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[DOSSIER] Reconstruire le CH de Montréal : à la recherche d’une nouvelle identité

Les Canadiens de Montréal sont passés d’un extrême à l’autre en un temps record. De finaliste de la Coupe Stanley 2021 aux dernières places de la Ligue Nationale, le CH vit une saison 2021-22 très difficile à tous points de vue. Une situation qui a poussé le propriétaire Geoff Molson a entreprendre un énorme virage pour l’avenir de la franchise. Avec l’arrivée de Kent Hughes au poste de directeur général, la reconstruction est désormais un mot qui n’est plus caché pour les Habs. A travers ce dossier, le CCS essaye de dresser les contours du nouveau projet du CH : politique, direction, repêchages, agence libre etc. Le tout, gouverné par une question centrale : la quête d’une nouvelle identité.

Article dédié à Guy Lafleur…

L’aube d’une reconstruction inédite pour Montréal

La première reconstruction profonde du CH ?

En 112 ans d’existence, le Canadien de Montréal n’a jamais connu une reconstruction similaire à celles des autres clubs de LNH. Un constat encore plus vérifiable depuis l’instauration du plafond salarial en 2005. En 104 saisons au sein de la grande ligue, le CH n’a terminé que 19 exercices avec un bilan inférieur à 50% de victoire. Une régularité impressionnante avec de longues périodes de domination couronnées par 24 Coupe Stanley. Avec un taux d’apparition en séries éliminatoires de 81,7%, Montréal conforte son statut de franchise historique en termes de régularité. Le CH n’a jamais connu de série supérieure à trois saisons sans participation au tournoi pour la Coupe Stanley.

Dick Rin, Frank Selke à la signature de Jean Béliveau en 1955

Dans le passé, le Canadien est la franchise qui innove pour se maintenir au haut-niveau. Dans les années 1950’, Franck J. Selke initie le système de « club-école » permettant au CH de disposer d’un large bassin de talents à travers toute l’Amérique du Nord afin d’abreuver sans cesse l’équipe première. Il permet à Montréal de remporter six Coupe Stanley. Parlons aussi de Sam Pollock qui dans les années 1970’ a fait de Montréal la première dynastie bâtit sur une utilisation astucieuse du repêchage. Des innovations, des regards neufs, ambitieux et intelligents ont permis au CH d’être l’un des plus grands clubs de l’histoire de la NHL.

Un contexte « idéal » pour lancer le processus

Mais que reste-t-il de cette philosophie ? Les apparitions sont toujours régulières mais les succès ne sont plus au rendez-vous. Avec une période de sécheresse de 27 ans, l’échec (et/ou l’anomalie) de la saison passée fait mal au mental des joueurs et des partisans. À l’heure où nous écrivons ce papier, les Canadiens de Montréal pointent en 31ème position de la Ligue. Surtout, ils affichent un bilan cataclysmique de 20-47-11, soit 32,7% de victoire, le plus bas pourcentage depuis… la saison 1939-40.

D’un point de vue plus globale, les franchises dominantes des années 2000′ et des années 2010′ commencent à perdre de leur superbe avec des joueurs emblématiques qui arrivent doucement vers le crépuscule de leurs carrières. Pensons aux exceptionnels Sidney Crosby et les Penguins, Ovechkin et les Caps, Patrick Kane et Jonathan Toews pour les Blackhawks, Stamkos, Kucherov, Hedman… Le déclin (très) relatif de ces immenses joueurs restent inéluctables et s’accompagnent incontestablement d’un renouvellement au sein de la ligue. Flames, Panthers, Avs, Canes… La prochaine génération dominante de vainqueurs commence à prendre de la place. Pour le CH, il faut anticiper la prochaine vague de renouvellement comme le font déjà des franchises comme Anaheim ou Detroit pour construire un succès à long terme.

Jul 7, 2021; Tampa, Florida, USA; Montreal Canadiens right wing Cole Caufield (22) and defenseman Jeff Petry (26) react after the Lightning defeated them 1-0 in game five to win the 2021 Stanley Cup Final at Amalie Arena. Mandatory Credit: Douglas DeFelice-USA TODAY Sports

La « gueule de bois » de cette fameuse finale de la Coupe Stanley 2021 est pesante. Elle se traduit par de nombreuses blessures chez les vétérans et par la stagnation dans le développement de certains jeunes joueurs. Ajoutons à cela de nombreux protocoles Covid, et vous obtenez une saison en cours désastreuse. Le contexte propice pour amorcer une reconstruction profonde.

Tout a déjà commencé par le haut

En réponse à ce constat d’impuissance, la direction du CH a entamé un bouleversement par le haut de la franchise : Marc Bergevin (Directeur général depuis 2012), Paul Wilson (VP des communications et des affaires publiques depuis 2018), Trevor Timmins (VP directeur du dépistage amateur depuis 2002), Scott Mellanby (Directeur du personnel depuis 2012) s’en vont.

L’équipe du bureau des Habs se trouve alors renouvelée en grande partie, ainsi le propriétaire Geoff Molson embauche : Kent Hughes (Directeur général), Jeff Gorton (VP Opérations hockey), Chantal Machabée (VP Communication), Vincent LeCavalier (Conseiller spécial aux opérations hockey), Martin Lapointe et Nick Bobrov (duo directeur du dépistage amateur).

Le bouleversement du CH est en route, il commence par le haut, par la direction du club. Désormais il faut voir quel(s) stratégie(s) faut-il mettre en place pour réussir, ou du moins mettre toutes les chances de son côté, cette reconstruction.

Trouver une identité dans les bureaux et sur la glace

Le duo Kent Hughes/Jeff Gorton pour un projet original

Le nouveau directeur général de la maison des Habs est arrivé le 18 janvier 2022 avec la volonté de marquer une rupture avec son prédécesseur. Contrairement à Marc Bergevin qui avait fait du mot « reconstruction » un tabou, Kent Hughes en fait son étendard. Dans une entrevue accordée au média The Atheltic datant du 2 février, Hughes expose sa stratégie : « Je ne pense pas que sur ce marché, vous puissiez simplement faire ce que l’Arizona fait et espère, ou faire ce que Buffalo a fait et espère. » Entre les lignes, nous pouvons ici lire que Hughes ne souhaite pas mener une course à l’accumulation de choix repêchage, parfois excessive dans certaines franchises.

Dans cette même entrevue, nous apprenons quelle pourrait être la philosophie menée par le CH lors des grandes échéances à venir : la date limite des échanges, le repêchage 2022, l’agence libre estivale et le camp d’entraînement 2022-23. Voici les mots de Hughes :

« Nous devons vendre la vision de ce que nous essayons d’accomplir, que nous allons créer un environnement dans lequel il est amusant de jouer et que nous allons jouer un style de hockey dans lequel il est amusant de jouer au fil du temps. En combien de temps pouvons-nous en arriver là ? Quelqu’un m’a posé des questions sur les joueurs et le style de jeu. Vous ne pouvez pas avoir un entraîneur qui veut jouer d’une seule façon si vous n’avez pas les joueurs pour jouer (ce style). Donc, ce n’est pas nécessairement un plan d’un an.»

C’est à travers cette déclaration que Kent Hughes se différencie, du moins dans les mots, avec ce que nous attendons d’une reconstruction classique chez les franchises de la Ligue Nationale. Une direction qui semble rompre avec celle adopté par Jeff Gorton du côté des Rangers entre 2015 et 2021. Souvenez-vous, le New-York de Gorton avait obtenu de très bons choix de repêchages (Alexis Lafrenière, Kaapo Kakko) avant de signer Artemi Panarin et d’obtenir les droits d’Adam Fox en 2019. Voilà pour les bons mouvements, mais Gorton a aussi échoué dans plusieurs secteurs et aujourd’hui, les Rangers se sont sur la voie du redressement mais rien n’est encore acquis.

Kent Hughes semblent ainsi vouloir axer la reconstruction du CH sur la création d’une nouvelle identité sportive où le choix des joueurs sera guidé par celle-ci. Une idée originale qui a commencé à apparaître lors de la première échéance de la saison pour la nouvelle direction des Habs.

La date limite des échanges 2022 : aperçu de la nouvelle politique du CH

Cet événement est toujours remarquable pour les partisans des franchises. Pour l’édition 2022, le CH est particulièrement attendu pour justement déceler les contours de la nouvelle philosophie du club. À propos de la date limite des échanges, Kent Hughes était clair :

« Nous n’allons pas échanger tous les contrats à long terme, tous les joueurs dont le contrat arrive à terme et qui le mèneront à la trentaine. C’est irréaliste en ce moment. Mais si nous avons des opportunités de déplacer des joueurs, nous les déplacerons. Donc, idéalement, une grande partie de ce que nous allons faire consiste à acquérir des actifs, qu’il s’agisse de jeunes espoirs ou de jeunes joueurs de hockey ou de choix au repêchage »

– Kent Hughes, The Athletic

Hughes s’est montré fidèle à sa parole.

La direction a vu de belles opportunités sur un marché où les prétendants à la Coupe se sont livrés une véritable course à l’armement. Avec des joueurs d’expérience sortant pour la plupart de belles prestations lors des Séries 2021, le CH avait de belles pièces à proposer.

Pour une analyse détaillée des transactions du CH, nous vous recommandons la lecture d’un article de Trege Wilson pour The Hockey Writers. Globalement la gestion de cette première date limite des échanges pour Hughes a été saluée par les observateurs. Pourquoi ? C’est simple, le nouveau directeur général a obtenu exactement ce qu’il souhaitait : des jeunes joueurs prêts à servir l’équipe dès maintenant comme Justin Barron, des espoirs comme Emil Heineman et une belle collection de choix de repêchage. Au total, Montréal obtient six choix de repêchage dans les trois prochaines années dont deux choix de première ronde.

Alors oui, perdre des garçons comme Ben Chiarot, Tyler Toffoli ou Arturri Lekhonen baisse considérablement le niveau direct de l’équipe. Mais dans le projet de reconstruction ce sont des départs justifiés par les retours obtenus pour le futur. Avec cette date limite des transactions, le CH a bien officialisé sa reconstruction et Kent Hughes a mis en pratique sa vision du projet. Des joueurs qui semblent être très bien adapté au style de jeu prôné par une autre pièce importante de la reconstruction version Hughes : Martin St. Louis.

Une nouvelle philosophie de jeu sous Martin St. Louis

Pendant plus d’une décennie, sous l’ancien directeur général Marc Bergevin, l’équipe s’est centrée sur le gardien de but Carey Price, des points ponctuels générés par un gros volume de tirs et une défense qui pouvait soutenir un gardien de concession. Les équipes qui ont le plus de succès aujourd’hui ont une structure d’équipe plus offensive, regardez simplement le nombre de but et le pourcentage de réussite du Lightning sur les dernières saisons. Dans son discours d’introduction à son poste, Kent Hughes donne son avis sur le style du jeu qu’il imagine pour le futur du CH :

« J’imagine une équipe qui joue vite avec la rondelle, une équipe de hockey de possession. Mais je comprends aussi que vous devez construire une équipe autour des joueurs que vous avez, et cela va être un processus à mesure que nous avançons. Dans le cadre de ce processus, nous devons identifier et constituer une équipe qui correspond à notre identité, à notre façon de jouer et choisir un entraîneur capable d’entraîner ces joueurs. »

– Kent Hughes, The Athletic

Pour remplir cette mission c’est l’attaquant du Temple de la Renommée de la LNH, 16 saisons dans la ligue, Martin St. Louis qui a été choisi contre les attentes. Succédant à Dominique Ducharme, St. Louis est arrivé en février dernier pour exercer cette fonction par intérim. Une chose est certaine, St. Louis semble être le prolongement de la philosophie de Kent Hughes sur la glace.

Plus de vitesse, plus de liberté, plus de jeunesse : voilà son crédo. Martin St. Louis n’était pas un joueur amoureux des systèmes, il préfère donner davantage de liberté à ses joueurs pour qu’ils puissent exprimer leur sens du jeu et leurs intuitions :

« Je veux m’assurer que je permets à mes meilleurs joueurs de faire des lectures et je préfère qu’ils en fassent une mauvaise plutôt que de ne pas faire de lecture du tout. Et parfois, dans les systèmes, il n’y a pas beaucoup de lectures. Je suis donc plus excité en tant que joueur jouant dans un concept que dans un système, mais il y a des tonnes de structure dans un concept. C’est juste un peu plus de liberté. »

– Martin St. Louis, The Montreal Gazette, 10/02/22

Avant son arrivée, le CH a obtenu un bilan cataclysmique de 8-30-7. Avec St. Louis, l’addition est un peu plus acceptable avec une fiche de 12-16-4. Surtout, sur la glace, le changement est édifiant. Notamment pour la pépite de Montréal, Cole Caufield. Promis au Trophée Calder en début de saison, Caufield a réalisé une première partie de saison catastrophe à l’image de son équipe. Seulement 8 points dont un petit but en 30 rencontres et un temps de jeu de 14:42. Depuis l’arrivée de Martin St. Louis, Caufield a retrouvé son visage des Séries avec 30 points dont 17 buts en 32 rencontres.

Personne ne sait combien de temps Martin St. Louis restera sur le banc du CH. Mais il faut avouer que ses débuts sont plutôt encourageant, notamment dans sa relation avec les jeunes joueurs, une donnée cruciale lorsqu’on envisage une reconstruction. Sur le court terme, que nous situons jusqu’à la fin de saison, l’arrivée de Kent Hughes et Martin St. Louis constitue la tête et le bras d’un projet de reconstruction qui semble être originale et bien pensé. Désormais, quel plan peut être envisagé sur le moyen et long terme ?

Les repêchages : fondation d’une reconstruction réussite

Une nouvelle stratégie au repêchage ?

Que ce soit les Penguins de Pittsburgh, les Kings de Los Angeles, les Blackhawks de Chicago ou même le Lightning de Tampa Bay, les vainqueurs de la Coupe Stanley depuis l’instauration du plafond salarial ont su user du repêchage pour bâtir leurs effectifs. Les repêchages de la LNH constituent un point fondamental pour construire une équipe qui gagne mais la rhétorique est fausse : cumuler des choix hauts de repêchage ne suffit pas pour gagner en LNH. Demandez aux Oilers. Le rôle des dépisteurs est crucial pour valider les atouts obtenus par une franchise, tout comme les choix de la direction pour organiser l’ensemble.

Derrière les lunettes se cache Trevor Timmins, responsable du dépistage du CH pendant 20 ans

Si la date limite des échanges a fait office de révélateur pour la politique à venir de Hughes, le repêchage 2022 permettra de déceler les contours de la stratégie de repêchage du CH qui, elle-aussi, débute une nouvelle ère. Adieu Trevor Timmins après 20 de loyaux services, Martin Lapointe, vestige de l’organisation passée, devrait assurer la transition avant que le nouvel arrivé Nick Bobrov ne prenne peut-être la charge. Kent Hughes semble déterminé à appliquer son plan et sélectionner des joueurs qui collent à sa philosophie de jeu, quitte à faire des choix controversés. Le nouveau directeur général a d’ailleurs rappelé l’importance du personnel de dépistage pour son plan dans son discours d’arrivée.

« Si ce n’était que des fléchettes sur un tableau (ndlr : expression signifiant que c’est du hasard), vous ne dépenseriez pas beaucoup d’argent pour du personnel de dépistage. Et je pense que nous devrions dépenser plus. […] je crois qu’il faut être capable d’identifier, de cibler et de choisir les bons joueurs. »

Kent Hughes, The Athletic, 02/02/22

L’une des idées qui prédomine est que Montréal utilise ses vastes ressources financières pour multiplier les regards sur les jeunes talents. Oui, il n’y a pas de plafond salarial pour le personnel et le CH pourrait en profiter. Avant 2018, de gros moyens avaient été mis à disposition de Timmins pour superviser l’Europe et le résultat se nomme Alexandre Romanov, repêché en deuxième ronde alors que beaucoup le voyait plus loin. Avec Bobrov et Gorton dans l’organisation, qui ont déjà travaillé ensemble aux Rangers, on peut penser que la stratégie de repêchage du CH sera une réussite et plutôt axée sur l’Europe.

Repêchages 2022 & 2023 : une précieuse abondance de choix

Avec huit choix prévus dans les trois premières rondes du repêchage 2022 et quatre en 2023, toute l’organisation aura fort à faire pour articuler leurs sélections en fonction du projet de la franchise. Avoir une abondance de choix de repêchage constitue une étape importante pour une reconstruction dans la mesure où elle permet d’avoir des atouts échangeable pour obtenir des talents, les échanger pour compléter un poste ou résoudre les lacunes d’un effectif. Actuellement, le CH possède 12,1% de chance d’obtenir le premier choix du repêchage 2022. Sauf surprise, Montréal ne devrait pas sélectionner hors du podium.

Avec une telle éventualité, les partisans du CH attendent d’obtenir le premier choix pour repêcher le grand favori : Shane Wright. Un centre bidirectionnel de grand talent promis à un grand avenir. Mais si Montréal tombe à la deuxième ou troisième position, le choix pourrait être plus en adéquation avec le projet de Hughes. On pense naturellement à l’Américain Logan Cooley ou au Slovaque, Juraj Slavkovsky. Deux joueurs qui s’épanouissent dans la liberté avec un gros sens du but et du hockey.

Shane Wright & Connor Bedard, le rêve du CH ?

Certes, le choix de première ronde en 2022 cristallisera les attentes du public montréalais. Mais même Shane Wright ne propulsera pas l’équipe au premier plan. Il faut être patient, penser le repêchage comme un ensemble où les opportunités sont multiples, à chaque ronde. Evidemment, beaucoup d’observateurs se tournent déjà vers la cuvée exceptionnelle de 2023 avec la présence du talent générationnel Connor Bedard ou du jeune russe Matvei Michkov et même le Slovaque, Dolibor Dvorsky. Des noms qui font saliver les partisans mais encore une fois, il est difficile de se projeter avec ces jeunes joueurs tant la loterie du repêchage est décisive dans la prise de décision.

Les deux prochains repêchages sont remplis de jeunes talents qui peuvent changer l’avenir d’une franchise. Mais il faudra faire des choix. Aussi, à l’image du Lightning version Yzerman (2010-2018), les choix profonds des repêchages sont tout aussi importants. Effectuer des vols grâce aux talents des dépisteurs, voilà l’un des axes qui permettrait au CH d’accélérer sa reconstruction. Repêcher Wright ou Bedard serait évidemment une formidable opportunité pour Montréal, mais un premier choix de repêchage ne garanti pas le succès.

La saison 2022-23 : cohérence sportive et communication

Créer de la flexibilité financière

L’abondance de choix de repêchage est crucial mais ne doit pas être l’unique moteur de la reconstruction d’une franchise. La flexibilité financière, la gestion de l’espace salariale, est un élément devenu plus que déterminant. Dans cette histoire, les salaires laissés par Marc Bergevin constitue un véritable défi pour Hughes. Comme pour la saison dernière, le CH a atteint le plafond maximal de 81,5 millions de dollars. Plusieurs dossiers urgents devront être résolus dès le commencement de l’intersaison.

Placé sur la liste des blessés de longue date, le capitaine du CH, Shea Weber possède un contrat de 7,5 millions de dollars qui ne compte pas dans la masse salariale du club pour la saison en cours. Mais dès la fin de la saison, cette clause avantageuse (et dont certains clubs abusent) est levé. Certes, les équipes peuvent dépasser les 10% du plafond salarial pendant l’intersaison et se projeter sur l’augmentation annoncée du cap pour la saison prochaine, passant de 81,5M $ à 82,5M$ selon Garry Brettman. Mais un autre problème viendra probablement annulé cette augmentation pour le CH : les bonus de performance accordés aux jeunes talents du club, Nick Suzuki, Cole Caufield et Alexandre Romanov. On ne sait pas encore s’ils remplissent toutes les conditions, mais au total, le Tricolore devraient verser 1,475M $ à ses pépites.

Avec tous ses contrats, le club de Montréal a déjà environ 78 millions de dollars de contrats garantis pour la saison 2022-23 pour 15 joueurs. Avec un coussin de dépassement de 10% durant l’intersaison, Kent Hughes aura entre 8 et 10 millions de manœuvre pour trouver des joueurs et viser une liste maximale de 23 patineurs. Les Canadiens ont 11 agents libres sans restriction (UFA) après la saison et 10 agents libres avec restriction (RFA), dont Rem Pitlick, Alexander Romanov, Corey Schueneman, Kyle Clague, Josh Brook et Samuel Montembeault. Le nouveau DG peut donc remplir son effectif en re-signant ces jeunes joueurs à moindre coup. Mais il faut absolument trouver un moyen de dégager de l’espace salarial pour renouveler la liste et se montrer en adéquation avec la nouvelle philosophie de Hughes.

Sur le départ

En tête de la liste des partants, Jeff Petry et ses trois années contrats à 6,25 millions de dollars la saison. Le CH ne peut pas se permettre de retenir du salaire alors il faudra probablement sacrifier un choix ou plusieurs choix de repêchage pour trouver un échange viable pour les deux parties. Kent Hughes devra probablement adopté la même stratégie avec le fantôme de Shea Weber, tellement important dans les dernières années du CH, mais absent cette saison de la glace et du vestiaire. Il pourrait être un pièce intéressante pour une équipe cherchant à atteindre le minimum salarial requis. Parmi les plus gros salaires, les candidats au départ sont nombreux.

Jonathan Drouin (5,5M$) dont l’aventure avec le CH s’est avérée décevante, un changement de décors fera probablement du bien au joueur et au club. Josh Anderson (5,5M$) est un joueur capable de produire sur jeu de puissance, chose qui manque à Montréal, mais cet été pourrait être le meilleur moment pour se séparer de lui. Mike Hoffman (5M$) est sous contrat jusqu’en 2024, il sait marquer mais lorsqu’il ne le fait, son apport est difficilement percevable. Une équipe qui apprécie ses qualités de buteurs pourrait se mettre sur le dossier. Joel Armia, très décevant cette saison, est sur le départ, du moins cela semble être le souhait du CH. Mais difficile de trouver preneur pour cet été, un rachat du contrat est possible mais, curieusement, une telle situation coûtera encore 33 333 $ pour la saison prochaine.

Parti pour rester ?

Parmi ceux qui ne bougeront probablement pas, on retrouve « l’âme » de l’équipe, Brendan Gallagher et ses 6,5 millions $ de contrat. Tout dépendra de l’état d’esprit du joueur, partir pour gagner ou rester pour accompagner le nouveau projet de Montréal. Avec sa clause de non-mouvement restreinte, il a les cartes en mains pour son avenir. Même principe pour le sujet épineux de Carey Price. Avec un contrat supérieur à 10 millions $ et sa clause de non-mouvement totale, l’emblématique gardien du CH tient son avenir entre ses mains. Si Hughes veut déplacer Price, il devra donner sa bénédiction. En janvier, dans une conférence de presse, Carey Price a bien indiqué qu’il ne souhaitait pas quitter Montréal :

Je n’ai pas prévu de [renoncer à ma clause de non-mouvement]. Ma famille et moi sommes très heureux ici, nous sommes installés, c’est notre maison. Il y a une raison pour laquelle j’ai signé le contrat comme je l’ai fait ici, avec une clause d’interdiction de mouvement. C’était pour être ici. Donc, pour le moment, je n’ai pas l’intention de déménager.

– Carey Price, 31/01/2022

Difficile d’imaginer voir Carey partir, même si nous avons vu des retournements de situation bien plus étranges. Beaucoup de choses entrent en compte dans le dossier Price : sa volonté de gagner, son salaire et surtout l’adéquation entre son niveau et son le nouveau projet du club. Si le CH redevient compétitif dans deux ou trois ans, quel sera le niveau de Price à cet instant ? Beaucoup d’interrogations sur Carey Price, mais seul lui peut apporter des réponses.

Le bassin d’espoirs du CH

Si l’on met de côté les spéculations sur les hypothétiques départs estivaux, il faut imaginer que le noyau expérimenté qui contribuera à reconstruire le CH s’organise autour de 8 joueurs : Joel Armia, Josh Anderson, David Savard, Brendan Gallagher, Christian Dvorak, Jeff Petry, Jake Evans et Carey Price. Huit joueurs qui prennent plus de la moitié de l’espace salarial du club. Sauf départ probable, ils seront les piliers pour accompagner la jeune garde du CH.

Au premier rang, il est inévitable de citer les deux attaquants : Cole Caufield (21 ans) et Nick Suzuki (22 ans), les deux meilleurs pointeurs du club cette saison. Sur la ligne bleue, Alexandre Romanov (22 ans) et Kyle Clague (25 ans) dans une moindre mesure, semblent les deux joueurs susceptibles d’avoir davantage de temps de jeu la saison prochaine. C’est d’ailleurs en défense que Montréal possède le plus d’espoirs.

Jordan Harris

Les deux choix de premières rondes, Kaiden Guhle (20 ans) et Justin Barron (20 ans), nouvellement acquis, semblent tous deux être des candidats légitimes pour le Top 4 d’une défense de la Ligue Nationale. Les deux seront bientôt prêts pour la LNH et ils ont de l’expérience en jouant ensemble au Mondial junior pour le Canada. Kent Hughes a récemment signé la star de la NCAA Jordan Harris. Harris a déjà joué 6 rencontres avec le CH, lui qui sort d’une saison avec l’Université de Norteastern à 20 points en 39 rencontres avec le statut de capitaine. Avec Barron, il est le plus prêt des espoirs défensifs de Montréal dans la LNH, mais pourrait entrer en agence libre cet été. Le CH possède également leur 31ème choix du dernier repêchage, le problématique Logan Mailloux. Avec ses 9 points en 12 rencontres d’OHL, Mailloux semble avoir le potentiel de jouer un jour dans la grande ligue. Mais son affaire trouble qui a perturbé son entrée au repêchage pourrait jouer en sa défaveur. Dans cette affaire, Kent Hughes détient les clés de son avenir au sein du club.

Offensivement, les meilleurs espoirs du CH semblent déjà être dans la Ligue Nationale sauf peut-être quelques noms plutôt intéressants. Notons la présence de 7 talents prometteurs : Sean Farrell, excellent avec Team USA aux derniers Jeux Olympiques d’hiver, Riley Kidney, Emil Heineman, Jan Mysak, Ty Smilanic et le meneur des marqueurs de la LHJMQ, Joshua Roy. Actuellement, il cumule pas moins de 45 buts et 110 points en 62 matchs avec les Sherbrooke de Phoenix. Comme rappelez précédemment, le repêchage 2022 pourrait servir au CH pour acquérir un attaquant à haut potentiel capable de venir renforcer la profondeur offensive très rapidement.

Joshua Roy au camp d’entraînement des Habs

L’un des plus gros chantier du CH se trouve à la position de gardien. Carey Price a été le gardien de but de Montréal du passé, du présent et du futur, et pourrait continuer à l’être, mais Montréal a besoin d’un héritier au trône. Le Tricolore a quatre espoirs dans le système – Jakub Dobes, Joe Vrbetic, Frederik Dichow, Cayden Primeau – qui ont tous un potentiel de jouer dans la Ligue Nationale, mais aucun ne semble être un futur partant.

Globalement, le CH possède une plutôt belle banque d’espoirs pour une équipe qui vient tout juste de sortir d’une finale de la Coupe Stanley. Un bassin grandement renforcé par les dernières transactions mais contrairement à de nombreuses franchises qui sortent d’une chasse à la Coupe, le CH ne part pas de zéro. Il manque quelques éléments à haut potentiel mais les nombreux choix de repêchages de Montréal dans les prochaines années seront très utiles pour augmenter la profondeur et la qualité du bassin du CH.

Patience et communication avec les partisans

Une reconstruction ne se passe pas uniquement dans les bureaux ou sur la glace. Une reconstruction est un projet difficile à accepter pour les partisans d’un club, peut-être encore plus dans une franchise aussi historique que les Canadiens de Montréal. Des partisans qui ont été habitué aux grandes victoires pendant des années, mais voilà plusieurs décennies qu’ils n’ont pas vu un maillot tricolore soulevé une coupe. Entre exigence et désire de rebâtir une équipe qui gagne, le public de Montréal sera un élément à prendre en compte dans le processus de reconstruction initié par Kent Hughes.

Pour le moment, la nouvelle équipe de direction semble prendre également un nouveau virage en terme de communication. D’abord, au sommet, il y a Kent Hughes. Multipliant les entrevues, le discours du DG tranche avec son prédécesseur. Contrairement à Marc Bergevin, il n’hésite pas à parler publiquement de sa stratégie, évoquant certains dossiers en nommant des joueurs, et surtout parle ouvertement de « reconstruction ». Le club a surtout réussi à embaucher deux personnes qui semblent plutôt à l’aise avec la communication.

En premier lieu, il y a Jeff Gorton, artisan de la reconstruction des Rangers de New-York. Le 8 février 2018, il signe une célèbre lettre ouverte aux partisans des Rangers annonçant une profonde reconstruction de la franchise historique de New-York. Une annonce inédite, forte de sens pour les Blueshirts. Jeff Gorton sera-t-il prêt à réitérer avec un public aussi (voir plus) exigeant que celui des Rangers ? Peut-être, l’avenir nous le dira.

Enfin, le président Geoff Molson a embauché Chantal Machabée en tant que vice-présidente des communications, avant l’annonce de la nomination de Kent Hughes. Icône de la chaîne RDS, présente depuis sa création en 1989, journaliste de formation, elle a couvert le CH pendant des années. Très compétente et apprécié par les partisans, elle devra un jouer un rôle crucial dans la reconstruction du club. Chantal Machabée est arrivée avec trois principaux chantiers : la relation entre les joueurs et les médias, renouer un lien fort avec les gloires passées du club et enfin, communiquer avec les partisans.

« C’est un autre gros mandat. Le Canadien doit se rapprocher de ses partisans. Le CH n’a jamais été aussi critiqué, par ses performances, mais aussi des maladresses. Ça doit changer. J’ai beaucoup de travail, mais j’ai des idées. Sur les réseaux sociaux, j’ai toujours pris le temps de répondre aux partisans. Je continuerai à le faire. Il faut de la transparence. C’est aussi le souhait de Geoff Molson. »

– Chantal Machabée, JDM, 05/01/22

Ce désire de transparence est essentiel pour ne pas perdre le soutien des partisans dans cette période qui s’annonce délicate pour le club. C’est d’ailleurs une volonté souhaitée par toute la nouvelle direction du CH comme nous avons pu le constater dans les discours de Kent Hughes ou même de Martin St-Louis. Cette communication était un point noir de l’ancienne direction. Les partisans du CH sont constitutifs de son histoire et sa réussite, chacun d’entre eux doit soutenir le projet du début à la fin, qu’on espère voir se manifester par une 25ème Coupe Stanley.

Les Canadiens de Montréal ne font jamais rien comme les autres. Une profonde restructuration de la direction amorcée au début de l’année 2022 s’est montrée efficace et porteur d’un nouveau projet pour la franchise la plus titrée de la Ligue Nationale. Avec la nomination de Kent Hughes à la tête du club, c’est une nouvelle ère, une reconstruction ambitieuse qui s’amorce à Montréal. Une reconstruction basé sur un dépistage aiguisé et une communication lucide le tout, et c’est peut-être le plus intéressant, guidé par la quête d’une nouvelle identité de jeu. Le CH devra ressoudre les gros dossiers laissés par les cendres de la précédente direction qui, malgré les efforts, n’aura pas réussi à ramener le club sur les devants de la scène. Montréal possède une belle banque d’espoirs et la sélection des prochains repêchages sera cruciale pour accélérer le processus. Pour l’histoire de cette franchise et pour ses partisans, nous souhaitons beaucoup de succès à Kent Hughes et son équipe. Ici, au CCS, nous sommes plutôt convaincu par la réussite de ce projet.

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