Tennis

Diego Schwartzman, la fierté de l’Argentine

S’il y en a bien un qui tient une constance depuis de nombreuses années, c’est bel et bien Diego Schwartzman. Immense par le talent, géant par la combativité et petit par la taille, San Diego s’est construit à l’image de son pays. Un homme qui résiste, qui sait vibrer et qui enflamme le public. Adoré par ses pairs, idolâtré par les Argentins et respecté par les fans de tennis, il ne lui manque qu’un tout petit rien pour qu’il se fasse une place dans la légende.

Diego Schwartzman, c’est un petit prodige qui aurait pu ne jamais connaître de consécration sur le circuit mondial ….

« Il y a des raisons pour lesquelles je n’aurais pas pu aller aussi loin, mais elles n’ont rien à voir avec ma taille. »

L’homme de terre, l’homme du peuple

Né dans la capitale argentine, Buenos Aires le 16 août 1992. Sa famille connaît au même moment des gros problèmes financiers suite à la crise économique des années 90 en Argentine. La famille Schwartzman se retrouve avec peu d’argent et perd tous les biens qu’elle possède. C’est le début d’une période difficile pour eux.

C’est à l’âge de 7 ans, que Diego a enfilé sa première tenue pour aller taper la balle. Encore tiraillé entre son amour pour le football et le tennis, c’est finalement la petite balle jaune qui a rapidement pris le dessus dans son cœur. Surnommé, “Peque” en référence à sa petite taille, il n’a jamais cessé d’être un bon joueur de tennis. Pour lui, sa taille a toujours été un atout fondamental pour se surpasser sur les courts.

“Lorsque j’entre sur un court de tennis, je ne pense pas à ma taille ou à la taille de mon adversaire.”

Bien que sa situation n’était pas idéale, à cause, du peu de moyens financiers de sa famille, Diego n’a rien lâché. Comme il le disait, il a tenté de jouer autant qu’il le pouvait. Pour payer ses voyages, sa mère l’aidait à confectionner des bracelets en caoutchouc qu’ils vendaient lors des tournois. C’était une abnégation à toute épreuve.

Son histoire avec l’Argentine

Né sur les terres argentines, Diego Schwartzman n’a pas un nom à résonance latin. Retour sur l’histoire des Schwartzman, une famille d’immigrés juifs pour qui rien n’a été simple. Ses arrière-grands-parents ont fui l’Europe lors de la Seconde Guerre mondiale pour s’installer après en Argentine. À leur arrivée, ils parlaient yiddish et non espagnol. L’origine de la famille du côté de sa mère était polonaise, et ils sont aussi allés en Argentine en bateau. Ils ont réussi à s’intégrer dans un nouveau pays, avec une culture totalement différente.

« Quoi qu’il arrive dans ma carrière, rien ne sera comparable à ce que mes parents ont enduré. Mais même tout cela n’est rien comparé à ce que mes ancêtres ont vécu. J’ai des racines juives, et mon arrière-grand-père du côté maternel, qui vivait en Pologne, a été emmené dans un train vers un camp de concentration pendant l’Holocauste. »

Il a réussi à s’en sortir, car l’accouplement reliant les deux wagons à lâcher et les Juifs piégés à l’intérieur ont pu s’échapper sans être découverts. Cette histoire, l’histoire de ses ancêtres, il la porte en lui.

Israël, connaissant ses origines et l’histoire de sa famille, lui propose de changer de nationalité. Pour Diego, c’était inconcevable au vu de son histoire, son sang à lui était bien Argentin. Il se sent pleinement Argentin et sera reconnaissant à vie envers ce pays d’accueil pour ses ancêtres. Sa patrie, c’est l’Argentine.

Il a souvent fait face à des personnes d’une immense bonté. Ses premiers coachs lui ont fait don du prix des courts qu’il ne pouvait pas se payer.

“Et une fois que je suis devenu pro, je n’ai jamais douté de moi, quelles que soient les chances.”

Solide mentalement, fort physiquement, Diego n’est pas comme tout le monde. C’est un homme d’espérance, le gladiateur d’Argentine, l’âme du combattant.

« Je ne suis pas le seul à avoir fait face à l’adversité. Il s’agit de ne pas laisser les moments difficiles vous décourager et de les utiliser comme une motivation pour vous aider à transformer une mauvaise situation en quelque chose de bon. » 

Son profil de terrien

Sa surface de prédilection, comme pour de nombreux sud-américains, c’est l’ocre. Ses aptitudes lui sont très favorables pour rendre fous ses adversaires. Joueur très régulier au cours de l’échange, c’est lui qui donne le tempo.

L’un de ses points forts est sa résistance. Diego pourrait jouer des heures dans des filières longues jusqu’à faire craquer son adversaire. Il arrive à garder sa lucidité pour jouer sans fautes, en alternant au bon moment. Il sait trouver le rythme pour gêner son adversaire.

Physiquement, c’est une machine, mais tennistiquement, Diego possède une belle panoplie de coups exceptionnels, parmi elles, ces délicieuses amorties, fracassantes. Diego est un joueur très vif, très mobile, infatigable et avec de très bons appuis. Cela lui permet d’avoir souvent un temps d’avance pour contrer et dominer ses adversaires.

Pour quelles raisons Diego performe-t-il souvent à Roland-Garros ?

Ce joueur atypique est un excellent relanceur, l’un des meilleurs du circuit. Il fait des ravages avec son revers en agressant le serveur dès le retour. Diego fait partie des cinq meilleurs relanceurs du circuit, assurément.

Cela se traduit par un pourcentage élevé de break sur l’ocre : 36.5 % de breaks en carrière sur cette surface.

À côté, il y a son mental de champion. En plus de sa grinta, Diego fait partie de ces athlètes qu’il faut enterrer sur le court pour être sûr d’avoir remporté le match. Il ne faut jamais laisser place à l’espoir, car la force qu’il a en lui, amènera l’Argentin à un tout autre niveau.

C’est un habitué des longs matches, des grands combats, des rallyes sur le court. Roland-Garros est la place parfaite pour lui. La surface est l’une des plus lentes sur terre, le public est chaud bouillant et a toujours eu un faible pour les magiciens comme lui. Bon point pour lui, le public argentin se fait souvent entendre, ce qui donne un plus a Diego et réveille en lui sa grinta.

Sur le court, lui régale le public. Il vient souvent se placer sur son revers et enchaîne avec des croisés, court ou long, pour finir avec un revers long de ligne qui éteint l’adversaire. Il envoûte le public à coup d’amorties à couper le souffle et de toucher incroyables à la volée. Ce joueur représente la caricature du joueur qu’il ne faut pas louper sur terre et encore moins à Roland-Garros.

Sa couverture de terrain est impressionnante. Il a de très bons appuis et se déplace très vite en fond de court comme pour venir au filet. Bien qu’il mesure un petit mètre 70, sa mobilité terrifie. Il oblige l’adversaire à prendre de nombreux risques pour avoir des chances de remporter le point. Même sur les nombreux smashes sur lesquels il doit défendre, rien n’assure qu’il ne remettra pas la balle en jeu.

Diego arrive à maîtriser l’échange, il sait parfaitement reprendre le dessus et contrer en s’appuyant sur la puissance de son adversaire. Mais attention, il a horreur d’affronter un joueur qui excelle dans les mêmes filières que lui, car il doit démultiplier les tactiques et semble perdu.

Diego Schwartzman compte un quart l’année passée et une demie l’année d’avant perdue contre Rafael Nadal. Don Diego n’a jamais su vaincre le Roi de Paris, mais l’a souvent perturbé et peut-être épuisé, comme l’année passée.

L’outsider qui épuise sur terre

Diego, c’est un joueur renversant, un joueur qui n’est jamais battu avant que son adversaire n’ait conclu le dernier point du match. C’est l’une de ses plus grandes forces, l’Argentin est toujours vivant, il y croit jusqu’au dernier point, même avec un genou à terre, il faut l’avoir tué sur le court pour s’en défaire.

Ce qui caractérise Peque, c’est sa combativité. Cet homme peut revenir de nulle part et reprendre sa marche en avant pour écraser son adversaire. C’est un habitué des fameuses remontadas inexplicables.

Le Diego du tennis, porté par son étoile 

“J’ai été nommé d’après la légende du football Diego Maradona, alors bien sûr, l’un des sports que j’ai pratiqué était le football.” 

S’il est en haut du tennis mondial, c’est en grande partie grâce à tout l’amour qu’il a reçu et la bonté argentine ! Les conseils d’anciens pros, les cours gratuits et cette solidarité des totales des Argentins, touchés par son histoire.

Passionné de football, supporter de Boca Juniors, Diego aime et vie football. 

“Au fil des années, je me suis rendu compte qu’au tennis, la plupart des choses dépendent de moi et non des autres personnes qui m’entourent. Tout dépendait de l’effort que je fournissais, et il y avait un charme à savoir que je serais récompensé pour le travail que je faisais. J’étais aussi meilleur au tennis qu’au football, alors j’ai voulu m’y mettre plus sérieusement.”

Il a plongé dedans. Le parcours a été long et sinueux, mais Diego peut être fier, l’Argentine a eu son Dieu du foot et maintenant elle a peut-être son Dieu du tennis.

Ce joueur différent, atypique, révèle qu’il n’a jamais utilisé de raquette enfant, car il n’aimait pas, c’est l’une des explications de son formidable touché et sa grande aisance raquette en main à retourner tous les coups.

Diego a souvent été accompagné par sa mère aux tournois. Pour lui, place à deux compétitions, les matchs du tournoi et la vente de ces bracelets pour financer sa passion et ses voyages toujours plus loin les uns que les autres. Mais il admet que cela fut difficile pour lui, même s’il savait trouver de la joie dans ces moments.

« À 13 ans, j’ai commencé à prendre l’avion pour me rendre en Colombie, au Venezuela et en Équateur, et je pleurais dans l’avion. »

C’est une période compliquée pour lui, éloigné de sa famille, il allait seul rendait à ses tournois et surtout, il avait conscience des sacrifices faits par sa famille, le poids était lourd. Être loin de ses parents et ses frères et sœurs pendant ses tournées, ce n’était pas simple. Mais cela faisait partie du chemin pour atteindre son rêve, comme il le confie :

« Et je sais que même si ces moments ont été difficiles, ils m’ont aidé à devenir un meilleur compétiteur. »

Rien ne pouvait stopper son rêve

À cette période, un médecin lui avoue qu’il ne grandira plus. C’était dur d’entre ça et de comprendre que son aventure dans le tennis pouvait prendre fin. Résistant et rempli d’espoir, il a su garder la face devant ses proches et puiser dans ses ressources alors que sa motivation en avait pris un coup. Les premiers doutes sur sa passion commencèrent…

« Je sais que je leur ai dit que la taille ne signifie pas grand-chose. Mais à l’époque, j’étais dévasté. »

Ses parents l’ont senti, il va pousser un peu plus Diego qu’à l’accoutumée, il fallait qu’il s’accroche. Rien ne pouvait stopper son rêve, il était persuadé que Peque avait un brillant avenir dans le tennis et que sa taille n’allait pas remettre en question tout ça.

Quelque temps, plus tard, vers 15 ans, il reçoit de nombreuses aides, et tout a commencé à s’accélérer pour lui. Il a reçu des aides de joueurs et coachs argentins. Plusieurs personnes lui ont apporté une aide financière. Le vent avait soufflé, la tempête était passée et Diego avait su rester debout, les choses changèrent pour lui.

“Mais peu importe ce que j’ai dû affronter, j’ai toujours travaillé dur et je pense que le fait de surmonter ces obstacles a fait de moi un meilleur compétiteur et une personne encore meilleure. “

Une mentalité, un orgueil qui ne lui fait rien lâcher. Diego ne lâche jamais prise.

Aujourd’hui, seul 10 joueurs argentins possèdent de meilleures statistiques que lui. Mais à la fin de sa carrière, il y sera pleinement dedans. Aux trois premières places, se trouve l’inévitable Guillermo Vilas, Juan Martin Del Potro et David Nalbandian. José Luis Clerc, Juan Mónaco, Juan Ignacio Chela, Martín Jaite, Gastón Gaudio, Guillermo Cañas et Guillermo Pérez Roldán complètent ce top.

Il a déjà sa place pour rentrer dans la lignée des légendaires tennismen en Argentine. Pas rassasié, Diego se verrait bien soulever un trophée suprême pour couronner sa belle carrière. Pourtant, Peque a déjà connu la consécration en s’imposant chez lui, à Buenos Aires en 2021. C’est lui qui détient en 2022, le plus de succès sur terre battue avec 17 victoires en 24 matches. Malheureusement avec aucun titre à la clé. Il ne lui reste plus que le Grand Chelem parisien pour y remédier.

“J’ai toujours eu confiance en mon jeu et en ma carrière. J’ai toujours pensé que je pouvais le faire. Me voici maintenant en compétition avec les meilleurs joueurs du monde.”

Peque, qui avait atteint le 9e rang mondial en 2020, est depuis repassé dans le top 20. Toujours perçu comme l’un des meilleurs joueurs mondiaux, il excelle sur terre battue. Diego sera un outsider à surveiller Porte d’Auteuil, lui qui arrivera en pleine forme et revanchard après son élimination précoce au deuxième tour du Masters 1000 de Rome, en guise de dernières répétitions.

Diego représente à lui seul ce rêve de milliers de joueurs. Petit de taille, mais grand par le talent, l’Argentin y a toujours cru. Sur le court, Peque laisse l’impression du petit combattant, du joueur qui ne lâche rien. En fin de compte, ces duels sur le court sont à l’image de sa vie, celle d’un combattant qui se donne en mémoire de son histoire et de sa patrie.

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