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Eintracht Francfort – six ans de haut vol chez les aiglons

Demain soir, le 19 mai 2022, l’Eintracht Francfort affrontera les Rangers Glasgow en finale de la Ligue Europa. Après un long passage sans remplir leur armoire à trophées, ce match vient finaliser cinq années de succès sur la scène nationale et européenne pour l’équipe de Hesse.

Années 70 et 80 : Années de gloire de l’Eintracht Francfort

L’Eintracht Francfort est un club qui a particulièrement sévi dans les années 70 et 80. Rarement dans le haut du classement de la Bundesliga, il a malgré tout un titre de champions d’Allemagne. Cette unique victoire a été acquise au terme de la saison 1958-1959, alors que la Bundesliga n’existait pas encore. Il bat alors en finale les Kickers Offenbach, leurs ennemis de toujours. Si cette équipe évolue désormais en Regionalliga, elle peut se targuer d’avoir gagné plus de derby que l’Eintracht. Et lors de la construction de la Bundesliga, le président de l’Eintracht serait responsable de l’éviction des rivaux, qui s’étaient pourtant qualifiés sportivement.

Néanmoins, les Offenbach Kickers peuvent trouver une légère consolation dans le fait que par la suite l’Eintracht Francfort ne gagne jamais ce championnat nouvellement constitué. Mais ce n’est pas pour autant que l’Eintracht ne gagne pas. Le club compte quatre titre de Pokal entre 1974 et 1988. Ils réalisent le doublé en 1974 (1-3 contre Hamburger SV) et 1975 (1-0 contre MSV Duisburg). La décennie suivante, ils l’emportent de nouveau 2 fois : en 1981 (3-1 contre 1. FC Kaiserslautern) et en 1988 (1-0 contre le VfL Bochum).

Victoire de l’Eintracht Francfort lors de la Ligue UEFA 1980 face au Borussia Mönchengladbach

Mais leur sacre le plus important reste leur victoire en coupe de l’UEFA lors de la saison 1979-1980. Après avoir sorti Aberdeen, le Dynamo Bucarest, puis Feyenoord, ils battent le FC Zbrojovka Brno en quart de finale. Par la suite, ils affrontent deux clubs allemands pour obtenir leur plus gros titre jusqu’à présent : le Bayern Munich 5-3 en cumulé, puis le Borussia Mönchengladbach 3-3, victoire grâce à la règle du but à l’extérieur. En effet, la finale se jouait alors en matchs aller-retour et ils avaient gagné 2-3 à l’extérieur.

Ces deux décennies étaient une petite apogée pour cette équipe, avec huit participations à des compétitions européennes, entre coupe de l’UEFA et coupe des vainqueurs de coupe.

Années 90 et 2000 : La longue disette de l’Eintracht Francfort

Les deux décennies suivantes sont bien moins prolifiques. On compte parmi elles une unique finale de Pokal. C’est lors de la saison 2005-2006 et Francfort perd 0-1 face au Bayern Munich. Pourtant le début des années 90 se déroule sans accro. Si le club ne gagne pas, il participe à plusieurs reprises à la coupe de l’UEFA grâce à ses très bons résultats en Bundesliga. Il est en effet toujours dans le top 5 du championnat entre 1989 et 1994.

Cette période est aussi ponctuée par un ascenseur entre la 2. Bundesliga et la Bundesliga à plusieurs reprises. En fin de saison 1995-1996, l’Eintracht est relégué pour la première fois depuis le début de son histoire. Le club passe deux ans en deuxième division avant de remonter en 1998 après avoir été sacré champion de 2. Bundesliga. C’est leur unique titre sur cette période. Mais le retour est bref. Dès 2001, il redescend pour deux ans. Puis remonte pour la saison 2003-2004 avant de chuter de nouveau la saison suivante pour un an.

Le dernier ascenseur se produit en 2011-2012 et depuis le destin du club d’Hesse a complètement basculé. En effet, il s’est depuis stabilisé en milieu et première partie de tableau et joue régulièrement les trouble-fêtes en Pokal comme compétition européenne, entrainant derrière lui toute une ville.

2017 : Le retour sur le devant de la scène

La saison 2016-2017 de l’Eintracht Francfort n’est pas extraordinaire en championnat. En effet, le club termine à la 11ème place du classement. Mais en Pokal, on ne peut pas en dire autant. 2017 marque le vrai retour de l’Eintracht sur le devant de la scène nationale. C’est notamment le cas grâce à ses excellents résultats en Pokal.

Alors que l’équipe semble faire de sa marque de fabrique ses folles épopées en coupe au détriment du championnat, cela commence lors de la victoire face au 1. FC Magdeburg en 32èmes de finale. L’Eintracht doit alors aller jusqu’aux tirs au but, qu’ils reportent 3-4 (1-1 avant et après prolongations). Au cours de cette saison, gagner aux tirs au but est la spéciale du club de Francfort. En effet, cela arrive à 3 reprises en 6 matchs.

Après Magdeburg, Francfort sort le FC Ingolstadt (0-0, 4-1 aux tab). Il gagne ses deux matchs suivants dans le jeu face au Hannover 96 (1-2) et à l’Arminia Bielefeld (1-0). En demi-finale, retours des tab. Dans cette discipline, ils s’imposent face au Borussia Mönchengladbach 6 à 7 (1-1 avant et après prolongations).

Malheureusement, leur folle aventure se termine face au Borussia Dortmund. Le club de la Ruhr les bat lors de la finale. Lors de celle-ci le but d’Ante Rebic à la 29ème minute n’est pas suffisant face à ceux d’Ousmane Dembélé (8ème) et de Pierre-Emerick Aubameyang (67ème sur pénalty).

Néanmoins, cette course au titre pose les bases des cinq années qui suivent, avec pourtant des joueurs et entraineurs bien différents pour leurs différentes épopées.

2018 : L’Eintracht Francfort règne sur l’Allemagne

Un an plus tard, l’Eintracht Francfort est de nouveau sous les ordres de Niko Kovac qui entend bien rééditer son exploit de l’année précédente. A cette occasion, le club finit une nouvelle fois dans le milieu de tableau de Bundesliga (8ème).

Mais au contraire de la saison précédente, lors de celle 2017-2018, l’Eintracht n’a pas besoin des tirs au but pour passer les tours en coupe d’Allemagne. En 32èmes, ils sortent TuS Erndtebrück, un club de Regionalliga 0-3. Au tour suivant, c’est le 1. FC Schweinfurt 05 également en 4ème division qui perd 0-4. Il n’y a qu’en huitièmes de finale que le 1. FC Heidenheim tient jusqu’aux prolongations (0-0 avant prolongations). Mais il subit malgré tout le même sort que les clubs précédents avec une défaite finale sur le score de 1-2.

L’Eintracht Frankfurt règne sur l’Allemagne après sa victoire en finale de Pokal en 2018 (Getty)

Avant la finale, ce but d’Heidenheim est le seul encaissé par les Francfortais. En effet, face aux clubs de Bundesliga du 1. FSV Mainz 05 en quart de finale (3-0) ou FC Schalke 04 en demi-finale (0-1), ils n’en prennent aucun. En finale, ils affrontent le Rekordmeister. Mais les hommes de Jupp Heynckes s’inclinent. Ante Rebić marque un doublé (11ème et 82ème). Et Mijat Gaćinović enfonce le clou à la 96ème. En face, le Bayern ne marque qu’à une seule reprise, par l’intermédiaire de Robert Lewandowski à la 53ème.

Si Niko Kovac rejoint les vaincus dès la fin de la saison, ce n’est pas de cas de l’attaque Jović, Rebić et Haller et de la troupe composée entre autres de Kamada, da Costa, Abraham, Chandler et Hasabe qui va faire vibrer leur ville l’année suivante en Europe.

2019 : Entre joie et larmes européennes

2018-2019 marque le retour en Europe de l’Eintracht Francfort après 4 saisons sans participation et 2 participations en plus de vingt ans. Et le club d’Hesse fait les choses bien. Sous les ordres d’Adi Hütter, fraichement nommé et quittant les Young Boys pour la Bundesliga, le club peut compter sur ses forces offensives toutes restées. Si la saison ne démarre pas sous les meilleurs hospices après une défaite 5-0 face au Bayern en Supercup pour les vainqueurs de la Pokal et une élimination piteuse dès le premier tour de la compétition face à une équipe de 4ème division, le SSV Ulm, pour les tenants du titre, l’équipe se rattrape rapidement. Après 5 matchs de Bundesliga ratés (4 points), l’équipe enchaine 11 matchs sans défaite.

Si la saison de Bundesliga est l’une des meilleures de l’équipe depuis 6 ans, tous les espoirs de la ville reposent sur la Ligue Europa où le club fait des étincelles, rêvant d’une victoire presque 30 ans après la dernière. L’Eintracht finit la phase de poule avec 6 victoires en autant de matchs. Face à l’Olympique de Marseille, la Lazio Rome et Apollon Limassol, les Allemands marquent 17 buts pour 5 encaissés.

Sur les 14 matchs de leur épopée, les Allemands n’en perdent qu’un seul. Il s’agit d’un quart de finale face au Benfica Lisbonne (4-2). En 32èmes, ils sortent les Ukrainiens du Shakhtar Donetsk, puis les Italiens de l’Inter Milan en 8èmes. En quart face aux Portugais, leur victoire à domicile 2-0 les propulse en demi-finale grâce à la règle du but à l’extérieur.

Tifos, chants et fêtes accompagnent chaque match de l’Eintracht en Europe, ici contre l’Inter Milan (Ultra tifos)

Néanmoins, leurs péripéties se terminent dans les larmes, à Londres. Après un nul à domicile 1-1 face à Chelsea, ils tiendront le même score tout au long du match retour. Les deux buts de Jović sur la double confrontation ne suffisent pas. En effet, le Serbe, qui finit 2ème meilleur buteur de la compétition marque son tir au but. En fin de cession, les échecs sur l’exercice du défenseur Martin Hinterregger puis de Gonçalo Paciência, rentré en cours de jeu, mettent fin aux rêves de l’équipe aux portes de la finale.

Mais l’équipe qui a porté haut les couleurs de sa ville est saluée de partout. En Allemagne Adi Hütter gagne le titre de l’entraineur de la saison et Francfort celui d’équipe de la saison. Cinq joueurs sont primés dans l’équipe type UEFA : Kevin Trapp, alors en prêt du PSG, Danny da Costa, Makoto Hasebe, Filip Kostić et Luka Jović. Seul Chelsea, vainqueur de la compétition fait mieux. Avec cette aventure européenne, la fin du trio d’attaque arrive Rebić (AC Milan), Jović (Real Madrid) et Haller (West-Ham) quittant le club.

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2020 : Retour direct en Europe

La septième place en Bundesliga obtenue la saison précédente permet à l’Eintracht d’immédiatement retourner en Ligue Europa. Néanmoins, cette fois-ci, le club doit passer par les tours de qualification. Au cœur du mois de juillet, un stade plein à craquer vibre pour son équipe de nouveau. Et cela parfois malgré de très larges victoires à l’extérieur (5-0 face à Vaduz) et un enjeu faible. Et à l’extérieur, qu’importe si les équipes affrontées sont quasi inconnues pour eux. Ils sont nombreux à se déplacer à Tallinn (Estonie 2000 km de Francfort) ou Vaduz (Liechtenstein 460 km de Francfort) pour fêter leur équipe. A cette occasion, le record d’affluence estonien est d’ailleurs battu avec 8537 spectateurs.

Les supporters de Frankfurt présents en nombre à Vaduz

En match de barrage, dans un stade bouillant, ils gagnent face au Racing Club Strasbourg. Néanmoins, la suite de leur campagne est une moins belle réussite. En phase de poules, ils perdent un match sur deux. Ils sont alors dans le groupe du Standard de Liège, d’Arsenal et du Vitória SC. Leur victoire dans un Emirates Stadium d’Arsenal quasi vide est la goutte d’eau de trop pour le club anglais. Suite à celle-ci, bien fêtée par des fans ayant réussi à s’introduire et se faire bien entendre malgré une interdiction de déplacement, Unai Emery est remercié. Ils passent par la suite les 32èmes sans trop de soucis (4-1 et 2-2) face au RB Salzburg.

Leur aventure européenne s’arrête néanmoins dès les 16èmes de finale alors que les stades ferment à cause du covid. C’est donc dans leur stade vide lors des premiers matchs à huit clos à quelques jours du confinement qu’ils sombrent face à Basel 0-3 sans leurs fidèles supporters pour les aider. Lors du match retour en août suivant, ils ne parviennent pas à redresser la barre. Ils perdent alors une nouvelle fois (1-0).

Terminant la saison 9èmes, ils ne se qualifient pour rien. Mais ils peuvent se targuer de quelques victoires de prestige en Bundesliga et d’une belle saison en Pokal. Après le Bayer Leverkusen battu 3-0, ils sont auteurs d’un succès retentissant face au Bayern Munich (5-1) en championnat. C’est d’ailleurs cette défaite qui coute le poste de leur ancien entraineur Niko Kovac à la tête de l’équipe bavaroise. Ils battent également par 2 fois le RB Leipzig, l’un des clubs les plus détestés par la fanbase francfortoise. Mais malgré leur victoire face au club d’ex République Démocratique Allemande en huitièmes de finale de Pokal, ils finissent par perdre en demi-finale face au Bayern après une victoire 2-0 en quart face au Werder Bremen.

2021-2022 : Le rêve de gloire

La saison 2020-2021 est la seule depuis 2016-2017 où l’Eintracht ne réussit pas en coupe, que ce soit européenne ou nationale. Ejecté dès le 2ème tour face au Bayer Leverkusen, l’Eintracht ne voit pas les huitièmes de finale de Pokal. De plus, suite à sa 9ème place en Bundesliga de l’année précédente, il n’a pas le droit à l’Europe.

C’est donc l’occasion de jouer la Bundesliga à fond pour espérer un retour rapide dans les places européennes. Après 16 journées passé dans les places qualificatives à la Ligue des champions, ils finissent finalement à ses pieds, se qualifiant automatiquement pour la Ligue Europa. Au cours de la saison, ils battent à tour de rôle : le Bayern, Dortmund, ainsi que Wolfsburg, tous en Ligue des champions. Le RB Leipzig, vice-champion, ne parvient pas non plus à les battre.

C’est donc de retour dans la compétition qui leur a apporté du bonheur 3 saisons plus tôt que l’Eintracht commence la saison. Mais dès la reprise, le club chute en Pokal. Sous les ordres d’Oliver Glasner, ex-entraineur du VfL Wolfsburg, ils perdent face au SV Waldhof Mannheim, club de 3. Liga. Le début de championnat n’est pas plus brillant. Leur première victoire a lieu après 6 matchs (1 défaite, 5 nuls). Mais ils réussissent l’exploit de battre une nouvelle fois le Bayern, faisant d’eux l’un des rares clubs à les battre régulièrement ces dernières années. En parallèle, ils gagnent ou ne perdent pas les matchs qui comptent aux yeux de leurs supporters (derbys face à Mainz, matchs face au RB Leipzig). Ils se payent même le Bayer Leverkusen, alors 3ème, 5-2 en milieu de saison.

Martin Hinterregger salue le public présent en masse au Camp Nou après la victoire face au FC Barcelone (APA/AFP)

Leur deuxième partie de saison est bien moins bonne. 6ème à l’issue de la première partie de saison, ils ne gagnent que 3 matchs sur la phase retour (pour 8 défaites et 6 nuls). C’est notamment dû à la trajectoire en Ligue Europa. Car si l’Eintracht passe à côté de sa saison en Bundesliga, la raison est certainement qu’il ne passe pas à côté de celle de Ligue Europa.

Le club finit la phase de poules invaincu après avoir affronté l’Olympiakos Pirée, Antwerp et Fenerbahce. En tête de leur groupe, ils accèdent directement aux huitièmes de finale. Au cours de ceux-ci, ils jouent contre le Betis Seville, cinquième de Liga. Ils gagnent en prolongations (1-1) après avoir gagné le match aller à l’extérieur (1-2). Si le public les pousse, c’est également à l’extérieur (ou pas), qu’ils sortent le FC Barcelone. Dans un Camp Nou envahit de supporters tout de blanc vêtus, ils gagnent l’un des plus gros matchs de leur histoire (2-3) alors qu’ils avaient obtenu le nul (1-1) à domicile. Ils continuent en s’attaquant à West Ham, 7ème de Premier League. Ils gagnent alors le match aller et retour (1-2 puis 1-0).

« J’ai dit à l’équipe : Je ne sais pas si vous êtes les meilleurs joueurs, et je ne sais pas si nous sommes les meilleurs entraineurs. Mais en équipe, nous sommes exceptionnels. »

Oliver Glasner après la victoire et qualification de l’Eintracht Francfort face à West-Ham.

Demain, le 18 mai 2022, l’Eintracht Francfort essayera de boucler la boucle qui a commencé par une défaite en Pokal face au Borussia Dortmund, en mai 2017. Face aux Glasgow Rangers, le club allemand porté par toute sa ville, voir son pays, espère finaliser cinq années de belles histoires européennes et nationales de la plus belle des manières. Si des entraineurs et joueurs sont partis, on peut penser à David Abraham, capitaine lors de la défaite en 2017, aujourd’hui en retraite, une partie des joueurs de l’époque Europa reste présente et rêve d’une finale qui ferait couler les larmes de joie, et non de tristesse comme ce fut le cas il y a trois ans. Alors qu’ils ont rompu la malédiction de Londres cette saison, rompre plus de quarante ans de disette européenne est à environ quatre-vingt-dix minutes de foot, de spectacle et de fête.

Crédit image titre : Llius Gene/AFP

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