d’Hamilton en décembre dernier. Des commentaires à son égard qui bien trop souvent ont dépassé l’entendement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son début de saison ne permet pas de calmer les ardeurs de ses détracteurs. 

Comment est-il arrivé en F1?

Latifi est un pilote payant pour avoir son baquet en Formule 1. Il n’est ni le premier, ni le dernier pilote dans ce cas-là. Surtout que pilote payant n’est pas synonyme de mauvais pilote. Regardez par exemple Niki Lauda (champion en 1975, 1977 et 1984), ou même plus récemment Lando Norris. Cependant, le débat concernant ces pilotes payants n’a jamais été aussi brûlant.

Latifi en 2014 au Championnat d’Europe de F3 (photo: Wikipedia commons)

Toujours est-il qu’il y a des passages obligés avant d’accéder à la catégorie reine, milliards en poche ou pas. Le parcours de Latifi avant d’arriver en F1 est loin d’être extraordinaire en termes de résultats. Ses débuts en monoplace sont relativement quelconques.

–        7e du championnat d’Italie de F3 et une victoire en 2012.

–        9e des Toyota Racing Series à l’hiver 2013

–        15e du championnat d’Europe de F3 en 2013

–        5e du championnat britannique de F3 et 1 podium en parallèle du championnat d’Europe en 2013

–        10e du championnat d’Europe de F3 et 1 podium en 2014

–        11e en Formule Renault 3.5 en 2015

La GP2/Formule 2 comme tremplin

Malgré ces résultats, il parvient à signer chez Renault en tant que pilote d’essais en 2016. Il participe aussi pour la première fois au championnat des GP2 Series (ex-Formule 2) avec DAMS. A Barcelone, pour son premier GP, il termine 2e de la course sprint et 7e de la course principale et inscrit ses 20 premiers points. Malheureusement pour lui, la suite de la saison est plus compliquée. Il termine 16e du championnat avec 23 points.

Latifi en 2019 dans sa DAMS n°6 avec son coéquipier Sergio Sette Camara (photo: Wikipedia Commons)

La saison 2017 est bien meilleure, même si Latifi termine derrière son coéquipier Oliver Rowland. Avec 9 podiums dont une victoire, il termine 5e du championnat. En 2018, il fait équipe avec un certain Alex Albon qui va le dominer toute la saison. Albon termine 3e du championnat avec 4 victoires et file vers la F1 pendant que Latifi termine a une maigre 10e place. L’année 2018 n’est pas totalement à jeter pour Latifi puisqu’il signe comme pilote d’essais chez Force India. Il a même le privilège de rouler pendant la FP1 de son Grand-Prix à Montréal.

Pour sa quatrième saison en Formule 2, Lafifi sort les crocs. Pas moins de 8 podiums, dont 4 victoires et une 2e place au championnat. Il devance son coéquipier pour la première fois depuis son arrivée dans la catégorie (10 points d’avance sur Sergio Sette Camara). C’est suffisant pour convaincre Williams de le signer pour la saison 2020 de Formule 1.

Son arrivée chaotique en Formule 1

Nicholas Latifi arrive en Formule 1 dans un contexte très particulier. Sans parler de la crise COVID et de tout ce qui en a découlé, il rejoint une écurie en grande souffrance. En 2019, la voiture est certes fiable mais n’avance pas. L’expérimenté mais fragilisé Robert Kubica est aux abois face à son coéquipier George Russell, qui dispute pourtant sa première saison en F1. Financièrement aussi, l’équipe est en grande difficulté.

Malgré cela, les essais se déroulent convenablement. Claire Williams se montre plus optimiste que l’an passé. L’optimisme ne va pas rester longtemps dans l’écurie. Pendant le confinement, Williams annonce la fin du partenariat avec son sponsor titre Rokit. Latifi arrive avec ses sponsors pour aider les finances de l’écurie mais cela ne suffit plus. La famille Williams se retrouve dos au mur et n’a d’autre choix que d’annoncer la mise en vente de l’écurie en mai 2020. C’est alors un séisme qui retentit au sein du paddock.

Ses premiers pas en piste

Pendant ce temps-là, l’arrivée de Latifi en F1 passe clairement au second plan. Alors que la vente de l’écurie au fond américain Dorilton Capital n’intervient que fin août, Latifi fait ses débuts à Spielberg (Autriche) début juillet. Bien qu’à six dixièmes de son coéquipier en qualifications, Latifi parvient à obtenir une belle 11e place, à la porte des points. Il faut aussi dire que seulement 11 monoplaces sont parvenues à effectuer les 71 tours au programme.

Latifi après ses premiers points en F1 en Hongrie 2021 (photo: F1 Media)

Pendant toute la saison, Latifi affiche un niveau clairement en dessous de celui de Russell en qualifications, mais se rapproche en course. Williams n’est plus seule en fond de grille, et a même réussi à placer ses deux voitures en Q2. L’écurie semble satisfaite des performances de Latifi, même s’il faut dire que les attentes n’étaient de toute façon pas très élevées.

Pour sa deuxième saison, Latifi inscrit ses premiers points en F1. En Hongrie, grâce à sa 7e place, il met fin à deux ans sans point pour Williams. Au total, Latifi termine la saison avec 7 points. Un beau score étant donné les performances très moyennes de la Williams en 2021. George Russell reste cependant au-dessus du canadien, avec son podium en Belgique et ses 16 points. Mr Saturday est cependant battu à deux reprises par Latifi en qualifications, malgré un écart moyen de 4 dixièmes par circuit.

Ces chiffres confirment la montée en puissance de Latifi en 2021. Et chez Williams, on semble ravi de cela :

« Il a eu quelques problèmes en qualifications cette saison, mais qui n’ont pas été causés par lui. Il aurait été en mesure d’être presque à la même vitesse de George »

Josh Capito, team principal de Williams a propos de Latifi (motorsport.com)

« Il devient vraiment de plus en plus fort, semaine après semaine. J’ai donc beaucoup de respect pour lui, dans la façon dont il travaille, comment il gère ses affaires et comment il tente de s’améliorer » 

George Russell sur Latifi après le GP d’Italie 2021

Abu Dhabi 2021 et la descente aux enfers

La review de la saison 2021 de Williams à retrouver ici.

Malheureusement, ce ne sont pas les points que Latifi a apporté a Williams que l’on va retenir de sa saison. Le 12 décembre 2021, au 53e tour du GP d’Abu Dhabi, Nicholas commet une erreur lourde de conséquences. Au cours d’une bataille avec la Haas de Mick Schumacher, il perd le controle de sa monoplace et percute le mur au virage 14. La suite, on la connait. Hamilton perd son avance suite a cet incident. Verstappen chausse des pneus tendres et devient champion du monde au bout d’un dernier tour de course déjà légendaire.

Latifi qui donne tout pour que le record de Schumi perdure

S’en suit un déferlement de haine sur les réseaux sociaux envers Latifi.

« La situation survenue après mon abandon à Abu Dhabi a pris de l’ampleur. J’ai reçu des milliers de messages sur mes comptes sur les réseaux sociaux, en public et en privé. La plupart témoignaient du soutien, mais il y a eu beaucoup de haine et d’insultes également.« 

Latifi dans un message posté suite a son abandon a Abu Dhabi

Le calvaire de Latifi ne va pas s’arrêter là. L’année 2022 est synonyme de changement majeur en Formule 1. Les compteurs sont remis a 0. Chaque équipe peut espérer pouvoir se battre en haut de la grille. Malheureusement pour Williams, la voiture n’est pas performante. Un nouveau coup dur pour l’écurie qui espérait beaucoup mieux.

Quant a Lafifi, qui devient le pilote le plus expérimenté de l’écurie suite au départ de Russell, la saison débute très mal. Le canadien n’est pas au niveau d’Albon, son nouveau coéquipier. Une différence de niveau qu’on pouvait tolérer avec Russell mais qui passe moins avec le thailandais. De plus, en 3 GP, Latifi a accidenté sa monoplace a plusieurs reprises. En témoignent ses crashs a Djeddah et à Melbourne.

La santé mentale de Latifi, principal facteur explicatif de son faible niveau en 2022?

Difficile d’imaginer que Latifi soit au mieux mentalement après ce qu’il a vécu ces derniers mois. Les menaces de mort répétées sur Insta et Twitter ont fait des dégats importants. A tel point que le canadien avait engagé des gardes du corps qui le suivaient dès qu’il passait le pas de sa porte. Une situation relativement anormale pour quelqu’un bien dans sa tête.

« Après avoir reçu autant de menaces, c’est quelque chose que j’ai dû faire, engager des gardes du corps. Cela peut paraître fou pour certaines personnes mais, au bout du compte, vous ne savez jamais à quel point les gens sont sérieux dans leurs menaces.« 

Déclaration de Latifi une fois la saison terminée

Ajoutons a ça la deception légitime de Latifi et de toute son écurie face aux performances des autres monoplaces par rapport à la Williams et vous obtenez un cocktail dangereux.

Certes, Latifi n’était pas un crack avant ce qu’il s’est passé à Abu Dhabi. C’etait un pilote moyen qui répondait du mieux qu’il pouvait aux attentes de son écurie. Attentes relativement faibles considérant que la locomotive désignée de Williams s’appelait George Russell. Le terme de traumatisme suite aux menaces reçues est peut-être adapté à la situation de Latifi. Seul lui peut en témoigner. Mais il est évident que quelque chose ne tourne pas rond pour lui en ce moment.

Un autre pilote faisait écho récemment de problèmes de santé mentale. Lewis Hamilton, septuple champion du monde, confiait avoir eu « des difficultés au niveau du mental et des émotions pendant un long moment« . Latifi n’est pas Hamilton, et ces difficultés se ressentent davantage pour le canadien que pour le britannique en piste. A lui maintentant de trouver les clés pour se sortir de ce sacré bourbier, sous peine de devoir faire ses adieux à la F1 plus vite que prévu.

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