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Geno, Seahawks : star, système

Peu de choses se sont passées comme prévu pendant l’exercice 2022 de la NFL. Entre surprises, incertitudes et interrogations, la saison nous aura offert son lot de divertissement. Parmi tant d’autres, se démarque le cas de Geno Smith. QB journeyman, ancien backup de Russell Wilson aux Seahawks, le voilà propulsé au rang de titulaire d’une équipe qui n’a semble-t-il rien à jouer cette saison. Jusqu’à ce que, subitement, Geno remplisse sa part du contrat. Et même plus encore. Ou comment un ancien Bust à New York se révèle être une star à 32 ans dans une équipe qui gagne.

Enfin complet

Avant son arrivée à Seattle, le profil de Smith était celui d’un QB athlétique, au bras puissant, avec des carences dans ses lectures et ses prises de décisions. Ces défauts avaient notamment résulté en 34 interceptions au cours de ses 30 matches à New York. Avec un taux d’interception de 4.2% et un taux de complétion de 57,7%, Smith représentait le passeur volatile et irrégulier par excellence.

En 2022, Smith complète 72,7% de ses passes, un bond de 15% (!) qui le propulse en première position cette saison, tout en affichant seulement 1.5% de passes interceptées. Un changement radical qui s’explique par une maturation dans son style. Geno n’est plus le Quarterback feu follet et paniqué des débuts. A 32 ans, il affiche une très grosse maturité et un calme olympien dans la poche.

Pour le jeune Geno, la transition entre les schémas Air Raid de West Virginia et les schémas pro-style de la NFL ont été compliqués. Le Geno vétéran, lui, a mis à profit son temps pour s’adapter à la grande ligue. Sur cette action, Smith sent la pression arriver alors qu’il passe sur sa seconde lecture. Il gère finalement très bien la situation et replace ses pieds dans le bon alignement pour cibler Noah Fant dans le seam. Un lancer sincèrement difficile, qui nécessite une précision parfaite.

Au delà du gros gain engendré, Smith montre sur cette action beaucoup de bonnes choses dans sa gestion de la poche et ses mécaniques de lancers. Sa mécanique, justement, est en grande partie responsable de son gain en précision. Avec une très bonne ligne offensive cette saison, les Seahawks offrent à leur QB une vraie plateforme pour armer ses lancers. La confiance du meneur de jeu s’en ressent alors dans son langage corporel.

Ce lancer-là, c’est sincèrement un lancer de star. Il y a probablement 10 à 15 QB capables de le réussir en NFL, et ils sont tous considérés comme des franchise Quarterbacks. La trajectoire est superbe, le timing est superbe, le placement est parfait. Tout y est, c’est une plume déposée dans les bras de DK Metcalf (qui bat très bien son opposant, au passage) entre les deux défenseurs.

Et la qualité de ce lancer découle d’une très bonne gestuelle de lancer : regardez les pieds de Geno, et vous verrez qu’ils sont parfaitement alignés à sa cible. Au moment du lancer, c’est son pied avant qui assume le poids du corps et donne de la rotation à son tronc. Les épaules, quant à elles, restent compactes avant de se libérer au moment de relâcher le ballon. Voilà : en une action on a vu tout ce qu’on pouvait demander à un passeur NFL en terme de mécanique de lancer. Et dans l’ensemble, Smith montre une très bonne maîtrise de ses fondamentaux, ce qui se ressent dans son profil statistique : très propre, très efficace.

Le talent ne part jamais

Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que le passeur de Seattle ne s’autorise pas quelques écarts. Geno reste doté d’un très bon bras et il faut bien que cela serve à quelques occasions. Pour improviser ou sortir des lancers un peu moins conventionnels par exemple. Cela fait désormais partie intégrante du jeu en NFL, et il aurait tort de ne pas se joindre au bal. Sur ce lancer par exemple :

Contrairement aux lancers précédents, celui est « hors plateforme ». Comprenez que les appuis de Smith ne sont pas idéaux. Avec une pression immédiate devant lui, il n’a pas l’espace pour avancer dans son lancer. C’est là que la qualité de son bras entre en jeu : il peut se permettre un lancer plus difficile et moins scolaire juste à la force de son bras. Et on retrouve ce petit grain de créativité à chaque match. Les exemples sont nombreux :

3rd & 4, passe complétée sous pression vers Noah Fant

Geno possède donc un arsenal très varié. Il se montre calme dans la poche et peut y lire les défenses avec la qualité d’un vétéran. Lorsque la protection tient, son excellente mécanique délivre des lancers précis à tous niveaux du terrain. Et lorsque ce n’est pas le cas, il montre cette capacité des grands à laisser de côté les conventions pour trouver une solution. Ses qualités physiques et athlétiques ne sont plus à prouver, même à 32 ans, et il les exploite idéalement.

Le bon environement

Si Smith a autant de succès cette saison, ce n’est pas seulement parce qu’il est meilleur. Il faut aussi louer le travail qui a été fait pour l’entourer. Pour commencer, l’addition des rookies Charles Cross et Abe Lucas aux deux extrémités de l’OL a permis de solidifier ce groupe, historiquement faible à Seattle. Le duo que composent les receveurs stars DK Metcalf et Tyler Lockett offre également d’excellentes cibles pour le vétéran. Et autour de ce trio gravitent de nombreuses solutions fiables, à l’instar de Noah Fant ou Marquise Goodwin.

Ajoutez à cela un excellent jeu de course emmené par le spectaculaire Kenneth Walker, et vous obtenez une offense équilibrée et variée. Idéal pour que le QB puisse s’exprimer. A condition que l’ensemble soit bien orchestré, évidemment. A ce jeu-là, le jeune Coordinateur Offensif Shane Waldron fait des merveilles. Pour sa deuxième année à Seattle, Waldron a trouvé en Smith le passeur rêvé pour exécuter ses schémas. Transfuge des Los Angeles Rams et ancien disciple de Sean McVay, il avait apporté avec lui une vraie patte offensive aux Seahawks. Un style qui a eu du mal à coexister avec l’ancien lanceur, le si particulier Russell Wilson.

Est-ce que j’ai besoin de vous réexpliquer le style de l’arbre McVay ? Courses horizontales, play-actions, beaucoup d’espace, passes faciles et yards after catch… Toute une mécanique bien éprouvée en NFL depuis une demi-décennie par l’ancien disciple de Kyle Shanahan… Qu’il a ensuite transmis à ses propres disciples, dont Shane Waldron. Un rapide passage par les stats nous montre que Smith est 12e sur 27 au pourcentage de passes sur play-action (chez les QB avec min. 330 snaps). Son score de 26.4% est un chiffre plutôt sain et montre qu’il n’y est pas complètement dépendant comme d’autres QB devant lui (Mariota, Cousins, Goff, entre autres).

Sur ces actions, Smith complète 78.3% de ses passes, 1er avec une avance confortable dans la ligue. Mieux encore, cette précision au lancer s’accompagne d’une vraie efficacité. Geno affiche en effet un rendu de 8.9 Yards par Tentative, ce qui le place en 6ème position des QB. Un élément surprenant cependant : s’il gagne beaucoup de yards par ses passes en Play Action, Smith n’est pas pour autant « agressif ». En témoigne sa Profondeur Moyenne de Lancer : 7.4 sur PA, ce qui le classe 22ème sur 27 ! En cause, ce genre d’action :

Le bootleg + flood concept est LA marque de fabrique de tout l’arbre McVay. Concrètement, il s’agit d’une play action où la feinte de course amène la défense d’un côté pour que le QB s’échappe de l’autre. Le flood concept, c’est cette combinaison de 3 tracés du côté du QB (complètement laissé à l’abandon par la défense, comme par hasard). On a donc un tracé court, un intermédiaire, et un long. Le long, ici Tyler Lockett, sert surtout à aspirer un CB et le Safety pour encore libérer de l’espace. Le Quarterback doit donc surtout trouver la meilleure option entre la passe intermédiaire (ici DK Metcalf) et le checkdown (Will Disly).

Will Disly est ici seul au monde et est clairement la meilleure option, à tel point que c’en est un layup. Mais en NFL, tout est à prendre en compte. J’ai une fois entendu qu’un bon QB rendait les checkdowns plus efficaces, et c’est une phrase qui m’a marqué. Sur cette action, Smith prend la décision quasi instantanément de passer à Dissly, et cela lui permet de garder toute l’avance qu’il a sur le défenseur le plus proche (Isaiah Simmons). Le ballon est donné au meilleur endroit au meilleur moment, et cela permet au TE d’engranger beaucoup de yards après réception. Bien sûr, il ne s’agit pas de couvrir Geno Smith de louanges pour une passe aussi simple d’un point de vue NFL. C’est le schéma de Shane Waldron qui est ici à l’oeuvre. Mais ce schéma ne marchait pas l’année dernière. Si Waldron peut montrer son talent, c’est aussi parce qu’il a un QB capable de se mettre en retrait et de laisser le reste de l’équipe briller.

Et cela, Waldron le lui rend bien. Le jeune OC n’hésite en effet pas à laisser Geno prendre les responsabilités la plupart du temps. Mieux, il l’accompagne. Dans le jeu de passe plus « pur », en dropback, Waldron a créé une attaque aérienne variée et faite pour faciliter la vie de son lanceur. Comme sur cette simple passe de 10 yards :

Déjà, j’aime beaucoup le trio de tracé en bas de l’écran qui étire très bien la défense (et oui, Lockett était complètement seul pour un TD, bref). Mais surtout, j’aime la motion avant le snap. Puisqu’aucun défenseur ne suit Deejay Dallas, Geno sait qu’il a affaire à une défense en zone. Avec un Byron Murphy très soft sur DK Metcalf, cela lui permet de valider avant même le snap où il va aller avec le ballon. Tout l’espace est là pour trouver son receveur au niveau du marqueur de 1st down. Sachant que derrière, c’est un duel entre un joueur de 105 kg et un défenseur de 85 kg tentant de le plaquer.

Il n’y a pas vraiment de feinte sur cette action, tout le monde s’attend à une passe, pourtant Waldron actionne les bons leviers pour rendre cette situation très confortable pour son QB. Je suis à peu près sûr que l’action n’est pas sensée aller vers Metcalf sur le tableau noir, mais Geno a la libérer d’interpréter ce qu’il voit avant le début de l’action. Et on sent que cela donne énormément de confiance au néo-titulaire.

Et en situation « chaude » de 3rd down, Waldron est encore là pour épauler son protégé. Certaines de ses conversions, comme celle-ci, sont extrêmement faciles pour Geno :

3rd & 4, bunch formation d’un côté. Pour éviter toute forme de pick play, les défenseurs des Cardinals (qui jouent en man) sont obligés de rester en retrait. Au final, les Seahawks utilisent bien un pick play, mais en écartant le joueur le plus à l’intérieur vers l’extérieur. Cela demande à Budda Baker de traverser une longue distance et de passer 4 joueurs pour aller le plaquer. Et vu que Geno exécute avec un timing parfait, c’est indéfendable. C’est typiquement le genre d’action fait pour exploiter des tendances défensives adverses. Cela témoigne du travail fait en amont par le staff pour trouver des solutions simples le jour du match.

Le niveau de performance de Geno Smith cette saison est une surprise énorme. Ce n’est pourtant absolument pas une anomalie. Smith est tout bonnement excellent. Si j’étais coach et que je devais montrer un exemple à mon jeune Quarterback, je lui montrerais Geno. Parce qu’il représente le parfait dosage d’exécution, de propreté des mécaniques, d’agressivité et de créativité. Il peut être autant un prolongement du coach qu’un parfait métronome. Il sait prendre ce qu’une défense lui laisse et l’attaquer là où elle est faible. Son niveau de production doit aussi à un coaching staff en pleine forme, qui lui donne énormément de clés pour performer. En tout cas, rien n’est dû au hasard, et l’attaque de Seattle a déjà dépassé les espérances par son mariage entre talent et intelligence. De quoi être impatient de voir la suite chez les Hawks.

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