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UFC 2022 : le top 10 de nos combats préférés

Aussi sûrement que les cadeaux, la bûche de Noël et l’indigestion qui va avec, la fin d’année apporte ses inévitables bilans en matière de sport. En l’occurrence, dix combats offerts par l’UFC qui nous ont fait vibrer – même si pour des raisons à chaque fois différentes. Au menu : de la sueur, du sang et des larmes, des surprises et retournements de situation, un peu de frustration, pas mal de violence et beaucoup d’émotion. Soit les parfaits ingrédients de douze mois, on l’avouera, plutôt conséquents.

Disclaimer : contrairement à l’an passé, nous avons fait le choix de la plus large diversité possible. Et, en ce sens, souhaité ne pas mettre deux fois le même nom, quitte à ne pas faire figurer des incontournables. D’où certaines absences qui pourront surprendre – comme le Gane vs Tuivasa, le Oliveira vs Gaethje ou encore le Dariush vs Gamrot.

N°10 : Valentina Shevchenko vs Taila Santos (UFC 275, 12 juin)

Comme Cris Cyborg en son temps ou Amanda Nunes aujourd’hui, la championne des 125 lbs, Valentina Shevchenko, se montre si dominante au sein de sa catégorie que ses combats en deviennent presque ennuyeux. On en vient à regarder ceux-ci moins pour un éventuel quelconque suspense que pour espérer que survienne quelque chose… d’inattendu. Une soudaine adversité plus relevée qu’à l’accoutumée, un affrontement plus disputé que craint de prime abord, l’arrivée d’une fighteuse qui saurait enfin lui faire face et vraiment rivaliser avec elle.

C’est dire à quel point le combat contre Taila Santos (à qui peu accordaient la moindre chance) a bousculé nos certitudes. Puisqu’en lieu et place de l’habituelle odieuse domination exercée par la tenante du titre, on eut droit au rare spectacle de celle-ci non dominante au rayon de la pure puissance et même mise en difficulté en clinch et au sol par une challengeuse jouant crânement ses chances – grappling d’élite aidant.

Tellement, en fait, qu’on était persuadés à la fin des cinq rounds que la championne, qui n’eut que trop rarement l’occasion de s’exprimer, allait rendre la ceinture qu’elle détient depuis maintenant plus de trois ans. Fatalitas ! C’était sans compter la complaisance (ou l’incompétence) de deux des juges qui la virent, on ne sait trop comment, en faire suffisamment pour la conserver. Au grand désarroi d’une Brésilienne forcément déçue.

Qu’importe, le cyborg venu de l’Est en est redevenue humaine pour un soir. Jusqu’à, pour la première fois depuis très longtemps, avoir laissé entrevoir quelques failles dans son arsenal. Gageons qu’une Manon Fiorot, potentielle prochaine contender, n’en a pas perdu une seule miette…

N°9 : Israel Adesanya vs Alex Pereira (UFC 281, 12 novembre)

Pour évoquer Pereira sont revenus, tels de lancinants leitmotivs, les termes de Némésis, kryptonite, ennemi intime : seuls à même de définir la déflagration ressentie en cette automnale nuit new-yorkaise. C’est que la rivalité qui oppose le champion des 185 lbs à son challenger s’avère digne de la meilleure dramaturgie antique. Soit un combattant naturellement surdoué comme le monde en voit peu, surclassant tant sa division qu’il s’en voit réduit à plusieurs fois affronter (et battre) les mêmes adversaires, qui assiste à l’arrivée à l’UFC de son unique double vainqueur – du temps immémorial où aucun des deux ne pratiquait encore le MMA.

Scénario écrit par le destin permettant idéale opposition de style (le styliste aérien contre le puncheur un peu frustre), de personnalités (trashtalker provocateur vs le taiseux menaçant) et de trajectoires (le champion sur le point d’égaler le nombres de victoires consécutives au sein de l’organisation face au rookie un peu mal dégrossi). Et si le combat lui-même s’est révélé parfois un peu brouillon et loin de la masterclass technique qu’on aurait pu espérer, il fut par contre régal d’intensité en ce qu’il symbolisa le choc de deux volontés de granit, chacune aussi compacte que l’autre.

De ce jeu, ce fut donc le Brésilien qui sortit vainqueur. Parvenant, bien qu’outrageusement dominé en striking puis au sol, à laisser passer les orages successifs pour capitaliser sur ses points forts : une incroyable puissance de mammouth, un pressing étouffant et ces marteaux de Thor qu’il renferme sans chaque poing. Jusqu’à déborder, asphyxier et terminer un Stylebender qui aura laissé passer sa chance en plusieurs occasions.

Un nouveau colosse émerge ainsi de l’ombre écrasante du champion déchu. Colosse dont on s’interroge encore, paradoxalement, sur son niveau réel et sa capacité à perdurer au sein de sa division. Même si lui, à la lumière de son immense performance, n’en a probablement cure (et il a raison).

N°8 : Brandon Moreno vs Kai Kara-France (UFC 277, 30 juillet)

Celui-ci nous offrit schéma qu’on a vu se répéter à de nombreuses reprises au cours de cette année. Une sorte de cauchemar pour les analystes de la discipline en ce qu’il donna à voir un combattant qui dominait son sujet mis à mal par un adversaire plus brutal sur le moment.

En l’occurrence, un Kai Kara-France tout en régal technique et gestion de l’espace dont les espoirs de victoire vinrent se fracasser sur la grinta d’un Moreno jamais aussi à l’aise que lorsqu’il peut laisser s’exprimer son amour de la violence. Énième paradoxe de ce mexicain au visage poupon, qui ne s’épanouit jamais aussi bien qu’au cœur du chaos et dont l’expérience des grands rendez-vous (en plus de cette parfaite gestion de la brutalité qui apparaît chez lui telle une seconde nature) lui permit de se sortir de ce qui s’annonçait comme un potentiel traquenard.

De la brutalité, il lui en faudra lorsqu’il se retrouvera, d’ici un mois, pour la quatrième (!) fois face à son ennemi préféré Deiveson Figueiredo, afin de tenter de récupérer sa ceinture des 125 lbs. Quant au néo-zélandais, gageons qu’on le reverra vite au sommet – tant ce qu’il a montré laisse augurer d’un proche avenir qui revêtira les  couleurs de l’or. 

N° 7 : Dustin Poirier vs Michael Chandler (UFC 281, 12 novembre)

L’eau mouille, le feu brûle et les combats dans lesquels apparaît Michael Chandler finissent invariablement dans les top de fin d’année. Le voir évoluer dans une cage ramenant invariablement en tête les propos de Gaethje exposant sa philosophie de bagarre : ses désirs de carnage et son souhait d’emmener son adversaire dans une zone de mort. Cette opposition à cet autre ferrailleur XXL qu’est Dustin Poirier ne faillit pas à la règle, offrant trois rounds de pure violence au cours desquels chacun frôla successivement l’abysse sous les coups de l’autre.

À ce jeu, c’est comme souvent le transfuge du Bellator qui marqua le pas le premier, lui dont le style généreux (euphémisme) s’avère si énergivore qu’il le laisse exsangue passée la première reprise. Poirier laissant passer l’orage au cours d’un round 2 compliqué avant de prendre son dos et le finaliser d’un propre étranglement arrière dans le suivant.

Le paradoxe du fight, pour spectaculaire qu’il fut, étant de néanmoins s’achever sur un statu quo concernant la position des deux combattants. Chandler reste ce guerrier qui adore performer sans se soucier ou presque du résultat, tant que le spectacle est au rendez-vous. Poirier, pour sa part, conforte sa place d’incroyable talent à peine bridé par les tous meilleurs de son temps. Parmi les plus grands numéros 2 de l’histoire, tel le Thomas Hearns du MMA. Beaucoup s’en contenteraient mais on n’est pas certain que lui goûte le compliment…

 N°6 : Charles Oliveira vs Islam Makhachev (UFC 280, 22 octobre)

Pour citer les mots de l’estimé – autant qu’estimable – Clément Finot, PDG du Café Crème Sport, « ce combat aurait pu se retrouver en tête de liste comme dans les profondeurs du classement ». Témoignage de la difficulté à situer le réel niveau d’une opposition qui nous a ébloui autant qu’elle nous a frustré. En cause : l’ahurissante performance d’un Makhachev en feu qui ne laissa littéralement aucune chance à un Oliveira dépassé dès la première seconde. Lequel ne fit que subir jusqu’à sa soumission précoce en milieu de round 2 seulement.

Dès lors, on ne sait s’il convient de prioritairement louer la perfection du challenger supérieur en tout, aussi bien au niveau technique que de la puissance pure, au sol comme debout, dans le gameplan comme la gestion de combat. Ou se désoler que ce qui était attendu comme l’affrontement le plus excitant de l’année se soit si rapidement mué en totale masterclass sans la moindre once de suspense.

Une chose semble cependant certaine : sauf accident, le nouveau champion est parti pour régner longtemps, tant personne n’apparaît actuellement à même de l’inquiéter. Comme si le sacre de Do Bronx n’avait été qu’aimable interlude avant que la ceinture de la catégorie des 155 lbs retourne là où elle appartient réellement : ce Daghestan qui fabrique des champions d’un tel métal qu’il paraît juste imbrisable.

N°5 : Peter Yan vs Sean O’Malley (UFC 280, 22 octobre)

De frustration il avait déjà été question ce même 22 octobre à Abu Dhabi. L’affrontement, intense et brutal, entre l’ancien champion des 135 lbs Petr Yan et le feu-follet Sean O’Malley ayant débouché sur l’une des décisions les plus incompréhensibles de l’histoire de l’organisation.

D’autant plus dommage que le combat avait tenu toutes ses promesses et bien plus encore. Principalement grâce à un Suga Sean dévoilant, enfin, tout le potentiel qu’on sentait en lui depuis le début de sa carrière sans l’avoir encore jamais totalement entrevu. L’américain fit ainsi plus que jeu égal face au russe, luttant pied à pied en striking, parvenant à survivre une fois amené au sol et tirant parti de son excellente gestion de l’espace au sein de la cage. Il parvint même à plusieurs fois durement toucher un Yan dont l’exceptionnel dureté n’est plus à démontrer (des fois qu’on en doutait).

Pour autant, ce dernier semblait en avoir assez fait, se montrant supérieur en à peu près tout domaine – pas de beaucoup mais suffisamment pour emporter une décision somme toute logique. Logique pour quasiment tout le monde (journalistes comme spectateurs) sauf deux des juges qui accordèrent leur bulletin au grand échalas tatoué – qui sembla d’ailleurs aussi soulagé que surpris (preuve qu’il était conscient du résultat réel). Quelque chose nous disant, hélas, que ce n’est pas la dernière fois que nous aurons assisté à telle déconvenue de scoring… 

N° 4 : Francis Ngannou vs Ciryl Gane (UFC 270, 22 janvier)

Forrest Gump nous avait pourtant prévenu (mais personne ne lui prête attention) : la vie, telle une boîte de chocolats, se montre pleine de surprises – l’UFC, des fois qu’on l’oublierait, se chargeant de nous le rappeler à intervalles réguliers.

Témoin en est ce choc des titans (au sens propre du terme) entre le champion des lourds Francis Ngannou et son challenger surdoué, le prodige national Ciryl Gane. Pure opposition de styles dont on avait (un peu paresseusement) envisagé le déroulement minute par minute – imaginant un bon gamin styliste et aérien parvenant à faire parler sa technique en striking pour échapper, cinq rounds durant, à la furia d’un Predator ne cherchant que le coup dur. Ce qui, faut-il le reconnaître, fut exactement le cas durant les deux premières reprises.

Sauf que la machine Ngannou, en constant upgrade, a surpris tout le monde en amenant les hostilités là où personne ne l’attendait : sur le terrain de la lutte et du sol. Annihilant toute stratégie ou gameplan du Français en y faisant parler sa puissance brute, il parvint ainsi très intelligemment à museler un Gane rendu totalement impuissant et ne faisant dès lors que subir, lors des derniers rounds, la maestria et le QI fight d’un Francis à nouveau souverain. On avait, l’année dernière après sa prise de titre face à Miocic, ainsi évoqué un Ngannou 2.0. On aurait, désormais, alors presque envie de parler d’une version 3.0, tant il a déjoué les attentes. Ne pouvant dès lors plus contenir notre impatience à l’idée du potentiel affrontement douze étoiles contre Jon Jones. Par pitié, Dana, officialise le tout, vite !

N°3 : Gilbert Burns vs Khamzat Chimaev (UFC 273, 9 avril)

On rentre dans le dur. Et si quelqu’un venait nous affirmer que cette affiche représente LA baston de l’année au sein de l’organisation, on ne saurait le contredire. Totale guerre de tranchées entre deux durs au mal, trois rounds d’une intense brutalité sans véritable temps mort, collision frontale de deux cubes d’agressivité pour qui le concept de reculer (ou même un tant soit peu se protéger) tient du non-sens absolu.

À ce jeu, c’est Khamzat qui en fit juste un peu plus, non sans avoir été sérieusement connecté en plusieurs moments. Gagnant plus qu’un simple combat : la légitimité de ses pairs et d’un public qui (tout comme O’Malley face à Yan) virent enfin apparaître l’immense combattant derrière la grande gueule médiatique. Sans paradoxalement que la division avance pour autant. Le combattant tchétchène,  qu’on pouvait légitimement attendre face à un calibre comme Covington, se perdant depuis entre puériles provocations et errements diététiques. Tandis que Burns, qui n’a plus combattu depuis, effectuera l’année prochaine sa rentrée contre Neil Magny, lors d’un combat dont l’issue nous laisse totalement indifférents.

Peut-être Forrest Gump nous dirait-il que les chocolats sur lesquels on peut tomber sont parfois juste immangeables…

N°2 : Mateusz Gamrot vs Armen Tsarukyan (UFC on ESPN 38, 25 juin)

Si le Burns vs Chimaev fut féroce bataille à laquelle manqua un peu de technique, ce Gamrot vs Tsarukyan s’avèra son parfait opposé : régal absolu de skills auquel ne manqua qu’une pointe d’émotion afin de ravir tout à fait. Le niveau technique affiché par les deux hommes fut tel que le premier round peut, à ce titre, aisément être élu en tant que « reprise de l’année ». Trois minutes de scramble, retournements de situations et de gardes, chacun se retrouvant alternativement sur et sous l’autre, tant aucun des deux ne parvenait à longtemps prendre l’ascendant sur son adversaire.

Suivirent vingt minutes quasiment à la hauteur qui permirent d’offrir parmi ce qui se fait actuellement de mieux au sol au sein de l’organisation. Un tel niveau que les échanges en devenaient par instants euphorisants, entre sparring, danse et mise à mort chorégraphiée. Étant bien en peine de dire qui eut l’avantage au final. Car si les juges offrirent une unanime victoire au polonais (48-47×3), beaucoup pensèrent qu’un résultat inverse autant qu’un nul aurait également convenu. Manière de signifier la proximité des deux combattants de talent pur.

Sans que cela suffise pour autant pour tutoyer l’air raréfié des sommets. Comme l’a appris à ses dépens un Gamrot ramené à l’école par Beneil Dariush lors de son combat suivant. Illustrant à nouveau et à son corps défendant l’inusable devise de Daniel Cormier selon laquelle « there are levels to this game ». L’UFC nous le montrant, si besoin était, chaque week-end ou presque.

N°1 : Glover Teixeira vs Jiri Procházka (UFC 275, 12 juin)

Le numéro 3 du classement manquait un peu de technique ? Le numéro 2 d’un poil d’émotion ? Nulle inquiétude : le présent combat occupe la tête du top pour la bonne raison qu’il compile à peu près tout ce qu’on peut aujourd’hui espérer d’une affiche à l’UFC. Soit en amont : un main event, pour une ceinture, entre deux golgoths affichant styles opposés (le striker brutal contre le grappler d’élite) et personnalités aussi différentes que complémentaires (le vieux lion presque repu contre le jeune chien fou affamé). Dans la cage : cinq rounds incroyables durant lesquels chacun prit successivement l’avantage, aucun des deux ne semblant connaître la définition du terme « s’économiser ».

Et si on aurait pu penser que la fougue du challenger, donné largement favori par la majorité, lui permettrait de rapidement surclasser un Glover désormais trop vieux pour ces conneries, c’est pourtant bien ce dernier qui faillit créer la surprise en effectuant le combat presque parfait. Connectant durement Jiri à plusieurs reprises, le déroutant en parvenant à casser la distance sans le laisser s’exprimer et l’asphyxiant peu à peu au sol et en clinch contre la cage.

À tel point qu’on se dirigeait aussi lentement que sûrement, et à la surprise de tous, à une logique victoire aux points du champion (et néanmoins outsider). Jusqu’à ce que surgisse l’irrationnel, faisant basculer le fight dans le pur émotionnel. Procházka, ayant survécu on ne sait trop comment à plusieurs coups reçus pleine mâchoire (jusqu’à parfois tituber sans garde, tel un homme ivre), décidant d’emmener les hostilités au sol (pourtant royaume et chasse gardée du Brésilien) et y parvenant à finaliser un Glover exténué, à trente secondes seulement de la fin d’une épique bataille !

À dire vrai, on a beau avoir plusieurs fois revu les images, on a toujours du mal à comprendre l’enchaînement, totalement improbable, qui débouche sur ce final dramatique à souhait. Et tant mieux en un sens. Il fait partie pour toujours de ces grands moments de sport durant lesquels l’intellect capitule face au cœur, aux tripes et aux couilles. Ou, ainsi que l’avait dit feu Jerry Heller (passé à la postérité pour notamment avoir été manager des NWA) dans son autobiographie : « On recherche tous la transcendance. On vit tous pour ces instants de grâce offerts par la vie ». Rarement en eût-on si éclatante démonstration. Merci messieurs ! Et au plaisir de vous voir remettre ça dès que vous le désirez.

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