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105ème Tour d’Italie : Un Giro plus ouvert que jamais ?

Le 6 mai prochain, Budapest accueillera le grand départ du Tour d’Italie. Initialement prévu en 2020, le départ de la course italienne n’avait pu se tenir dans la capitale hongroise pour cause de pandémie. Mais aucun doute, cette année l’épreuve phare du calendrier italien tiendra son rang. Mauro Vegni et ses équipes ont une nouvelle fois concocté un parcours singulier faisant le charme de cette course, mais également sa difficulté. A quelques jours du départ, tour d’horizon des étapes et coureurs à suivre dans ce Giro 2022. 

Un faible kilométrage de CLM.. et avec du dénivelé

Les grimpeurs du peloton se sont frottés les mains lors de la présentation du parcours en novembre dernier. Les organisateurs italiens leur ont réservé un parcours taillé sur-mesure avec un nombre important d’étapes accidentées et un (très) faible kilométrage chronométrique. Historiquement, la course italienne réservait la part belle au chrono par rapport au Tour de France notamment. Et pourtant, cette 105ème édition semble déroger à la règle, Vegni et ses collaborateurs proposeront seulement 26 kilomètres de contre-la-montre. De plus, les profils des deux chronos ne désavantagent pas forcément les petits gabarits du peloton avec des parcours courts et accidentés. Dès le second jour de course, les prétendants au général vont s’affronter durant 9.2 kilomètres dans les rues de Budapest. Un parcours technique, urbain qui se terminera par une bosse d’un peu plus d’un kilomètre. Aucun écart important à prévoir, mais ce chrono va permettre d’effectuer une première hiérarchie.

La seconde épreuve chronométrée de ce Giro aura lieu lors de la 21ème étape. Comme depuis quelques années, l’épreuve italienne s’achève par un chrono dans les rues de Vérone cette fois. Les prétendants au Maglia Rosa vont devoir dompter un parcours de 17 kilomètres marqué d’une côte de 4.5 kilomètres. Ce chrono sera donc le juge de paix pour les favoris et il est certain que les suiveurs souhaitent de nouveau assister à un scénario similaire à l’édition 2020. Elle avait vu Tao Geoghegan Hart et Jai Hindley s’élancer dans la même seconde lors du chrono final. 

La part belle aux grimpeurs

En plus de ces deux étapes, les grimpeurs ont, comme souvent sur le Giro, un terrain de jeu favorable à leurs profils. Cette édition 2022 propose 6 étapes de montagne dont 4 arrivées au sommet. Dès le 4ème jour, les coureurs vont trouver comme juge de paix l’ascension de l’Etna, 22,8 km à seulement 5.9% de pente moyenne avec une forte probabilité d’un vent défavorable. Les écarts entre les favoris ne seront pas importants, mais il ne faudra pas se rater sous peine de déjà perdre tout espoir au général. Il faudra ensuite attendre la toute fin de la première semaine pour une nouvelle arrivée au sommet.

L’arrivée de la 9ème étape s’effectuera en haut du Blockhaus, en 2017 la bagarre avait fait rage entre Quintana, Nibali et Pinot sur ces 13,6 kilomètres d’ascension à 8,4% et surtout les 10 derniers à 9,4% de moyenne (passage à 14%). Pas de doute, les grimpeurs attaqueront dans le final de cette étape accumulant près de 5000 mètres de dénivelé (!). Après une deuxième semaine piégeuse avec notamment l’étape 14 qui arrive à Turin, les prétendants au général vont de nouveau s’étalonner lors de l’étape 15 sur les routes les menant à la station de Cogne. Sur le papier, la montée finale semble roulante, mais les favoris devront se découvrir à une semaine de l’arrivée finale. Les ascensions du Pila-Les-Fleurs et du Vergogne pourraient être un tremplin pour un coureur un peu loin au général. Comme souvent avec le Giro, la dernière semaine s’annonce ultra montagneuse. Pour le leader avant cette troisième semaine, pas de répit, il faudra être prêt quasiment tous les jours !

Une troisième semaine dantesque

En entrée, l’étape 16. Celle-ci s’achève à Aprica où le regretté Marco Pantani avait en 1994 écrasé la concurrence. La montée de la Santa Christina sera le point d’orgue de la journée (13,5 km à 8 %), après son sommet, les coureurs s’élanceront dans une descente de seulement 7 kilomètres vers l’arrivée. Mais avant, le peloton va affronter le célèbre Mortirolo, l’une des montées phares de la course italienne qui avait vu le récital d’Alberto Contador en 2015. Cependant, son sommet demeure à plus de 70 kilomètres de l’arrivée, il parait peu probable que l’une des stars du peloton prenne le risque de partir de si loin. Il servira d’écrémage parmi les équipiers. Le Teglio et ses passages à 16% va bien entamer le capital physique avant cette fameuse montée de Santa Christina. Copieux ? Presque indigeste…

En plat de résistance, des étapes sur le papier moins difficiles. Pour autant il ne faudra pas baisser la garde sous peine de perdre du temps au général ! Les étapes 17 et 19 sont plus difficiles qu’il n’y parait. La première démarre directement par une montée histoire de bien s’échauffer. S’en suive 100 km un peu plus faciles où des fuyards pourraient creuser un écart en vue d’une victoire d’étape. Puis pour finir, deux ascensions dans les 40 derniers km. La première de 11,8 km à 7,7 % afin de faire le tri parmi les équipiers fatigués. La dernière, la Monte Rovere, s’apparente à un mur à 10 % de moyenne pendant près de 8 kilomètres, une fois au sommet, il restera 7 kilomètres pour rallier l’arrivée. Les prétendants au Maillot Rose ne pourront pas se cacher et les écarts peuvent s’avérer importants à Lavarone.

L’étape 19 va voir les coureurs aller faire coucou à Tadej Pogacar et Primoz Roglic en Slovénie. Pour prendre le café ? Absolument pas. Il va falloir escalader le terrible Kolovrat qui propose 10,3 km à 9,2 %. Retour en Italie pour le final avec une ascension qui paraît moins difficile sur le papier mais avec le fatigue, chaque ascension peut être le théâtre d’une défaillance d’un prétendant à la victoire finale.

Et pour finir ? Un sacré dessert, un bon gros gâteau à base de 3 cols ! L’étape reine de ce Giro se situera la veille de l’arrivée. Le peloton devra affronter le Passo San Pellegrino (18.5km à 6.2) puis le Passo Pordoi (11,8 km à 6.8 %). Le Pordoi, culminant à 2239 mètres d’altitude, sera la Cima Coppi de ce 105 Tour d’Italie. Ces deux difficultés passées, voici la cerise sur la gâteau : la Passo Fedaia (14 km à 7.6 % dont 5,4 km à plus de 11 % pour finir), avec ses pourcentages à plus de 18 %, où sera jugée l’arrivée de cette 20ème étape. 

Un Giro plus ouvert que jamais ? 

Les deux ogres Slovènes n’étant pas au départ, il est difficile de trouver un grand favori au sein de la startlist de ce 105ème Giro. Il est possible tout de même de hiérarchiser rapidement le groupe de favoris présents sur la ligne de départ le 6 mai prochain. 

Richard Carapaz semble être l’un des mieux armé pour la conquête du Maglia Rosa. L’équatorien réalise un début de saison plutôt discret malgré une victoire d’étape sur le Tour de Catalogne. Il s’est préparé chez lui et arrivera en forme au départ de Budapest. Vainqueur de l’épreuve en 2019, il pourra s’appuyer sur un collectif solide avec notamment le français Pavel Sivakov et Richie Porte. Le parcours devrait correspondre parfaitement à ses caractéristiques et on voit bien l’équatorien proche de la victoire le 28 mai prochain. 

source : (LUK BENIES / AFP)

Bahrain-Victorious s’avance également avec un collectif ultra solide. En réussite depuis deux saisons, ils tenteront de mettre une nouvelle fois un de leurs coureurs sur le podium. Pello Bilbao semble être dans la forme de sa vie, le basque multiplie les bons résultats depuis mars avec notamment une victoire au Pays Basque et au Tour des Alpes. Néanmoins, il ne connait pas réellement cette position de leader et la défaillance qu’il a connu lors du Tour des Alpes amène à tempérer notre propos. Son co-équipier Mikel Landa parait plus armé pour chercher un podium ou plus. Très fort sur Tirreno, l’expérimenté Espagnol a souvent connu la malchance sur les routes italiennes. Il a annoncé avoir programmé son pic de forme pour la dernière semaine, et Landa peut s’avérer intouchable dans une grande journée. Le parcours est taillé sur mesure pour ses capacités, le basque a ici l’une des dernières occasions d’aller chercher la gagne sur un GT. 

Simon Yates peut également viser une très bonne place, vainqueur de la dernière étape de Paris Nice, le Britannique n’a pas fait parler de lui depuis, mais pas sûr que cette situation le desserve. Ces dernières années, il arrivait souvent avec l’étiquette de grand favori avant de s’écrouler rapidement lors des premières étapes. Il pourrait profiter de cette situation pour surprendre ses adversaires dans la course au maillot Rose. 

La Bora-Hansgrohe pourrait venir jouer les trouble-fête avec sa doublette Jai Hindley et Wilko Kelderman. Ces deux coureurs avaient fait 2ème et 3ème du Giro 2020, ils viseront de nouveau un podium en 2022. Miguel Angel Lopez nourrira les mêmes ambitions, le Colombien s’est rassuré après sa victoire d’étape sur le Tour des Alpes. « Superman » trouvera un parcours à son avantage et devrait jouer au minimum un top 5, il pourra compter sur le soutien de Vincenzo Nibali.

Almeida a déjà goûté au maillot rose. source : LUCA ZENNARO/EPA/MAXPPP gion, Italy, 18 October 2020.

Joao Almeida visera également un bon résultat sur ces routes italiennes qu’il aime tant, le portugais a fait de ce Giro le grand objectif de sa saison. Dans le top 6 ces deux dernières années, et porteur du maillot rose pendant 15 jours avant de marquer le pas en 2020, le coureur d’UAE visera au moins aussi bien. 

Dans le camp français, Romain Bardet semble en mesure de viser un podium sur ce 105ème Giro. Vainqueur du Tour des Alpes, l’Auvergnat semble avoir retrouvé les jambes de ses grandes années. Il n’avait pas prévu le Giro à son programme, mais sa forme flamboyante l’a poussé à se présenter au départ de Budapest. Le parcours lui convient notamment en raison du faible nombre de km d’exercice individuel donc Romain peut rêver d’un nouveau podium sur un Grand Tour. Son compatriote, Guillaume Martin, espère également bien figurer pour son premier Giro. Le grimpeur de la Cofidis, hyper régulier sur les courses par étapes, visera un nouveau top 10 après le Tour de France 2021 et la Vuelta 2021

Et c’est tout ?

Sur le papier, si les grimpeurs vont trouver un parcours adéquat à leurs qualités avec 6 étapes montagneuses pouvant occasionner de gros dégâts, on constate également 6 étapes vallonnées. Ces étapes vont être un terrain de jeu parfait pour les baroudeurs et puncheurs. Au sein de ces 6 étapes, l’étape 14 offre un terrain de jeu propice aux grandes opérations. Pendant 147 kilomètres, la route menant à Turin ne sera jamais plate et le parcours ne permettra pas à une équipe de contrôler la course. L’enchainement d’ascensions raides et l’arrivée en descente va permettre aux puncheurs de se faire plaisir.

Mathieu Van der Poel, a remporté une étape similaire l’année dernière sur Tirreno Adriatico. Le néerlandais aime ce genre de profil, mais il va devoir cependant se méfier de coureurs tels qu’Alejandro Valverde ou Biniam Girmay. Si l’objectif avoué de MVP est de prendre le maillot rose lors de la 1ère étape, il sera un nom à cocher sur ces étapes vallonnées qui sont son terrain de prédilection.

Il y a en aussi pour les sprinteurs

Et les sprinteurs dans tout ça ? Les grosses cuisses du peloton auront plusieurs possibilités de jouer la gagne. Concernant le plateau, Caleb Ewan viendra sur les routes du Giro pour lever les bras après un début de saison chaotique. Arnaud Démarre sera dans une optique similaire, le sprinteur de la GFDJ tentera de faire aussi bien qu’en 2020, le Picard avait levé les bras à 4 reprises en Italie. L’Australien et le Français devront tout de même frotter avec Mark Cavendish, Elia Viviani, Fernando Gaviria ou Giacomo Nizzolo

Coureurs à suivre pour leurs premiers Tour d’Italie : Mathieu Van der Poel ; Biniam Girmay ; Felix Gall ; Mathias Skjelmose. 

Ce Giro 2022 s’annonce très ouvert, le premier Grand Tour du calendrier réserve souvent des scénarios de course inédits et le parcours concocté par les organisateurs devrait favoriser une course de mouvement et les coureurs offensifs. Aux coureurs de faire la course et rendre ce parcours encore plus magique !

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