Foot Ligue 1

Niko Kovac et l’AS Monaco : De l’espoir à la désillusion

Après avoir entraîné l’équipe nationale de Croatie, l’Eintracht Francfort ou encore le Bayern Munich, Niko Kovac vient d’être remercié par l’AS Monaco. A 50 ans, l’ancien international croate a pourtant su faire rebondir l’équipe monégasque après des saisons compliquées. Entre échecs et réussites, la direction a tranché contre lui. Mais pourquoi ? 

Les débuts réussis de Niko Kovac

Le tacticien, allemand de naissance arrive sur le rocher en juillet 2020 grâce au nouveau directeur sportif, spécialiste du marché allemand, Paul Mitchell. Les années précédant son arrivée n’étaient pas fantastiques. Une saison 2018/2019 plutôt catastrophique avec une 17ème place au classement et une saison 2019/2020 pas à la hauteur selon les dirigeants et les supporters. L’AS Monaco trouve ainsi, en Niko Kovac, un nouveau souffle.

Si la direction a choisi de lui faire confiance, c’est avant tout pour sa capacité d’adaptation. À son arrivée, Niko Kovac a pu profiter de cinq semaines de préparation physique pour façonner l’équipe à son image. « Je joue un football intensif. Cela nécessite d’être en bonne forme pour pouvoir le pratiquer. » a-t-il annoncé lors de sa première conférence de presse en tant que tacticien monégasque.

Il a tout de suite voulu imposer son style de jeu avec des directives strictes parfois même un peu trop, des habitudes de travail bien réglementées et une meilleure discipline sur le terrain et dans les vestiaires. Il a également voulu placer au centre de son projet sportif la jeunesse monégasque. Ce qui offre une nouvelle dynamique au groupe.

Nico Kovac en conférence de presse au stade Louis-II. (Crédit : F. Porcu/L’Équipe)

« L’AS Monaco est un grand club avec une grande histoire, déclare-t-il. Nous allons travailler d’arrache-pied pour ramener l’AS Monaco en haut de la ligue 1. » Des mots et des actes qui ont tout de suite séduit les supporters qui voient alors le début d’une nouvelle ère pour leur club.

Une expérience mitigée ?

Passé l’effet du renouveau tactique et après un an et demi à la tête du vestiaire monégasque, Niko Kovac s’est vu remercier le samedi 1er janvier 2022. Un licenciement un peu difficile à comprendre pour Amaury, supporter de l’AS Monaco : « Je suis un peu dégoûté parce que c’est vrai qu’il a fait de belles choses à Monaco. Là, on n’est pas si mal au classement, même si on est pas à la place où l’on devrait être. On a quand même fini premier de notre groupe en Europa League et on était finaliste de coupe de France l’année dernière. Pour moi, il n’y avait pas forcément de raison pour le virer. »

Niko Kovac, sur le banc monégasque, c’est 74 rencontres dont 42 victoires, 16 nuls et 16 défaites. C’est également une finale de coupe de France perdue face au PSG (2-0) et une première place dans leur groupe d’Europa League, avec 12 points face à la Real Sociedad, au PSV Eindhoven et Sturm Graz.

Une expérience qui reste toutefois en demi-teinte selon le trio de tête de l’ASM, Dimitri Rybolovlev (président), Oleg Petrov (vice-président) et Paul Mitchell (directeur sportif), comme l’explique le journal Ouest-France. Eliminé de la Ligue des champions par le Chakhtar Donetsk (3-2) en barrage, le club de la principauté a ensuite connu un passage à vide et des résultats insuffisants face aux grandes équipes. Avec une défaite évitable contre le PSG (2-0) malgré treize tirs pour les monégasques, une autre face à Marseille (0-2) tout en ayant eu la possession ou encore face à Lyon (2-0) malgré une équipe lyonnaise très affaiblie depuis le début du championnat. Les matchs nuls contre Lille (2-2) avec huit tirs cadrés pour les Monégasques et contre Nice, le rival historique (2-2), n’ont fait que compléter la liste des performances qui ne conviennent pas du tout à la direction.

La première partie de tableau de Ligue 1 après 20 journées / 4 équipes ont un match en retard pour cause de COVID

Selon eux, la 6ème place de l’AS Monaco en Ligue 1 est loin d’être suffisante. Amaury explique : « On savait qu’il n’était pas dans la meilleure situation possible. On est quand même 6ème de Ligue 1 alors que notre objectif c’est la Ligue des champions. C’est même d’aller chercher le PSG dès cette saison selon le vice-président. Même si en tant que supporters, on sait très bien que ce n’est pas possible. Mais c’est l’ambition. » Des objectifs qui semblent ne pas pouvoir être atteint avec Niko Kovac comme entraîneur.

Son management et ses méthodes de travail strictes ont fini par s’essouffler. La direction a estimé que certains jeunes joueurs, comme Tchouameni, qui a tout de même débuté 19 matchs en tant que titulaire cette saison, Matazo, qui a réussi 86 % de ses passes sur la fin d’année 2021 ou encore Badiashile, qui n’a perdu que 138 ballons sur 1 094 touchés sur ce début de saison, n’évoluaient pas suffisamment en sa compagnie.

Les supporters ne sont quant à eux pas du même avis. « Ce qui était positif et négatif dans le coaching de Kovac, c’était la même chose. Il en demandait beaucoup et c’est ce qui a fait progresser les jeunes notamment, reprend Amaury. Aurélien Tchouameni, a mon sens, n’aurait pas pu prétendre à une place en équipe de France sans Niko Kovac. Diop s’est révélé avec lui. Sidibé est presque meilleur qu’il n’était en 2017. Mais c’est sûr que des joueurs comme Fofana ça ne leur plaît pas forcément. Comme quand il se fait sortir à la 36ème minute contre Clermont parce qu’il n’a pas fait ce que le coach attendait de lui. »

Aurélien Tchouameni en équipe de France (Crédit: Getty Images)

Dans les faits, les jeunes font partie intégrante du système de jeu monégasque sous l’ère Kovac. L’entraîneur a donné du temps de jeu à seize joueurs de 25 ans ou moins en ce début de saison. Sur la trêve d’octobre 2021, ce sont treize monégasques de 22 ans ou moins qui sont partis rejoindre leurs sélections. Aurélien Tchouameni a fait ses premiers pas en équipe de France grâce à la confiance de Niko Kovac. Et en ce qui concerne les informations récentes, Wolwerhampton aurait fait une offre pour Benoit Badiashile. Preuve que les jeunes de la principauté attirent et progressent avec Kovac.

Un « échec » plus pour Monaco que pour Kovac ?

Malgré sa confiance vis-à-vis des jeunes, c’est Philippe Clément, ancien coach du FC Bruges, qui prend aujourd’hui la tête du banc monégasque. Un choix très flou pour les supporters qui voient en lui une réplique de Niko Kovac. Interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse, le nouveau coach a déclaré : « Je veux une équipe qui domine, qui joue offensif, avec de l’engagement et de l’envie. J’ai joué avec des systèmes différents par le passé, mais toujours avec l’idée d’être dominant. »

Le Belge semble ressembler trait pour trait à Niko Kovac. Il a pu le prouver lors de son premier match sur le banc monégasque face à Nantes le 9 janvier 2022. Avec un pressing très haut et des replis défensifs compacts, Philippe Clément a adopté le même style de jeu dominateur que Niko Kovac. Tout cela plonge un peu plus les fans des Rouges et Blancs dans la confusion : Pourquoi maintenir cette continuité et en est-ce vraiment une ?

source : Twitter / Maxime Brigand

À l’occasion de sa présentation, le directeur sportif Paul Mitchell a tenu à apporter quelques précisions sur le départ précipité de Niko Kovac : « On respecte le travail que Niko a fait ces 16 derniers mois. Nous avons construit ensemble des fondations solides de notre projet. Mais les performances depuis cet été jusqu’à Noël nous ont montré qu’on n’exprimait pas tout notre potentiel, […], on n’a pas figuré une seule fois dans le top 5 depuis le début de la saison. On a senti qu’on devait augmenter cette capacité pour exploiter le potentiel de l’ASM. »

Une envie de renouveau dans la continuité de ce qu’avait proposé l’entraîneur et qui avait parfaitement fonctionné au début. Un départ qui a cependant énormément fait parler, notamment sur Twitter. « Ils vont niquer la saison si ça se fait ! », « C’est la fête ! » ou encore « Est-ce que un jour on pourra avoir un peu de stabilité dans ce club ? », peut-on lire sous un tweet évoquant le renvoi, alors hypothétique à ce moment-là, de Niko Kovac. Une communauté qui cherche à comprendre les raisons d’un limogeage si précipité.

Tweet extrait du compte Lig’ASM lors de l’officialisation du départ de Niko Kovac (source : Twitter)

Selon l’AFP et L’Équipe, des tensions dans les vestiaires ont en grande partie causé ce départ. Des méthodes trop strictes et des désaccords ont scindé le groupe en deux. Des joueurs comme Fabregas ou encore Volland ont été très attristés par le départ du coach. Ils l’ont appelé personnellement pour le remercier de ce qu’il avait fait pour le club.

Pour Amaury, supporter monégasque, cette histoire reste floue. « On a appris après, grâce aux journalistes, qu’il y avait des problèmes avec le groupe. Mais quand on voit la réaction des joueurs sur les réseaux sociaux, qui étaient tous un peu dégoûtés qu’il soit parti, même ceux avec qui il ne s’entendait pas forcément comme Youssouf Fofana ou encore Wissam Ben Yedder, je trouve ça bizarre », confie le jeune homme.

L’ancien milieu de terrain a peu à peu perdu la confiance de son groupe jusqu’à arriver au point de non-retour. Kovac a toutefois su maintenir ses méthodes et n’a pas plié sous la pression qu’on put lui mettre les joueurs. Un comportement qui laisse croire que l’AS Monaco n’a peut-être pas fait le bon choix en se séparant de lui. Mais pour Amaury, l’interrogation reste grande. « On a viré Kovac qui était un bon coach pour prendre Clément. Est-ce que c’est mieux ? Je ne sais pas. » Nul doute que le futur de l’ASM risque d’être mouvementé.

L’AS Monaco un cas isolé ?

Le club de la principauté n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Thierry Henry, d’octobre 2018 à janvier 2019, Leonardo Jardim, de janvier 2019 à décembre 2019, Roberto Moreno, de décembre 2019 à juillet 2020, et maintenant Niko Kovac vient compléter la liste. Avec ce renvoi, Monaco se sépare d’un 4ème entraineur en seulement trois ans. Une valse de plus en plus courante chez les clubs de Ligue 1 . Les problématiques financières dues à la crise du Covid-19 ou à la chute prématurée de Médiapro entraînent les clubs dans une nouvelle tendance économique. 

Mais l’ASM n’est pas le seul club dans cette situation. La période des fêtes de fin d’année n’est pas évidente pour les entraîneurs de Ligue 1. L’année dernière, c’est Thomas Tuchel qui avait laissé sa place d’entraîneur du Paris Saint-Germain en décembre 2020.

Ce métier évolue et est de plus en plus difficile. Le coach devient progressivement l’instrument médiatique des clubs. C’est lui que nous allons féliciter lorsque l’équipe gagne, mais c’est également lui que nous allons blâmer lors d’une défaite. Il est continuellement sur un siège éjectable et risque sa place à chaque match. Dans ces conditions, impossible de construire une vraie cohésion de groupe sur le long terme. Un problème qui a touché de nombreux clubs de Ligue 1.

Tableau des entraîneurs de ligue 1 sur les 4 dernières saisons / Une couleur correspond à un coach

Sur quatorze clubs pensionnaires de Ligue 1 depuis quatre saisons, seul quatre ont conservé le même entraîneur entre 2020/2021 et 2021/2022. Des statistiques qui illustrent l’impact très fort de la crise sanitaire sur le football et l’obligation de résultat. Même les clubs « stables » tels que Angers SCO, Lille OSC ou l’OGC Nice se sont séparés des indéboulonnables cette saison. L’AS Monaco n’est donc pas un cas isolé. L’éviction de Niko Kovac ne fait que confirmer la crise des entraîneurs que connaît le championnat français ces derniers temps.

(Crédit photo de couverture : F. Porcu/L’Équipe)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :