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La liste de Steve Borthwick, priorité à l’avenir

Steve Borthwick a annoncé sa première liste de 36 joueurs en tant que sélectionneur du XV de la Rose. Une liste fortement attendue après l’éviction d’Eddie Jones. L’ancien entraîneur des Tigers a dû faire des choix forts avec un peu plus de 7 mois pour se préparer à la compétition de l’année. Entre maintenir un groupe solide et préparer l’avenir, Borthwick n’a pas la tâche facile. La rédaction vous propose d’analyser cette première liste.

L’absence d’anciens cadres

Comme chaque nouveau sélectionneur, il veut marquer de son empreinte sa première liste et certains joueurs en payent le prix fort. Parmi les gros noms qui manquent à l’appel, on peut signaler Johnny May et Jack Nowell. Deux tauliers dans le système d’Eddie Jones et qui ont dominé leurs ailes pendant tout son mandat. Ils espéraient probablement vivre un dernier défi avec l’Angleterre mais le sort en a décidé autrement. Il faut dire qu’ils sont loin de leur niveau. Le premier n’a marqué qu’un essai cette saison, loin des standards qu’il a pu afficher par le passé. Il n’est plus aussi dangereux que par le passé et la jeune garde, dont nous aurons l’occasion de reparler, est en pleine bourre. Sur le plan physique, il est aussi à la peine. Il faut remonter à la saison 2019/2020 pour le voir disputer plus de 20 matchs toutes compétitions confondues. Avec des blessures en cascades, le rapide Johnny May a peut-être tiré sa révérence sous la maillot blanc lors du match contre l’Afrique du Sud. 

Pour Nowell, c’est aussi un autre ailier clé d’Eddie Jones qui n’est pas reconduit. À l’instar de son partenaire, il n’est plus aussi virevoltant que par le passé. Auteur seulement de deux essais cette saison, il est lui aussi plus en difficulté particulièrement en défense. Il ne fait plus autant la différence sur son aile. Les rumeurs l’envoyant à l’étranger à l’issue de son contrat en fin de saison n’ont pas dû, non plus, plaidé en sa faveur.

Ces deux joueurs ont été des armes redoutables et ont fait trembler bon nombre de défenses européennes. Malgré quelques lacunes défensives, ils ont été primordiaux dans le système de Jones. Ils cumulent 50 essais en sélection et 105 essais en club. Par ces deux absences, le nouveau sélectionneur anglais montre son envie de mettre en avant des jeunes ailiers plus efficaces, plus redoutables. C’est un pari osé mais il est clair qu’ils n’ont pas réussi à se mettre en valeur sur les dernières rencontres. Les jeunes ailiers convoqués par Borthwick auront tout de même la lourde tâche de leur succéder. 

Jack Nowell et Johnny May ont probablement tiré leur révérence en sélection nationale. (express.co.uk)

Un autre joueur marquant manque à l’appel. Cette fois-ci c’est dans le pack avec Billy Vunipola qui est une nouvelle fois le grand absent. Déjà écarté par Eddie Jones lors de son premier renouvellement après le Tournoi des VI nations 2021, il subit une nouvelle fois le changement de cycle. Contrairement aux deux autres, il a gardé une certaine production avec les Saracens. Il est surtout la victime d’une forte concurrence à son poste. Sam Simmonds et Alex Dombrandt ont eu les préférences du nouveau staff. La présence du troisième ligne d’Exeter peut apparaître comme un désaveu pour Vunipola. En effet, l’aîné des Simmonds a signé pour le MHR la saison prochaine et ne devrait plus être sélectionnable à l’avenir sauf changement au sein de la fédération anglaise. Cette non-sélection pourrait le motiver à quitter l’Angleterre d’autant que Tom Willis vient de signer pour les Saracens.

Avec l’impossibilité de sélectionner Mercer, Borthwick a décidé de faire un choix entre Simmonds et Vunipola pour la deuxième place derrière Dombrandt. Le numéro 8 des Quins revient en forme depuis sa blessure qui l’a privé de la dernière tournée d’automne. Son alchimie avec Marcus Smith fait le bonheur de l’équipe londonienne et avec l’arrivée de Nick Evans, leur relation pourrait faire chavirer les fans anglais. Un poste où l’Angleterre n’est pas en manque de talent. Pour Billy Vunipola, il semblerait que le match contre l’Afrique du Sud a conclu sa belle carrière sous le maillot anglais où il aura accumulé 66 sélections pour 8 essais. Ses difficultés à avancer face aux défenses ont sûrement pesé dans le choix de Borthwick.

Ce sont les principaux joueurs écartés par Borthwick pour ce Tournoi des VI nations. Tom Curry et Luke Cowan-Dickie sont les autres absents notables mais en raison des blessures. Le premier pourrait revenir au cours de la compétition tandis que le second pourrait manquer l’intégralité du tournoi. Une grosse déception pour lui alors qu’il doit rejoindre Montpellier la saison prochaine. Sa possible absence est un coup dur face à ses concurrents dans l’optique d’une place à la Coupe du monde 2023. 

Le retour de certains cadres 

C’est l’un des retours inattendus de la première liste. Eliot Daly avait été le premier à payer le renouveau de Jones. Celui qui semblait avoir les préférences du sélectionneur australien avait vu sa place dans le XV de la Rose être remise en question. Avec l’avènement de Freddie Steward, le poste d’arrière semble pris mais sa polyvalence peut lui permettre de se frayer une place dans un groupe de 23. Cette saison, en Premiership, il accumule 4 essais, 590 mètres parcourus ballon en main, 14 franchissements et 32 défenseurs battus. Des statistiques qui en font l’un des meilleurs arrières du pays. Sa dernière performance contre le LOU, où il inscrit 3 essais, a surement marqué l’esprit du staff anglais. Même s’il continue à évoluer quelquefois en 15 avec les Saracens, Daly reste un centre de métier, capable encore d’accélération pour prendre les défenseurs de vitesse. Il possède un très bon jeu au pied. Il pourrait alors concurrencer Slade dans ce même registre.

Parmi les revenants, Dan Cole est celui qu’on n’attendait plus. Même si leurs rumeurs se faisaient nombreuses depuis la nomination de Borthwick, le revoir sous le maillot anglais est une surprise. Absent de la liste d’Eddie Jones depuis la finale de la Coupe du monde 2019, il se dirigeait vers une carrière exclusive avec Leicester pour terminer son immense épopée. Mais le pilier n’a pas déçu sur ses trois saisons. Sa relation avec Borthwick a probablement joué et il aura un rôle de mentor avec ces jeunes. Il a eu ce rôle prépondérant lors de la quête du titre par Leicester la saison dernière en particulier avec Joe Heyes avec qui il partageait le côté droit de la première ligne. Le poids des années ne semble pas encore l’atteindre. L’homme aux 194 matchs avec Leicester et 55 matchs avec le XV de la Rose sera le vétéran de cette équipe pour cette fin de saison.

Parmi d’autres retours moins marquants mais à souligner, on peut citer Nick Isiekwe. Le polyvalent deuxième et troisième ligne des Saracens est passé par toutes les émotions avec la sélection nationale. International lors de la tournée en Argentine où il joue deux minutes sous le maillot blanc, il engrange deux sélections avant de disparaître des radars en un peu moins de 3 ans et demi. Il devient l’un des hommes forts de Jones lors du dernier tournoi qui permet à ce dernier de mettre son partenaire Itoje en troisième ligne. Malgré les difficultés anglaises dans le secteur de la touche, il est de l’équipe qui part en tournée en Australie disputant un match. Néanmoins, une blessure le force à se faire opérer et il ne dispute aucun match avant décembre. Son retour en forme dans une équipe des Saracens qui fonctionne à merveille a probablement rassuré Borthwick. Reste désormais à savoir quel rôle il aura dans cette sélection. Il est souvent un sauteur privilégié chez les Saracens et pourrait alors être utilisé à cette fin en tant que remplaçant. C’est un joueur à surveiller dans les rucks avec sa capacité à gratter les ballons.

Ben Earl est aussi de retour dans cette masse de troisième ligne aile. Il faut dire que le joueur des Saracens a impressionné en ce début de saison. Son association avec Theo McFarland fait des ravages en Premiership. Malgré toujours certaines fautes évitables, il est un redoutable attaquant mais aussi défenseur. Il ne cesse d’avancer ballon en main pour casser les lignes. Troisième ligne rapide, il est capable de se proposer sur l’extérieur pour créer le décalage. Auteur de 12 franchissements et 28 défenseurs battus, il est l’avant le plus fort dans ces domaines au milieu des différents arrières. Moins fort que Dombrandt en termes d’offloads, il n’est pas à négliger dans ce secteur. Avec l’absence de Tom Curry, il a une place à prendre en 7. C’est le genre de joueurs qui pourrait permettre à l’Angleterre de jouer plus vers l’avant plutôt que de laisser le ballon à l’adversaire. Il ne faut pas oublier ses capacités défensives avec 116 plaquages en ce début de saison et 21 ballons gagnés, le plus haut total en Premiership. C’est un redoutable gratteur, bagarreur dont il n’est pas facile de se détacher. 

Ben Earl à l’occasion de s’affirmer à l’échelle internationale. (Henry Browne/Getty Images)

L’autre retour pourrait être son compagnon de ligne avec Alex Dombrandt. Le numéro 8 des Quins a joué de malchance l’année passée avec des blessures intervenues avant les différents rassemblements. De retour depuis fin novembre, il a su aligner les bonnes performances malgré les résultats compliqués des Quins. Son alchimie avec Marcus Smith, sa qualité pour attaquer la ligne et monopoliser plusieurs défenseurs pour l’arrêter, permettent à son équipe d’avancer. Il est probablement le joueur le plus fort en termes d’offloads. Si Borthwick s’oriente vers Marcus Smith pour évoluer en 10, la logique voudrait que Dombrandt soit le troisième ligne centre. Même dans l’éventualité de voir Farrell en 10, les deux joueurs des Quins pourraient entrer sur le terrain ensemble pour profiter des défenses plus fatiguées. Différentes options qui vont dépendre des choix tactiques de Borthwick et son staff.

Pour continuer avec les joueurs des Quins, Joe Marchant est une énième surprise dans cette liste. Eddie Jones semblait l’avoir écarté après la tournée d’été malgré cinq matchs disputés lors du dernier tournoi et des performances remarquables avec son club. Son départ pour le Stade Français Paris signifiait même une pause dans sa jeune carrière internationale. Pourtant, Borthwick semble vouloir le voir à l’œuvre lors des rassemblements. Habitué à jouer avec Esterhuizen, il pourrait former une paire complémentaire avec Tuilagi. Moins à l’aise que Daly et Slade dans le jeu au pied, il serait moins utile dans un jeu de dépossession à moins de le mettre sur une aile. Il a déjà montré son agilité pour monter haut sous les chandelles. Véritable athlète, il est rapide, solide défensivement et il est difficile de le mettre à mal. Sa sélection dans la liste a entraîné le départ de Guy Porter, qui est pourtant un élément primordial dans le jeu de Leicester sous Borthwick.

Pour terminer, on peut noter le retour d’Ollie Chessum, homme fort du titre de Borthwick qui a su lui faire prendre une autre dimension à Leicester. Il peut lui aussi jouer en deuxième ou troisième ligne. Il aura à cœur d’arracher sa sélection pour la Coupe du monde au cours de ces rassemblements. On peut aussi signaler la présence d’Alex Mitchell. Il est probablement le numéro 9 le plus joueur de Premiership. Il est le meneur de jeu des Saints avec un jeu rapide. Il essaye toujours de profiter des espaces laissés pour casser la ligne. Il a parcouru 635 mètres ballon en main, réalisé 12 franchissements, et battu 33 défenseurs. Il est aussi le joueur qui a réalisé le plus de passes avec 703 unités, montrant son rôle prépondérant dans le jeu offensif des Saints.

La confirmation de jeunes joueurs 

Certains joueurs n’ont pas encore de sélections dans cette liste mais ils gravitent autour des différents rassemblements du XV de la Rose depuis quelque temps. 

Avec deux retraits que sont Jack Nowell et Johnny May, les ailes avaient besoin de renouveaux. Si Henry Arundell ne devrait pas être disponible tout de suite en raison d’une blessure qui s’éternise, Ollie Hassell-Collins a l’occasion de se montrer sous son meilleur jour. Cette année, il est l’un des ailiers les plus redoutables en Premiership malgré les difficultés des Irish. Avec 8 essais inscrits ainsi que 697 mètres parcourus, 15 franchissements, 36 défenseurs battus, seul un autre ailier anglais fait mieux que lui si l’on prend toutes ces statistiques. Il est porté vers l’attaque et doté d’une pointe de vitesse impressionnante qui lui permet de mettre la pression sur les défenseurs adverses.  Les rumeurs ont longtemps fait état d’un intérêt de Borthwick pour lui lorsqu’il était manager de Leicester. Avec la nomination de ce dernier à la tête de la sélection anglaise, OHC pourrait gouter pour la première fois à la tunique blanche. Il aura fort à faire face à d’autres concurrents à commencer par Cadan Murley.

L’ailier des Quins a changé de dimension après la saison du titre. Il est devenu un serial marqueur. S’il est resté dans l’ombre de joueurs comme Lynagh ou Tyrone Green chez les Quins lors de l’année du titre, il n’en était pas moins primordial. À chacune de ses occasions, il fait avancer son équipe. Ailier à la fois rapide et solide physiquement, il arrive à résister à plusieurs défenseurs le long de la ligne de touche. Très bon défenseur, il ne se laisse pas passer si facilement. Il a tout de l’ailier que Borthwick pourrait apprécier. Proche de Marcus Smith, les deux coéquipiers se trouvent facilement sur le terrain ce qui pourrait l’aider à se faire une place dans ce groupe.

Cette saison, Cadan Murley cumule 8 essais, 793 mètres parcourus, 19 franchissements, 34 défenseurs battus. Il est doté d’une énergie folle sur un terrain. Quand son équipe est au pied du mur, il essaye de la relancer comme contre le Racing où il est l’auteur de deux essais. Pour montrer son niveau de performances en 2022, il a inscrit 19 essais en 22 matchs, égalant Christian Wade qui avait réalisé la même performance en 24 matchs. Cadan Murley est en feu et il a cette capacité de jouer sur les deux ailes. Même s’il est plus performant en 11 qu’en 14, il saura se rendre utile peu importe le poste. Une solution pour éviter de faire un choix entre ces deux ovnis ? Borthwick aura l’embarras du choix avec Tommy Freeman et Max Malins qui peuvent jouer en 14 ou en 15. L’Angleterre n’est pas en manque d’ailiers et les places sont donc chères. Ces joueurs ont l’occasion de s’assurer une place pour la Coupe du monde. À eux de prouver tout leur talent cet hiver.

Cadan Murley à l’occasion de porter pour la première fois le maillot de la sélection nationale. (Bob Bradford – CameraSport via Getty Images)

Dan Kelly a été l’homme fort de la ligne de 3/4 de Leicester. Sous Borthwick, il a pris une autre dimension. Évoluant en 12, il pourrait résoudre les problèmes de blessures de Tuilagi et l’incertitude autour du positionnement d’Owen Farrell. Ancien international U20avec l’Irlande, il a finalement opté pour l’Angleterre. S’il n’est pas le plus impressionnant d’un point de vue statistique, il a cette capacité à avancer et tenir défensivement. Malgré son jeune âge, il possède déjà une sélection contre le Canada à l’été 2021 lors de la tournée des Lions. Il espère renouveler l’expérience prochainement. Pour terminer avec les petits nouveaux chez les arrières, Fin Smith récupère la place de troisième ouvreur. Si Ford est un candidat légitime dès qu’il aura retrouvé les pelouses et une certaine continuité, Borthwick veut inclure Fin Smith qui représente l’avenir aux côtés de Marcus Smith à ce poste. Eligible avec le XV du Chardon, il semble avoir faire son choix pour le XV de la Rose même si rien n’est joué tant qu’il n’aura pas revêtu la tenue blanche. Recruté en cours de saison par les Saints après l’arrêt de Worcester, il a pris la place de Dan Biggar. Évoluant dans une équipe portée sur l’attaque, il se montre à l’aise dans le jeu au pied et continue à progresser face aux perches. Il aura l’occasion de côtoyer d’autres internationaux pendant les rassemblements pour progresser dans ce secteur.

Chez les avants, Jack Walker profite des absences au poste de talonneur pour récupérer une place de choix dans le groupe. Ancien capitaine des U20 anglais champions du monde en 2016, il a  pris une nouvelle dimension lors de son arrivée la saison passée chez les Quins qui l’ont installé titulaire. Il est capable d’avancer ballon en main et possède une condition physique impressionnante puisqu’il peut rester sur le terrain pendant un match entier. Il sera à la lutte avec Jamie George mais aussi George McGuigan, récemment arrivé à Gloucester après un début de saison impressionnant où il a inscrit 7 essais en 10 matchs avec les Falcons. Il a ensuite été recruté par Gloucester pour remplacer Jack Singleton, forfait pour la saison après une blessure à la jambe. Il a été un élément essentiel au sein de l’un des meilleurs pack de Premiership. Il sait parfaitement conduire ses mauls pour les amener derrière la ligne de l’en-but. Ces deux talonneurs possèdent chacun des qualités qui pourraient les amener à envisager plus qu’une simple place de remplaçant. Ils pourraient profiter des blessures en vue de la Coupe du monde.

Enfin, même si Tom Curry ne sera pas là avant le troisième match du tournoi, Borthwick pourra compter sur Ben Curry, son frère jumeau. Un joueur redoutable dans les ruck et défensivement. Dans un match plus serré, il peut être précieux pour gratter les ballons. Avec Ben Curry, Kevin Sinfield – en charge de la défense – récupère un joueur physique, dur sur l’homme qu’il sera difficile de passer.

Un groupe solide sur le papier. Plusieurs options s’offrent au staff et cela déprendra du jeu recherché. Contrairement à Eddie Jones, Borthwick a joué la carte du talent plutôt que de l’expérience. Même s’il garde une grosse partie de joueurs déjà dans le XV du sélectionneur australien, il semble vouloir essayer des jeunes joueurs à la place de certains vétérans. Ce tournoi sera une première indication et le seul moyen de se donner une idée sur le groupe qu’il emmènera en France à l’occasion de la Coupe du monde 2023. Les fans anglais ont de quoi se réjouir pour l’avenir.

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