A l'affiche A mon époque Ligue Europa

À mon époque, ép 2 : Quand le parfum des soirées européennes gagnait Guingamp et le Roudourou

Il fut un temps, pas si lointain, où les 7000 âmes costarmoricaines de Guingamp accueillaient certaines des plus grandes écuries du Vieux Continent. L’histoire de l’EAG est ainsi faite de parcours victorieux en coupe et d’épopées européennes. La dernière en date ? Un seizième de finale d’Europa League, il y a déjà sept ans. On s’y replonge aujourd’hui.

Guingamp et l’Europe, une histoire pas si nouvelle

Si Guingamp n’est pas un habitué des soirées de coupe d’Europe, elles ne lui sont pas totalement inconnues pour autant. En 1996, déjà, après un premier exercice dans l’élite conclu par une solide dixième place, les Bretons entament leur saison par la Coupe Intertoto. Sortis en tête du groupe 12, ces derniers viennent à bout des Russes du Kamaz Naberejnye Tchelny en demi-finale. Ils retournent d’ailleurs au pays des tsars quelques jours plus tard, y défier le Rotor Volgograd en finale. Dos à dos à l’issue des deux rencontres (1-0 ; 2-1), les Costarmoricains profitent de la règle du but à l’extérieur pour inscrire une première ligne prodigieuse à leur palmarès.

Un succès qui permet aux hommes de Francis Smerecki de disputer la prestigieuse coupe UEFA. Dès les 32e de finale, l’EAG tombe sur un gros morceau : l’Inter Milan. Les Zanetti, Djorkaeff, et Pagliuca se rendent au Roudourou pour une affiche de rêve. Mais les espoirs bretons sont rapidement réduits à néant. Guingamp est balayé (3-0) par des Italiens qui ne jouent pas dans la même cour. Au retour, les coéquipiers de Vincent Candela et Stéphane Carnot montrent cependant un tout autre visage. Ils reviennent de Lombardie avec un nul (1-1) plus qu’honorable face au futur finaliste de la compétition. À ce jour, En Avant reste d’ailleurs l’un des seuls clubs sur la planète qui peut se targuer d’être invaincu au Giuseppe Meazza. Rien que ça.

De National à l’Europa League en un temps record

Il faut attendre plus d’une décennie pour que l’odorat des habitués du Roudourou connaisse de nouveau la douceur du parfum européen. Après une première victoire en Coupe de France aux dépens du Stade Rennais en 2009, Guingamp, alors pensionnaire de Ligue 2, tombe lourdement en barrage d’Europa League face à Hambourg (8-2 sur l’ensemble des deux matchs). Un succès en coupe que le club de Noël Le Graët ne parvient pas à confirmer. Pire, il s’écroule. Quelques mois plus tard, malgré une victoire contre Ajaccio lors de l’ultime journée de championnat, l’EAG descend en National.
Tout est à refaire, et l’actuel Président de la FFF choisit Jocelyn Gourvennec pour remettre de l’ordre. L’histoire du club costarmoricain est alors en marche. Il revient en deuxième division dès l’année suivante, et devient rapidement un candidat crédible au podium et à la montée en Ligue 1. C’est chose faite en 2013. Porté par le jeune Giannelli Imbula et le réaliste Mustapha Yatabaré (23 buts au total), Guingamp est de nouveau parmi les grands du foot hexagonal.

Giannelli Imbula, meilleur joueur de Ligue 2 2012-2013 et grand artisan de la montée en Ligue 1 (credit : Le Télégramme)

Pour son retour dans l’Élite, En Avant assure bien plus que l’essentiel. Avec une seizième place acquise à la 37e journée, les coéquipiers de Lionel Mathis se sauvent au bout du suspens. Mais, malgré ce maintien validé tardivement, la saison 2013-2014 est sublimée par une victoire en Coupe de France. Après un parcours plutôt clément et une victoire historique contre l’AS Monaco en demi-finale (3-1 après prolongations), l’EAG retrouve le Stade Rennais au Stade de France. Face à des Brétilliens visiblement crispés par l’enjeu, les hommes de Gourvennec ne tremblent pas. Martins Pereira (37’) et Yatabaré (46’) sont les héros du soir, et permettent à Guingamp d’inscrire de nouveau son nom sur le trophée de la FFF.

Une première phase déjà historique

Nous y voilà. Les Costarmoricains sont de nouveau européens, et pour six soirées au minimum. Toujours dirigé par Gourvennec, l’EAG tombe dans le groupe K et est accompagné du PAOK Salonique, du Dynamo Minsk, et de la prestigieuse Fiorentina. C’est d’ailleurs en Italie que démarre le parcours breton. Et il démarre mal. Battus sèchement par la Fio (3-0), les Guingampais prennent pleinement la mesure du niveau requis sur la scène européenne.
Mais ils apprennent vite, et ils n’ont cessé de le prouver depuis quatre ans. Pour le retour de la Coupe d’Europe au Roudourou, Sylvain Marveaux offre la première victoire (hors coupe Intertoto) du club sur la scène continentale (2-0). Un succès confirmé lors de la double confrontation contre Minsk (0-0 ; 2-0). Mais une nouvelle désillusion contre la Fiorentina (2-1) compromet les chances de qualification guingampaises.

Le talent de Claudio Beauvue n’a pas suffit à venir à bout de la Fio (credit : Ouest France)

Tout se joue à Salonique, chez le leader du championnat grec, où le vainqueur validera sa place en seizième de finale. Claudio Beauvue lance parfaitement les hostilités en ouvrant le score dès la 7e minute. L’égalisation grecque sur penalty ne refroidit pas les ardeurs bretonnes, bien au contraire. Au bout de la nuit, Beauvue, encore lui, double la mise et emporte avec lui les derniers espoirs du PAOK (2-1, 83’).

La défaite et le chaos

Pour poursuivre une aventure déjà historique, le club du Président Desplat doit désormais se défaire du Dynamo Kiev, grand habitué des compétitions continentales. Un statut qui ne suffit pas à effrayer les 18 000 Guingampais présents au Roudourou pour le match aller. Pourtant, Miguel Veloso vient refroidir un stade déjà très frais en ce mois de février dès le début de la partie (1-0, 19’). Mais s’il existe un Dieu du ballon rond, il porte un maillot Patrick ce soir-là. Yarmolenko est exclu à la 39e minute de jeu, et est rapidement rejoint par Younès Belhanda, cinq minutes plus tard. À onze contre neuf, le match change radicalement, et, au retour des vestiaires, les Bretons poussent pour égaliser. Ils y parviennent à la 72e, avant que Moustapha Diallo ne vienne plonger une région entière dans l’euphorie trois minutes plus tard (2-1, 75e).

Shovkovskyi a dû s’employer pour stopper les attaques de ses propres supporters (credit : RTL)

L’EAG se rend donc en Ukraine avec un léger avantage, mais un avantage quand même. Cependant, Kiev n’a pas dit son dernier mot, et Teodorczyk permet rapidement au Dynamo de repasser devant (1-0, 31e). Une avance confortée au retour des vestiaires par Buyalskyi, qui pense anéantir les ultimes espérances bretonnes. C’était sans compter sur Christophe Mandanne qui, au bout d’une action confuse, fait renaître l’espoir d’une qualification dans ses rangs (2-1, 66e). Un espoir qui aura duré neuf minutes au total. Gusev achève les coéquipiers de Christophe Kerbrat sur penalty (3-1, 75’).
Une élimination somme toute logique pour l’EAG, mais qui aurait pu être bien moins douloureuse si la rencontre s’était déroulée dans un esprit sportif au sein des tribunes. À la 77e minute, alors que leur équipe menait tranquillement et était quasiment assurée de la qualification, certains supporters ukrainiens envahissent la pelouse. La raison ? Une volonté d’en découdre avec la vingtaine d’aficionados costarmoricains ayant fait le déplacement pour l’occasion. Les membres du Kop Rouge, venus malgré les mises en garde du Quai d’Orsay, sont évacués par l’armée, et quittent l’aventure européenne dans de bien drôles conditions.

« J’ai vu des chiens enragés qui voulaient en découdre et je crois tuer nos supporters »

Bertrand Desplat, Président de l’EAG

Portés par ce parcours historique, les Guingampais vont confirmer les mois suivants, au point de devenir une valeur sûre de la Ligue des Talents. Seizièmes la saison d’après, ils terminent à une honorable dixième place en 2017, puis douzième un an plus tard. Mais l’exercice 2018-2019 marque le difficile retour à la réalité pour le club breton. Après neufs mois de compétitions complètement ratés, les joueurs de Jocelyn Gourvennec (revenu en septembre 2018) terminent tristement lanterne rouge. Paradoxalement, ils atteignent la finale de la Coupe de la Ligue, et échouent aux portes d’une nouvelle aventure européenne

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :