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Le soleil se lève à l’Est : l’avènement du Daghestan en MMA

Aujourd'hui, le Daghestan est en passe de devenir l'endroit où émergent les meilleurs combattants de MMA au monde, un vivier de talents qui s'apprête à déferler sur la planète mais manque, hélas encore cruellement et médiatisation et de mise en lumière.

Islam Makhachev est, lors du combat principal de l’UFC 280 (disputé le 22 octobre à Abu Dhabi), devenu champion de la catégorie la plus compétitive de l’UFC, celle des -70 kg, surclassant Charles Oliveira dans absolument tous les domaines.

Magomed Ankalaev a, lors du dernier UFC numéroté de l’année (qui s’est déroulé à Las Vegas ce week-end), quant à lui dominé Jan Blachowicz dans un combat pour la ceinture vacante de la catégorie des -93 kg, même si la décision controversée des juges a offert comme résultat un match nul, privant le Daghestan d’une deuxième ceinture simultanée à l’UFC. Ce qui aurait été historique et permis de concrétiser aux yeux du monde l’essor, au sein du MMA, de cette petite région montagneuse de Russie d’à peine 3 millions d’habitants.

Par le passé, beaucoup de lutteurs olympiques y ont brillé, le pays étant initialement terre de lutte de haut niveau, jusqu’à ancrer la culture de ce sport dès le plus jeune âge. Aujourd’hui, le Daghestan est ainsi en passe de devenir l’endroit d’où émergent les meilleurs combattants de MMA au monde, un vivier de talents qui s’apprête à déferler sur la planète mais manque, hélas, encore cruellement de médiatisation et de mise en lumière.

Le Daghestan, une terre de lutte de très haut niveau

Dans cette région, la culture de la lutte est encore plus forte qu’aux États-Unis, le niveau moyen n’ayant rien à envier au fameux NCAA, lequel correspond au meilleur niveau universitaire des États-Unis. Et se trouve, de fait, faire partie du bagage de bien des top fighters américains à l’UFC.

Les lutteurs olympiques du Daghestan sont ainsi de véritables superstars en leur contrée. Y sont célébrés des noms tels que Abdulrashid Sadulaev (double médaillé d’or des jeux olympiques et multiple champion du monde), Adam Saitiev (champion olympique et champion du monde au début des années 2000, ayant battu à plusieurs reprises rien moins que Yoel Romero), Khadzhimurad Magomedov (médaillé d’or olympique en 1996 et champion du monde dans les années 90), Mavlet Batirov (double champion olympique en 2004 et 2008) ou encore Ali Aliyev (cinq fois champion du monde dans les années 1960) : tous considérés comme dieux vivants, encore aujourd’hui, et prouvant l’importance de la pratique dans la psyché nationale.

Depuis l’enfance, devenir champion de lutte est un objectif aussi commun que se vouloir footballeur professionnel en Europe. Presque tous les enfants sont initiés à ce sport dès leur plus jeune âge, suivant en ce sens entrainement intense et rigoureux qui les amène à s’affronter entre eux depuis le berceau ou peu s’en faut.

Depuis que Khabib Nurmagomedov a accédé à la notoriété mondiale en battant la superstar de l’UFC Conor McGregor, devenir champion de l’organisation reine du MMA est un rêve pour chaque pratiquant. Au même titre, désormais, que rapporter une médaille d’or des JO en vue de faire la fierté du pays et en porter haut les couleurs.

Des combattants à l’assaut de chaque catégorie de poids

Depuis le règne de Khabib, son disciple et frère d’armes Islam Makhachev a pris sa suite en récupérant, des mains de Charles Oliveira, la ceinture de la division des -70 kg, réinstallant le Daghestan sur la carte de l’UFC. Prélude, on peut l’imaginer, à potentielle déferlante à venir. Askar Askarov et Muhammed Mokaev (respectivement top 5 et top 15 des -57 kg) ne se voient ainsi plus très éloignés d’un combat pour la ceinture dans une catégorie dominée par le brésilien Deiveson Figueiredo.

Umar Nurmagomedov (invaincu en quinze combats) et Said Nurmagomedov (qui totalise seize victoires pour seulement deux défaites) sont, eux, actuellement dans le top 15 des -61 kg et pourraient bien, dans les années à venir, se rapprocher du titre pour l’heure détenu par le Jamaïcain Aljamain Sterling. Le Franco-Daghestanais Nassourdine Imavov, à l’orée du top 10 des -84 kg, sera, le mois prochain, à l’affiche de son premier main event au sein de l’organisation face à Kelvin Gastelum. Magomed Ankalaev, qui reste sur dix victoires consécutives, a donc combattu pour la ceinture vacante des -93 kg face à l’ancien champion Jan Blachowicz, au cours d’une confrontation remportée aux yeux de tous – sauf de deux des juges – avec pour résultat final une égalité frustrante en bien des points.

Outre ces combattants aujourd’hui dans la lumière, on peut également citer plusieurs des redoutables partenaires d’entrainement (au sein de l’académie Gorets) de celui qui devrait aujourd’hui être champion des Light Heavyweight. Certains, comme Gadzhimurad Antigulov ou Shamil Gamzatov, évoluant d’ailleurs déjà à l’UFC.

Des combattants sous médiatisés parmi les meilleurs au monde

Ombre au tableau et ce n’est malheureusement pas une nouveauté, les combattants daghestanais ont toujours eu beaucoup de mal avec la médiatisation à l’UFC, devant prouver plus que les autres pour arriver au sommet. Khabib Nurmagomedov en est la preuve, lui qui a attendu sa vingt-cinquième victoire (la neuvième consécutive dans l’organisation) pour obtenir sa première chance au titre.

Islam Makhachev a du, de son côté, aligner onze victoires avant de capturer sa ceinture. Tandis qu’il en a fallu dix à Ankalaev – en plus d’un sacré concours de circonstances (en l’occurrence : la blessure du champion Jiri Prochazka couplée au désistement du challenger Glover Teixeira) – pour obtenir son title-shot tant convoité. C’est un fait, aucun combattant, dans aucune autre catégorie, n’a aligné autant de victoires consécutives que ces trois là avant de pouvoir briguer une première chance de devenir champion de l’UFC (à la notable exception de Tony Ferguson, qui, fort de ses douze victoires, n’aura décidément jamais rien accompli comme tout le monde).

Ils ne sont malheureusement pas des exemples isolés. En dehors de l’UFC, il existe nombre fighters invaincus depuis plusieurs années, certains enquillant séries de victoires bien plus impressionnantes que n’importe quel actuel prospect à l’UFC. Parmi eux, on peut évoquer :

Mukhamed Vakhaev : ancien champion de l’ACA, partenaire d’entrainement de Magomed Ankalaev, sur une série de neuf victoires consécutives entre 2015 et 2021, dont un combattant actuel de l’UFC (Tanner Boser) et un vétéran de la même orga, Raphael Pessoa.

Salimgerey Rasulov : combattant extrêmement solide et explosif, doté d’une surpuissante force de frappe. Également partenaire d’entrainement de Magomed Ankalaev, il était sur une série de onze victoires en douze combats entre 2015 et 2022. Ayant notamment remporté la ceinture poids lourds de l’ACA.

Muslim Magomedov : jeune combattant invaincu de 26 ans (douze victoires pour zéro défaite) et champion des -93 kg de l’ACA. Très complet, aussi compétent debout qu’au sol, en plus d’une bonne lutte. Il est également doté d’un très bon cardio lui permettant de finaliser ses adversaires à n’importe quel moment d’un combat.

Ali Isaev : il s’agit littéralement du meilleur poids lourd daghestanais actuel. Combattant au Bellator, invaincu en neuf combats (le tout sans perdre un seul round), champion 2019 du PFL en remportant le tournoi à un million de dollars. Ancien lutteur olympique et champion d’Europe de lutte. Il possède un pied-poing à la fois technique et très puissant, car affublé d’un gros KO power, et semble avoir encore une marge de progression malgré ses 38 ans. Il a notamment battu par un KO très violent Dennis Goltsov (ancien champion du monde de Sambo), ainsi que Jared Roshold, véteran de l’UFC et ancien champion NCAA.

Magomedrasul Gasanov : champion des -84 kg à l’ACA sur un run en cours de 13 victoires consécutives. Combattant très solide, puissant, complet avec un très bon cardio.

Murad Ramazanov : combattant des -84 kg au One FC, invaincu en 11 combats pro, mais également invaincu en amateur. Son dernier combat face au double champion du KSW Roberto Soldic (réputé pour avoir refusé d’intégrer l’UFC) s’est soldé par un no contest alors qu’il était en train de dominer les hostilités. Il sera très certainement le prochain prétendant à la ceinture des -84 kg du One FC détenue par Tanh Lee.

Usman Nurmagomedov : cousin de Khabib, invaincu en 16 combats. Champion actuel des poids légers au Bellator depuis qu’il a choqué le monde en surclassant l’ancien champion Patricky Freire, chaque round étant dominé avec déconcertante facilité. Pas mal pour quelqu’un âge de seulement 24 ans.

L’ACA un viver de talents Daghestanais

Organisation située en Russie, l’Absolute Championship Akhmat (ACA) est considérée comme la meilleure organisation en Europe, regroupant actuellement le plus de combattants venus du Daghestan dans le monde du MMA. Petr Yan, ancien champion UFC des -61 kg (et toujours top 3 de sa division ), y était ainsi notamment champion avant d’intégrer l’UFC.

À noter que beaucoup de combattants de l’UFC atterrissent dans cette organisation juste après avoir quitté la maison de Dana White. Et que, pour la plupart, cela se passe encore moins bien qu’avant. On en veut pour preuve les trajectoires contrariées de notamment Raphael Pessoa, Wagner Prado, Daniel Omielanczuk ou encore Ruslan Magomedov (liste non exhaustive).

La structure affiche malheureusement relations assez tendues avec l’UFC. Laquelle rechigne à recruter à l’ACA, à cause de motifs politiques avoués. Se privant ainsi de talents bruts dont on ne sait alors s’ils pourront prochainement s’exporter en dehors de leur giron.

Après la domination des Américains et des Brésiliens dans le monde du MMA, on assiste donc actuellement à un bouleversement avec l’arrivée de ces combattants en provenance d’une nation comptant pourtant cent fois moins d’habitants que chacun de ces pays. Avec pour inévitable conséquence l’éclosion de talents locaux dans le top 15 mondial de chaque catégories de poids. La seule chose qui manque encore, à l’heure actuelle, est médiatisation plus importante et à même de leur faire franchir primordial palier. Car, aussi sûrement que le soleil se lève à l’Est, leur hégémonie ne fait que débuter. Et il y a fort à parier que nous n’en sommes qu’aux prémices d’une domination qui marquera l’histoire de la discipline.

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