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Preview Fury vs Whyte : simple mise-en-bouche en attendant le vrai choc des Lourds ?

Ce week-end a lieu, devant plus de 90 000 spectateurs (!) au Wembley Stadium de Londres, la nouvelle défense de titre du champion WBC des Poids Lourds Tyson Fury. Laquelle le voit opposé à son compatriote britannique Dillian Whyte. Combat dont on mentira en affirmant qu’on l’attend avec une impatience démesurée. À tel point qu’il vaut, peut-être, moins pour ce qu’il propose que pour ce qu’il dit, en creux, de l’actuelle situation au sein des Heavyweight.

Qu’on ne se méprenne cependant en rien : le championnat du monde de samedi, attractif à plus d’un titre, va proposer parmi ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle en matière d’opposition au sein de la catégorie reine. Un champion invaincu, qui sort d’une ébouriffante démonstration de force face à l’épouvantail Deontay Wilder, qui remet son titre en jeu contre l’un de ses prétendants les plus légitimes : on achète ça tous les jours. Mais pour logique qu’apparaisse le matchup sur le papier, le fan de boxe ne peut néanmoins s’empêcher d’éprouver tenace regret en imaginant les affiches qu’on aurait pu avoir à la place. À bien sûr commencer par le choc des titans entre Tyson Fury et Oleksandr Usyk (de son côté possesseur des titres WBA, IBF et WBO) pour ce qui aurait auguré d’une explosive réunification de toutes les ceintures – une première depuis on ne se rappelle même plus quand.

Une somme (qu’on imagine indécente) aurait ainsi été proposée à Anthony Joshua afin qu’il renonce (temporairement) à sa revanche contre Usyk et s’écarte de l‘équation, le temps de laisser le Gypsy King et le gros chat ukrainien en découdre. Mais c’était sans compter sur la soudaine rigueur de la WBC qui, par la voix de son président José Sulaiman (qu’on a pourtant souvent connu, ô combien, moins à cheval sur les principes), exigea que Fury honore ses engagements et remette son titre en jeu contre rien moins que Dillian Whyte – qui attend, certes, dans l’antichambre des challengers depuis maintenant deux ans. De là à penser que l’organisation ne tient pas à tout de suite perdre son poulain aux œufs d’or, quitte à lui faire rencontrer des noms en apparence plus prenables que le croque-mitaine Usyk, il n’y a qu’un pas qu’on est forcément tenté de franchir…

C’est un fait : cette catégorie des Lourds, longtemps sclérosée par le soporifique règne des Klitschko mais qu’on avait cru voir entrer dans une nouvelle ère avec le sacre de Tyson Fury puis l’arrivée au sommet de Anthony Joshua, n’en finit plus de retomber dans ses vieux travers et, inlassablement, tourner en rond. Ces Joshua vs Wilder puis Fury vs Joshua, qu’on a rêvé, attendu, espéré des années durant ne se sont finalement pass concrétisés et n’arriveront, sans doute, jamais. Chacun (boxeurs, promoteurs, fédérations, chaînes de télé) préférant défendre sa part de gâteau dans son coin en évitant de trop s’exposer. Gardant le plus longtemps possible son statut en évitant soigneusement tout risque inutile.

D’où un Joshua qui choisit, autant que faire se peut, des adversaires triés sur le volet – quand bien même un Andy Ruiz sorti de nulle part (ou presque) peut, malgré tout, créer la surprise. D’où un Wilder qui contourne soigneusement tout combattant crédible avant de finir par devoir rendre les armes contre plus fort que lui. Non sans néanmoins avoir pressé le fruit jusqu’à la dernière goutte possible : en témoigne ce totalement inutile troisième combat contre Fury qui, à défaut de nous avoir appris quoique ce soit, aura largement rempli les poches de ses protagonistes. Laissant l’observateur frustré, dans l’éternelle attente de confrontations qu’on lui fait miroiter et qui n’adviennent nullement…

On arrête de chouiner. Et, à défaut du combat de rêve fantasmé, pas question de, pour autant, déraisonnablement mésestimer un affrontement qui va opposer parmi les deux meilleurs Lourds actuels. Car si on connait bien Fury, il convient d’insister sur la réelle valeur de son adversaire d’un soir : tout sauf un peintre, lui

dont la peu flatteuse réputation provient, en partie, de l’absurde comparaison que certains font entre son style et celui de Derek Chisora, sans doute en raison d’un gabarit similaire. Sans manquer de respect à ce dernier, Whyte affiche compétences autrement élevées. Possédant, certes, lui aussi force de frappe à même d’abréger tout débat mais surtout une très enviable palette technique – notamment au niveau de sa vitesse, de son jab, de ses remises et de sa façon toute particulière de casser la distance pour placer ses coups au corps (en particulier un vicieux crochet gauche). Soit l’archétype du contreur doué. Et si on peut l’imaginer un cran en-dessous des ténors de la catégorie, force est de constater qu’il n’a été battu que deux fois (dont une par rien moins que Joshua) et que son tableau de chasse arbore noms aussi illustres que Chisora, Parker, Helenius ou Povetkin (son seul autre vainqueur, défait lors de la revanche). Pour le dire simplement : il fait partie des tous meilleurs actuels, lui manquant juste ce petit surplus de talent qui lui permettrait de rivaliser avec l’air raréfié de la division.

De fait, concernant le combat proprement dit, même si on peut envisager des débats plus disputés que ce qu’annonce la majorité, il reste difficile de ne pas voir le Roi Gitan s’imposer – lui qui, sur le papier, s’affirme supérieur en quasi tout domaine. Allonge, gabarit, taille, technique, mobilité, QI fight, expérience des grands rendez-vous… Affichant, en fait, telle confiance en lui qu’il est presque permis de penser qu’y réside, peut-être, l’une des clés de l’affrontement. Dans la mesure où si la perspective de rencontrer cet autre surdoué invaincu qu’est Usyk l’émoustillait au plus haut point (on parle, après tout, d’un combat qui aurait sacré le meilleur Poids Lourd de l’époque), l’obligation de devoir se contenter du « simple » Whyte – fut-il champion intérimaire de sa fédération – pourrait avoir tant émoussé sa motivation qu’on peut craindre de le voir prendre le combat un peu par-dessus la jambe.

Ces derniers mois l’auront, ainsi, vu se préoccuper de tout sauf de son adversaire à venir. Entre ses multiples provocations envers son homologue de l’UFC Francis Ngannou, ses défis répétés à l’adresse de Usyk ou son dédain affiché envers Joshua, c’est comme si le rendez-vous de samedi ne constituait qu’infime péripétie ne valant guère la peine qu’on s’y attarde. Et si on peut douter que Whyte ait de quoi inquiéter un Fury en pleine possession de ses moyens, peut-être est-il permis d’imaginer une surprise au cas où le champion arrive peu ou mal entraîné et surtout pas aussi concentré qu’il le devrait. Un peu à l’image de ce qu’un certain James Buster Douglas avait infligé à un autre Tyson, ce fameux soir de février 1990, du côté de Tokyo.

Tel scénario est-il envisageable ? L’expérience nous a, plus d’une fois, montré que tout est possible en sports de combat. Est-ce qu’on y croit ? Pour être honnête, pas vraiment. Mais on aime bien ainsi se monter la tête afin de (tenter de) trouver du suspense là où il n’en réside pas forcément. Restant conscient que le tout n’est qu’un passage obligé, une date contractuelle que se doit d’honorer le champion en titre avant d’éventuellement, enfin (si s’alignent les planètes), avoir l’opportunité de se mesurer à l’ogre venu de l’Est. Mais que se passera-t-il si ce dernier se fait battre par Joshua lors de leur rematch, allez vous demander ? Aaaahh… ne commencez donc pas à vous montrer défaitiste et désagréable…

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