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Et si le rêve du Ghana passait par… le Danemark ?

Fourmilière de talents habituée aux joutes internationales, le Ghana se présente au Mondial 2022 avec un nouveau visage. À travers la désormais réputée Right to Dream Academy, le club danois de Nordsjaelland a pu agrandir sa fabrique à talents. Une académie aux méthodes novatrices et humaines, dont les ambitions vont bien au delà du centre de formation. De quoi, même, incarner la nouvelle ère du football ghanéen.

Right to Dream, et plus encore

À 20 minutes de voiture au nord de Copenhague se trouve Farum, une ville d’à peine 20 000 habitants dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, sauf peut-être pour son club de football, le FC Nordsjaelland. Actuel leader du championnat danois, le club est surtout connu pour être une véritable fabrique à talents. D’une part, via son centre de formation, par lequel sont passés Mikkel Damsgaard ou Andreas Skov Olsen entre autres. D’autre part, grâce à son rapport privilégié avec la Rigth to Dream Academy, au Ghana. Cette relation commence en 2020, lorsque le club est racheté par Tom Vernon, propriétaire du groupe Right to Dream.

Cette volonté de faire briller la jeunesse est ancrée dans l’identité du club, et ce bien avant l’arrivée de Vernon. Le rattachement de Nordsjaelland à une plus grand entité portée sur la formation, apparaissait donc, au delà de toute considération financière ou économique, comme prometteuse. Et les premiers résultats le confirment. Avec les figures de proues Kamaldeen Sulemana et Mohammed Kudus, l’institut ghanéen a déjà réussi son pari de trouver, former et propulser les meilleurs talents du pays sur la scène internationale.

Ancien scout pour Manchester United en Afrique, Tom Vernon annonce vouloir mettre en valeur l’humain et le développement avant tout. Et si les paroles peuvent sembler trop belles quand on parle d’un groupe internationale déjà bien représenté, l’historique de l’académie donne envie d’y croire. D’abord, grâce à la forte assise ghanéenne. Un souci d’image, peut-être, mais il est plaisant de voir que la RTD Academy a également permis à de nombreux anciens internationaux de se lancer dans de nouvelles carrières. Ainsi on retrouve Derek Boateng parmi les scouts de l’Academy ou Michael Essien dans le staff d’entraîneurs de Nordsjaelland. De quoi donner une meilleure empreinte locale à un groupe dont le but reste d’accompagner de jeunes garçons dans un nouveau monde. Et pas qu’en tant que professionnels. Si le cœur du projet reste le football, le groupe permet d’offrir une passerelle vers des bourses aux États-Unis ou en Angleterre. Un accès inespéré à l’éducation et aux hautes études qui renforce la crédibilité du projet et de son engagement vers l’humain.

Kudus, le symbolique

Si le projet Right to Dream porte aussi bien son nom, c’est parce que les résultats commencent à arriver pour le groupe. En tête d’affiche, les très talentueux Kamaldeen Sulemana (Rennes) et Mohamed Kudus (Ajax) ont suivi le cursus classique et le tremplin Nordsjaelland. Mieux encore, après avoir explosé au Danemark, ils ont prouvé que leur talent pouvait s’exporter à travers l’Europe. Dans notre chère Ligue 1 pour Sulemana, en Eredivisie pour Kudus. Concentrons-nous sur ce dernier.

Après une première saison freinée par les blessures, le milieu ghanéen enchaîne cette année. Aligné tantôt au milieu, tantôt à la pointe de l’attaque, Kudus magnifie son profil insaisissable par sa forte polyvalence. Avec son frêle mètre 77 et son large maillot flottant sur ses épaules, on pourrait lui trouver un côté anachronique. Kudus n’entre pas dans les canons physiques du football actuel.

Ce qu’il perd en largeur d’épaules, le numéro 20 de l’Ajax le rend en solidité d’appuis. Ainsi, sa viabilité à différents postes passe d’abord par sa capacité à résister au duel. Pour faire face au pressing au milieu ou conserver le ballon dos au but face aux défenseurs, le Ghanéen brille.

Mohamed Kudus, c’est aussi et surtout une impressionnante vivacité. Créer des décalages balle au pied, c’est de là que part le jeu du Ghanéen. Avec 5,64 dribbles par match réussi en championnat (FBRef), il est tout simplement dans le 99e centile chez les milieux de terrain.

Et si le niveau de compétition vous fait tiquer, plaçons Kudus au révélateur de la Champions League. Classé parmi les attaquants cette fois-ci , Kudus pointe à 2,21 dribbles réussis par matches, de quoi se positionner dans le 93e centile, l’élite donc. Et avec 4 buts et 3 passes décisives en 6 matches, l’insaisissable attaquant fait partie des grosses satisfactions à Amsterdam.

Enfin, si Kudus brille dans le dribble et la conduite de balle, sa courbe de progression dans le jeu collectif est à noter. Meneur de jeu dans l’âme, sa qualité de passe commence à rattraper ses facultés au dribble. Il sait faire la différence et en faire profiter ses coéquipiers. Son positionnement en faux 9 lui permet notamment de faire valoir son jeu en remise :

Ces qualités de créateur d’occasions seront l’une des armes offensives du Ghana. Aux côtés des inévitables frères Ayew, les Black Stars possèdent énormément de vitesse au sein de leur attaque. De Tariq Lamptey à Iñaki Williams en passant par Kamaldeen Sulemana, l’identité du Ghana devrait passer par l’explosivité de ses attaquants. Beaucoup de danger en profondeur que Kudus se devra de magnifier. Les chances du Ghana de dépasser le fameux cap des quarts de finale pour la première fois de son histoire pourrait bien en dépendre.

Des années après la main de Suarez, les Black Stars semblent avoir l’équipe pour enfin exorciser leurs fantômes. La ligne offensive jouira d’une attaque supersonique. La vraie force du Ghana, cependant, devrait résider dans son duo du milieu de terrain formé par Thomas Partey et Mohammed Kudus. En grande forme cette saison, les deux hommes représenteront les plaques tournantes de la sélection . Mais Kudus représentera plus. Avec Sulemana, il incarne la nouvelle génération du football ghanéen, propulsée par de meilleures méthodes de repérage, de formation et de soutien. Ces deux-là sont les figures de proues d’un projet qui pointe à peine le bout de son nez, et pourrait faire de la sélection africaine l’une des mieux fournies dans un futur proche.

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