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Jannik Sinner, la relève italienne

Jannik Sinner, né le Août 2001 à San Candido en Italie, a intégré le circuit professionnel depuis 2018 et fait aujourd’hui partie des talents dorés de sa génération. Actuellement aux portes du top 10, l’Italien doit maintenant confirmer les espoirs placés en lui et s’affirmer comme un top joueur. Doté de qualités indéniables tennistiquement et d’un mental à toute épreuve, Jannik Sinner d’acier si l’on oserait le calembourg est d’ailleurs placé dans l’autre partie de tableau à Roland Garros. Il peut ainsi nourrir de grands espoirs pour cette quinzaine de Roland Garros et pourquoi pas se muer en sérieux outsider. De là à se hisser jusqu’en demi-finale ?

Tandis que le dernier joueur italien masculin à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem remonte à 1976 avec le sacre de Adriano Panatta à Roland Garros, une lueur d’espoir pourrait bien se trouver parmi certains joueurs italiens du circuit ATP. L’attention se focalise doucement mais surement sur Jannik Sinner, qui représente à merveille l’espoir et le talent du tennis italien aujourd’hui. Le longiligne italien, natif de San Candido est en effet seulement âgé de 20 ans et occupe aujourd’hui une prometteuse 12ème place.

Jannik Sinner serre le poing, après sa victoire expéditive au 1er tour de Roland Garros contre l’Américain Fratangelo 6-3, 6-2, 6-3. Crédit photo : ATP.

Nul doute qu’il devrait engranger les places au classement et se rapprocher du top 10 a minima d’ici 2023 tant la précocité du joueur saute aux yeux, et ses qualités tennistiques demeurent indéniables. Celui qui avait été véritablement révélé aux yeux du grand public lors de son match contre Rafael Nadal sur le central de Roland Garros en septembre 2020, ne cesse de confirmer et progresser depuis. Sinner a déjà battu plusieurs membres du top 10 dont Andrey Rublev (deux fois), Hubert Hurckacz, Casper Ruud,  Alexander Zverev, Stefanos Tsitsipas ou encore David Goffin.

La maturité, le mental et sa capacité de résilience lors de matchs tendus montre toute l’étendue de son talent et le potentiel du joueur. Sa toute première finale en Masters 1000 à Miami en 2021, dans un tournoi certes dépourvu des meilleurs joueurs, démontrait la progression du joueur italien. En accédant à cette finale, Jannik Sinner devenait d’ailleurs le plus jeune joueur à atteindre une finale de Master 1000 depuis Rafael Nadal en 2005, record de précocité battu depuis par l’Espagnol Carlos Alcaraz.

Au Masters 1000 de Miami 2020, l’Italien devient le plus jeune joueur à rallier une demi-finale dans cette catégorie de tournoi depuis Nadal en 2005 (Crédit photo : Imago)

Sa toute première finale en Masters 1000 à Miami en 2021, dans un tournoi certes dépourvu des meilleurs joueurs démontrait la progression du joueur italien. En accédant à cette finale, Jannik Sinner devenait d’ailleurs le plus jeune joueur à atteindre une finale de Master 1000 depuis Rafael Nadal en 2005, record de précocité battu depuis par l’Espagnol Carlos Alcaraz. « Est-ce que tu es humain ? Tu as 15 ans et tu joues comme ça. Bravo ! » Bon perdant et grand sourire pour aller saluer son bourreau au filet en quart de finale, Alexander Bublik exprimait avec ses mots ce que de nombreux observateurs et acteurs du circuit pensent de Jannik Sinner. Ce tournoi révélait alors un peu plus l’Italien, et mettait en lumière une remarquable constance chez lui et une capacité à serrer le jeu quand les circonstances l’exigeaient.

« Il n’est pas humain, c’est un fait. Pour moi, c’est très surprenant qu’un gars de son âge ait cette solidité mentale que beaucoup d’autres n’ont pas. J’ai aussi dit que c’était un robot deux-trois fois pendant le match, mais je le fais d’une manière très sincère parce c’est vraiment un super joueur« , insistait ainsi le joueur de tennis kazakh, pas avare en compliments au moment de parler de son adversaire du jour.

Il ne s’agit pas ici de considérer que Sinner est totalement imperméable au stress et à l’environnement qui l’entoure. Les failles chez lui existent encore, autrement il serait probablement déjà de la dimension d’un Carlos Alcaraz tant son talent saute aux yeux. Sa nervosité peut aussi lui joueur des tours, et le rend par moments vulnérable lorsqu’il ne contrôle pas le jeu et n’arrive pas dicter le tempo du match. Mais ses qualités de frappe de balle pures et puissantes sont clairement un indicateur de son haut niveau de jeu lorsqu’il est dans un bon jour, capable de déborder absolument n’importe quel adversaire aussi mobile soit-il.

Sa saison 2022 est pour l’instant plus compliquée que celle de 2021 où il s’était déjà affirmé. Le natif de San Candido s’était incliné en quart de finale à l’Open d’Australie, sorti en trois sets secs par le Grec Stefanos Tsitsipas. Depuis ce Grand Chelem, Jannik Sinner est sur courant alternatif et peine à retrouver son meilleur niveau. Il n’a certes jamais « firsté« , mais son irrégularité lors des derniers tournois auxquels il a pris part interroge. A plusieurs reprises, Sinner a du sauver des balles de match lors d’oppositions où il était le favori, et à chaque fois qu’il a eu à en sauver, cela s’est bien terminé pour lui. Sa propension à ne rien lâcher jusqu’au dernier point constitue peut-être sa meilleure arme, habité d’une force mentale supérieure, lorsque il ne joue pas son meilleur tennis il peut compter sur sa combativité exceptionnelle. Mais celle-ci ne saurait suffire, et sa saison en 2022 repose pour le moment trop sur cet atout.

Jannik Sinner laisse éclater sa rage après son accession en quart de finale du Masters 1000 de Rome, où il fut finalement écarté par le Grec Stefanos Tsitsipas. (Crédit photo : ATP Tour).

Eliminé en quart de finale à Miami par Francesco Cerundolo où il avait été contraint d’abandonner pour des problèmes physiques, l’Italien a ensuite enchainé deux tournois moyens à Monte-Carlo et Madrid. Sorti respectivement en quart de finale en terre monégasque par Zverev puis au 3ème tour par Félix Augier-Aliassime à Madrid, Sinner n’a pas connu de montée en puissance depuis son élimination en quart de l’Australian Open. A Rome chez lui, encore une fois, la marche était trop haute face un top 5 comme Stefanos Tsitsipas. Battu en quart de finale par le Grec 7/6, 6/2 Jannik Sinner repartait de ses terres natales avec finalement peu de certitudes sur terre battue cette saison.

Qu’est-ce qui cloche cette saison ?

Peut-être simplement le tournoi clé pendant lequel il réussira à performer, qui lui rendra sa confiance accumulée en 2021 et le remettra ainsi sur le droit chemin. A Roland Garros, il est délicat de situer le véritable niveau de l’italien, et quels seront ses objectifs. Placé dans la bonne partie de tableau, celle opposée aux trois épouvantails Nadal, Djokovic et Alcaraz, la route pour aller ne serait-ce qu’en deuxième semaine sera loin d’être aisée pour autant.

Jannik Sinner bénéficiait d’un premier tour facile face à un qualifié en la personne de Bjorn Fratangelo, loin d’être un spécialiste de la terre battue et hors de forme. Appliqué, sérieux, concentré, expéditif tels sont les adjectifs que l’on pourra adosser au match de Jannik Sinner lors de ce premier tour. Jamais mis en danger, jamais véritablement bousculé dans l’échange, cette confrontation a ressemblé un match d’entraînement pour lui. Pas négligeable pour l’économie d’énergie et une mise en route dans cette quinzaine. Victoire sèche 6-3, 6-2, 6-3. L’Italien retrouvera au second tour le pur terrien espagnol Carballes Baena. Un second tour largement abordable sur le papier, son premier gros test pourrait en revanche être significatif avec un potentiel 1/8ème de finale face au Russe Andrey Rublev. Un joueur contre lequel il s’est déjà imposé par deux fois mais qui arrive en terre parisienne avec davantage de confiance sur son niveau de jeu actuel, avec un titre remporté sur ocre à Belgrade face à Novak Djokovic.

A minima Jannik Sinner doit faire aussi bien qu’en 2021 avec une accession en deuxième semaine de Roland Garros au stade des 1/8èmes de finale. Malheureux dans les tirages au sort de tableau à Roland, à chaque participation à laquelle il a pris part, il a croisé la route du taureau de Manacor (en 1/4 de finale en 2020 puis en 1/8ème de finale l’an dernier). D’ailleurs loin d’être ridicule à chacune de ces oppositions, le joueur italien démontrait qu’il faudrait compter sur lui à l’avenir avec des phases de jeu très prometteuses et une capacité à résister en fond de court très intéressante. Cependant, deux ans se sont écoulés depuis, et âgé aujourd’hui de 20 ans, Jannik Sinner est encore jeune mais voit sa progression un peu stagner au contraire d’autres jeunes joueurs sur le circuit ATP. Carlos Alcaraz en ligne de mire l’a totalement éclipsé, et des joueurs comme Félix Auger-Aliassime, Casper Ruud, Andrey Rublev ou encore Cameron Norrie ont démontré plus de choses que lui sur le court en 2022.

Des objectifs élevés pour ce RG 2K22

Ce Roland Garros peut ainsi déterminer la suite de sa saison, et le tournant qu’elle prendra. S’il semble à l’aise sur cette surface, reste maintenant à lui de prouver qu’il a le talent et le statut maintenant confirmé de top joueur à même d’intégrer le top 10. La clé résidera dans sa propension à expédier les premiers tours et ainsi s’économiser. La fraîcheur physique demeurera déterminante pour ce Roland Garros 2022, qui devrait se dérouler non seulement dans une chaude ambiance après la crise covid, mais aussi dans un climat plus chaud qu’à l’accoutumée. Enfin, il faudra enfin franchir ce cap en 2022 et battre un top 10 pour espérer aller loin dans le tournoi.

Victorieux de ses deux premières finales sur le circuit (Sofia fin 2020 et Melbourne 1 en début de saison), alors qu’à titre de comparaison Auger-Aliassime a, lui, perdu les sept premières. Sinner était seulement le 8e joueur de moins de 20 ans à atteindre les demies à Miami en 2021. Si l’on écarte ses deux rivaux canadiens, la liste des joueurs concernés est assez éloquente : Andre Agassi, Lleyton Hewitt, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray ont tous atteint ensuite la première place mondiale. Une statistique éloquente quant au potentiel du joueur de tennis Italien. Le talent est bien présent, le mental également, c’est cette constance et la capacité à se transcender contre les meilleurs joueurs qui lui fera indéniablement franchir ce cap vers le tout plus haut niveau dont il n’est d’ailleurs pas si loin.

Aucune inquiétude majeure à avoir pour l’instant, car l’Italien se montre tout de même solide bien qu’inconstant cette saison. Il ne fait aucun doute que les diverses qualités du joueur sont bien là. C’est en revanche cette irrégularité et sa propension à se compliquer la tâche lors de matchs à sa portée qui lui font défaut actuellement. Jannik Sinner doit redresser la barre et montrer qu’il peut à terme constituer un rival sérieux pour le top 10.

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