Tennis

« Voir le stade plein jour et nuit », le rêve de Mauresmo

En devenant directrice des Internationaux de France, Amélie Mauresmo hérite du bien le plus précieux du tennis français. Un bijou que le monde entier envie à l’Hexagone et qui fait fantasmer tous les joueurs du circuit. Mais ce bijou a souffert. Après deux éditions au rabais, Roland-Garros doit redevenir le théâtre d’inoubliables moments de sport. L’objectif de la nouvelle direction est clair : faire que tous les regards se braquent sur la Porte d’Auteuil à la fin du mois de mai.

Ces deux dernières années, les Internationaux de France ont eu lieu dans un contexte inhabituel. Jusqu’en 2019, Roland-Garros se disputait au printemps, au milieu de gradins bien remplis par les chapeaux blancs ou les parapluies, et le soir venu, tout le monde rentrait à l’hôtel. L’arrivée de l’obscurité était redoutée, par les joueurs, mais surtout par les spectateurs. Ces derniers étaient frustrés de devoir abandonner leurs héros en pleine partie. En 2020, ils n’ont presque pas pu voir une bribe de match depuis les tribunes. Covid oblige, l’édition automnale de Roland a bien terni la fête. En 2021, les conditions étaient à peine plus normales. Certes il y avait le printemps, mais dans des stades partiellement garnis, et sous un toit quelque fois fermé.

Ce toit, sur la cime du Philippe Chatrier, a bien des avantages. Ni la pluie, ni la nuit ne viennent ainsi interrompre les échanges sur le court principal. C’est même tout l’inverse : la nuit devient un moment crucial. Avec l’apparition des « night sessions », Roland-Garros met en scène. Le décor est élégant, les acteurs brillent… et Amazon orchestre. Avec les changements d’infrastructures, viennent les changements de diffusion. Une étape de plus vers la modernité, à laquelle Roland n’a pas échappé. Les droits TV se négocient ici comme partout ailleurs, et France TV doit maintenant partager. Si ces joutes nocturnes étaient hier sujettes au couvre-feu, elles vont désormais pouvoir faire vibrer les travées de la Porte d’Auteuil. Ces grands chambardements ne marquent pas une rupture, mais entament une évolution. Il faut créer l’événement.

Les objectifs d’Amélie Mauresmo

« Sous réserve que les conditions sanitaires le permettent, ce serait mon rêve de voir les tribunes du stade pleines pour le prochain tournoi… Les sessions de nuit, notamment, vont représenter un vrai challenge, déclarait Amélie Mauresmo lors de sa nomination. J’aimerais aussi que l’on améliore la qualité de l’accueil des joueurs et des joueuses. » Gérer la satisfaction du public et le confort des athlètes, un habile équilibre à trouver pour contenter tout le monde. C’est désormais à cet exercice que va devoir s’astreindre Amélie Mauresmo. Forte de sa riche carrière, l’ex-n°1 mondiale connaît Roland comme personne. Elle compte bien se servir de sa propre expérience pour améliorer ce qui peut l’être.

Amélie Mauresmo : joueuse, coach, consultante… et maintenant dirigeante (Crédit : Archives AFP)

Pour que le public puisse pleinement retrouver les sièges de Roland-Garros, une large offre de billets a été mise en ligne. Rapidement, une grande majorité a été dévalisée par les fans et les clubs. S’il y a assez peu de doutes sur la forte affluence prévue après deux ans de restrictions, il faudra tout de même que l’offre satisfasse la demande. A l’habituelle clientèle calme des courts principaux voudra se mêler la tribu des ambianceurs aux bourses plus raisonnables. C’est dans cet esprit que la FFT a annoncé le lancement des billets Annexe Up qui permettent « d’accéder librement à tous les courts Annexes […] et de donner accès aux tribunes basses du court Philippe-Chatrier en placement libre, sous réserve de disponibilité des places. » Un moyen de s’épargner les gradins vides et de ne pas écorner l’image du tournoi.

Cette fameuse image doit aussi reluire par ce qui se passe sur le court. Pour le spectacle, comme à l’Open d’Australie, des panneaux LED remplaceront les traditionnels sponsors tendus au fond des courts. On peut aisément imaginer des jeux de lumière et de sons à l’entrée des joueurs pour renforcer un peu plus l’image épique du tournoi, et donner à ces gladiateurs modernes un caractère glorieux. Créer les conditions d’un show remarquable, c’est surement le meilleur moyen pour Amélie Mauresmo de réaliser son nouveau rêve de directrice : « Voir le stade plein jour et nuit ».

Du spectacle en plus, mais peut-être un brin de magie en moins. Dans une volonté d’harmoniser les quatre tournois du Grand Chelem, la direction de Roland-Garros a annoncé la fin des deux jeux d’écart dans l’ultime manche d’une partie. Avec la règle du Super Tir-Break, fini les matchs à rallonge : à 6 jeux partout dans la cinquième manche, un tie-break en 10 points sera disputé. Si les joueurs n’y sont pas opposés dans l’ensemble, le public aura peut-être un peu plus de mal à digérer la nouvelle, lui qui était si friand des interminables combats sur l’ocre parisienne.

La nouvelle directrice de Roland a dévoilé ses objectifs pour 2022 (Crédit : FFT)

Le casting des joueurs et joueuses

Les acteurs principaux de cette édition 2022 de Roland-Garros restent et resteront les joueurs et les joueuses. Cette année encore, un alléchant casting se présentera Porte d’Auteuil pour espérer vivre une quinzaine heureuse. Novak Djokovic viendra défendre son titre, maintenant que les conditions sanitaires sont allégées. Rafael Nadal sera également de la partie après un début de saison sur terre avorté pour cause de blessure aux côtes. La jeunesse également aura son mot à dire. Fort d’une finale l’an dernier, Stefanos Tsitsipas a montré à Monte-Carlo qu’il aurait des arguments à faire valoir une fois encore, tout comme Carlos Alcaraz, lauréat à Barcelone après un début de saison tonitruant.

Toutefois quelques absences notables sont à souligner. L’idole du monde entier (d’une immense partie au moins) manque à l’appel. Roger Federer ne sera pas là. Ce n’est pas surprenant. Le Suisse mesure ses efforts, calcule son retour, maximise ses chances de s’offrir un dernier coup d’éclat. Son élégance et son charisme manqueront inévitablement à la terre battue parisienne, mais cela fait quelques années déjà. Comme lui, Andy Murray a d’ores et déjà déclaré qu’il ne participerait pas à Roland-Garros. Son objectif est Wimbledon, et les sensations sur terre battue ne sont pas bonnes pour l’Ecossais. Sir Andy Murray préfère temporiser, et tout miser sur la saison sur gazon.

Deux stars en moins, et une qui vivra son dernier Roland-Garros. En effet, Jo-Wilfried Tsonga a annoncé il y a peu qu’il mettrait un terme à sa carrière au terme de l’édition 2022 des Internationaux de France. Le voir en deuxième semaine paraît déraisonnable, alors l’essentiel sera de lui offrir des adieux dignes de ce qu’il a offert aux publics du monde entier ces dernières années. Le public français aura à cœur d’honorer son dernier finaliste de Grand Chelem en date. L’organisation sera tout de même confrontée à un dilemme de taille : un match de gala en night session ou un baroud d’honneur en clair sur France TV. De belles images, ou une belle histoire ?

Demi-finaliste en 2015, Jo s’offrira un dernier baroud d’honneur à Paris avant la retraite (Crédit : AFP)

Alors que très récemment, l’organisation du tournoi de Wimbledon a annoncé refuser l’entrée des joueurs et joueuses russes et biélorusses, il n’en est heureusement rien pour Roland-Garros. Outre les considérations politiques, d’un point de vue purement sportif, se priver de joueurs et de joueuses aussi important.e.s  aurait été un réel handicap pour les organisateurs.

Entre un brûlant attachement à la légende du tournoi et une envie assumée de faire la part belle à la modernité, Amélie Mauresmo prend les commandes de Roland-Garros avec fermeté. La tâche n’est pas aisée : Roland est un monument du sport français. Tout un pays, voire plus encore, attend que ce tournoi offre un spectacle digne de ce nom. Si le plus important reste la performance sportive, le show qui va avec est un enjeu de poids. Amélie Mauresmo n’a peut-être jamais gagné Roland-Garros, mais elle incarne plus que quiconque l’amour pour ce Majeur mythique. Bon courage Madame la directrice !

Photo de couverture : ATP

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