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Nadia Nadim, à la recherche des médailles perdues

« C’est un personnage qui divise – un peu comme Zlatan Ibrahimovic – parfois un peu arrogante. Cela ne correspond pas vraiment à notre culture, mais nous aimons quand elle marque des buts décisifs”. C’est ainsi que le sélectionneur Lars Sondergaard a justifié le choix d’emmener avec lui Nadia Nadim à l’Euro 2022. À trente-quatre ans, la plus Afghane des Danoises s’attaque à l’un des plus gros défis de sa carrière : porter la terre qui l’a accueillie, il y a vingt-deux ans, sur le devant de la scène continentale.

Une vie démarrée dans l’horreur

Raconter l’histoire de Nadia Nadim, c’est raconter la réalité de nombreuses jeunes filles confrontées à un problème que le temps ne semble pas être en mesure de résoudre. Orpheline d’un père général de l’Armée nationale afghane et amoureux du football assassiné par les Talibans en 2000, Nadia comprend rapidement que son destin s’inscrit loin de l’Asie. La vie proposée par l’islamisme dans ce qu’il a de plus extrême ne peut garantir une vie simple et paisible à une famille composée de six femmes. Direction donc le Pakistan dans un premier temps ; étape nécessaire avant d’espérer rejoindre l’Europe. Après avoir réussi à obtenir six passeports, Nadia, sa mère et ses quatre sœurs s’envolent vers l’Italie.

Nadia Nadim reste profondément attachée à son pays d’origine (credit : ELLE)

Une deuxième escale brève, mais qui permet aux Afghanes de mettre un premier pied sur le Vieux Continent. La famille cherche désormais à gagner l’Angleterre, où des proches les attendent. Elle embarque rapidement dans le premier camion venu, espérant découvrir à son réveil la patrie mère du ballon rond. Raté. Mais l’on peut affirmer aujourd’hui que les Nadim n’ont pas perdu au change. Après cinquante heures de trajet, sans boire ni manger, les portes du poids lourd s’ouvrent. En ce lundi de Pâques de l’an 2000, les six femmes réfugiées ouvrent les yeux à Randers, au Nord du Danemark. Passant d’un camp de réfugiés à un autre, les filles de Rabena Nadim trompent l’ennui avec ce que même la misère ne peut prendre aux plus démunis : un ballon et l’amour du jeu.

Le football comme refuge

Très vite Nadia comprend qu’elle maîtrise plutôt bien le sujet. Les premières licences à Aalborg, au Gug Boldklub, puis au B52 Aalborg, confirment tout son potentiel. Très à l’aise avec le ballon et plutôt efficace devant le but, elle devient rapidement une avant-centre particulièrement intéressante. Son arrivée à l’IK Skovbakken lui permet d’entrer avec fracas dans le monde du sport professionnel. Tout va très vite pour la Néo-Danoise. Naturalisée en 2008, Nadia Nadim intègre la sélection dès 2009 après un bras de fer intense avec la FIFA. L’instance internationale estimait que la jeune femme n’avait pas vécu assez longtemps au Danemark après sa majorité pour pouvoir défendre les couleurs de sa terre d’accueil. Après avoir obtenu gain de cause, elle devient donc la première sportive étrangère à intégrer la sélection danoise, tous sports confondus.

Nadia Nadim est devenue la première joueuse étrangère à devenir internationale danoise (credit : ELLE)

Nadia Nadim résiste encore un peu aux sirènes des grands clubs étrangers, et poursuit l’aventure au Nord de l’Europe en signant au Fortuna Hjørring en 2012. Elle y découvre la Ligue des Champions dans la foulée, et éclabousse très vite la plus prestigieuse des compétitions européennes de tout son talent. Dès le premier match de groupe, la numéro neuf inscrit un doublé face à Glasgow, champion d’Écosse en titre. Le ton est donné. À la recherche perpétuelle de nouveaux défis, la joueuse afghane traverse enfin l’Atlantique deux ans plus tard, en 2014. Nadia Nadim s’engage au Sky Blue FC, avant de revenir quelque temps en prêt au Fortuna Hjørring. En 2016, elle retourne rendre visite à l’Oncle Sam et rejoint les Thorns de Portland pour une saison. L’attaquante y réalise d’ailleurs sa saison la plus complète, avec 19 buts en 37 rencontres.
Elle revient en Europe quelques mois plus tard, à Manchester City, avant de s’engager avec le Paris-Saint-Germain en 2019. La Danoise y reste deux ans, et marque la ville lumière de son empreinte. Le club de la capitale est champion de France pour la première fois de son histoire en 2021. Avec un petit point d’avance sur son rival lyonnais, le PSG met fin à 14 ans de règne sans partage de la capitale des Gaules. Et, inscrivant dix buts au total dont sept contre Issy le 14 novembre 2020 (un record), Nadia Nadim apporte bien évidemment sa pierre à l’édifice. Elle quitte la France avec le sentiment du devoir accompli, et s’engage l’été dernier au Racing Louisville.

Côté sélection, Nadia va de frustrations en frustrations. La native d’Hérat porte le Danemark sur le devant de la scène continentale. Le tout sans jamais concrétiser ces bonnes performances par un titre. Demi-finaliste de l’Euro 2013, finaliste en 2017, le groupe danois a semblé bien souvent tout proche d’inscrire une première ligne à son palmarès. 

Des terrains au serment d’Hippocrate

Le destin extraordinaire de Nadia Nadim ne se limite pas uniquement au rectangle vert. Marchant sur les pas de Socrates (le Brésilien), la Scandinave d’adoption a récemment repris le chemin de l’école. Après avoir entamé ses études il y a plus de cinq ans, elle est officiellement devenue médecin en janvier 2022.

Celle qui parle également neuf langues (!) souhaite désormais œuvrer dans la chirurgie reconstructrice, pour se mettre une nouvelle fois au service des autres. Car oui, Nadia Nadim use régulièrement de sa notoriété à bon escient et profite d’elle pour jouer son rôle social à fond. L’attaquante est notamment devenue une ambassadrice majeure de l’UNESCO. À travers de nombreuses actions, elle contribue à sa manière à la promotion du sport féminin, ainsi qu’à l’éducation des jeunes femmes à travers le monde.

« Ça ne m’intéresse pas de faire des choses dont tout le monde se moque. Je veux cette pression, sinon ça ne me pousse pas à dépasser mes limites« 

Nadia Nadim

Gagner pour y croire encore

Éloignée des terrains depuis septembre suite à une vilaine blessure au genou, Nadim a vécu une saison compliquée. Avec deux petits matchs dans les jambes depuis le mois de juin, peu nombreux étaient ceux qui mettaient une pièce sur sa sélection par Lars Sondergaard. En plantant trois pions dès son retour, la Danoise a rappelé à tous les observateurs qu’il faudrait encore compter sur elle en ce mois de juillet. Et pas pour faire de la figuration. Bien épaulées par Pernille Harder, double joueuse UEFA de l’année, ou la prometteuse Sofie Svava, Nadia Nadim et ses coéquipières ont survolé les phases de qualification. Fort de 48 buts inscrits pour un seul encaissé, elles débarquent en Angleterre sereine et portée par leurs parcours lors des deux derniers EURO.

L’entrée de Nadia Nadim à la 56′ n’aura pas changé l’issue du match (credit. : AFP)

Mais cette fois les Danoises se sont fait surprendre d’entrée de jeu. Balayées par les Allemandes (4-0) lors de leur premier match, elles jouent leur survie dès ce soir. La Finlande, leur adversaire du jour, s’est elle aussi inclinée face à l’Espagne (4-1), et devra gagner pour rester en vie dans ce “groupe de la mort”. Au pied du mur, le 3-5-2 de Sondergaard est dans l’obligation de sortir vainqueur de ce duel. Et il devrait pouvoir compter sur Nadia Nadim, au moins en sortie de banc. Si Signe Bruun devrait débuter, la joueuse de 34 ans pourrait se montrer très utile lorsqu’elle entrera, comme ce fut le cas contre la Mannschaft. Reste désormais à savoir si cela sera suffisant pour poursuivre ce qui devrait être sa dernière compétition internationale.

Un documentaire diffusé par Canal + en octobre 2021, retrace le combat que mène la jeune afghane, et met en lumière son envie de retourner sur sa terre natale, vingt-deux ans après l’avoir quittée. Avec une seule idée en tête : retrouver un sac rempli de médailles et d’uniformes militaires ; le dernier héritage paternel. En attendant, elle a, en ce mois de juillet, l’occasion de venir garnir sa collection de médailles à elle sur le sol britannique.

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