Handball Omnisport

Entretien avec Benjamin Briffe, handballeur new yorkais

Lorsque l’on parle de handball un pays comme les Etats-Unis ne nous vient pas directement à l’esprit. Nation dominante du sport mondial, la sélection américaine fait figure de petit poucet dans le monde des handballeurs. Invités au championnat du monde par l’IHF (International Handball Federation) par le biais d’une Wild Card, les USA ont fait face à un nombre trop important de joueurs testés positifs au Covid19 lors de leur dernier stage au Danemark, le tout, à deux jours de leur départ en Egypte. Cruel. Parmi les joueurs aptes à voyager et motivé à faire bonne figure, se trouvait un ancien pensionnaire breton de la première division française, sélectionné pour le Hand Star Game en 2013 et dorénavant joueur à New York City: Benjamin Briffe.

Bonjour Benjamin, peux tu raconter ton parcours professionnel à nos lecteurs ?

Bonjour, j’ai commencé le hand au club du Handball Pays de Vannes, tout en étant en Sports-Etudes à Cesson-Sévigné. Je suis parti ensuite jouer à Thau-Frontignan près de Montpellier pendant un an et faire mon école de Prépa Kiné puis j’ai évolué au Centre de Formation de Toulouse et fait mes premiers pas en Division 1 à 20 ans lors de la saison 2006/2007. J’ai obtenu mon diplôme de Kinésithérapeute en 2009 et dans le même temps je suis passé professionnel à Toulouse. Cela a duré 2 ans jusqu’en 2011 puis je suis allé à Cesson où j’ai joué durant 3 saisons puis j’ai fini en 2014/2015 en tant que joker médical à Aix-en-Provence mais je me suis blessé à l’épaule, c’était pas le top. Je joue désormais sous les couleurs du New York Team Handball depuis mon arrivée aux États-Unis.

Benjamin Briffe sous les couleurs cessonnaises – Crédits: Handnews

En parlant des États-Unis, qu’est ce qui t’as poussé à traverser l’Atlantique et pratiquer ton sport de prédilection chez les américains ?

Je suis parti aux États-Unis car ma compagne, étant américaine et vivant en France, a dû rentrer chez elle. Je l’ai suivi jusqu’à New York grâce à un Visa Touriste mais étant mal préparé j’ai été dans l’obligation de retourner en France d’où mon statut de joker médical à Aix. Nous nous sommes marié en 2015 cependant j’ai dû faire quelques mois en France après notre mariage avant de poser mes valises pour de bon à New York.

Quand on pense à New York, ville de basket ou de baseball, on ne s’imagine pas pratiquer du handball là-bas, comment as tu trouvé le club ?

Ma femme jouait dans l’équipe féminine du New York Team Handball, il y a également trois équipes masculines dont une au niveau qu’ils appellent « Elite ». Je me suis présenté, il y avait pleins de nationalités différentes c’était sympa. C’est une petite structure et je me suis inscrit juste pour le fun et faire quelques tournois.

Comment se passe la compétition là-bas, c’est un système de Conférence Est/Ouest comme la NBA ou les autres sports majeurs ?

En fait la compétition est divisée en quatre ligues : Nord-Ouest, Nord-Est, Sud-Ouest, Sud-Est. Comme c’est un sport vraiment minoritaire et que les distances sont énormes entre les villes, des tournois sont organisés dans l’année où on joue plusieurs matchs dans le week-end. Pour les phases finales ça se déroule sur un gros week-end de 3-4 jours où on dispute deux à trois matchs dans la journée. Sur les cinq dernières années on a gagné en 2015, perdu en 2016, fait le doublé en 2017 et 2018 puis perdu en 2019 face au CalHeat de San Francisco. Il n’y a pas eu de compétition en 2020 à cause du Covid.

Les américains s’intéressent au handball, la compétition est suivie ?

Déjà pour eux le mot « Handball » c’est une sorte de jeu de paume qui se pratique avec une petite balle bleue donc on joue au « Team Handball » là-bas. Quand tu en parles avec les gens quel genre de sport tu fais ils captent pas trop donc je leur dis que c’est du water-polo sans piscine (rires).

Tu joues donc pour l’équipe de New York mais j’ai vu que vous viviez sur Miami, comment fais-tu pour t’entraîner avec l’équipe, comment tu t’entretiens physiquement de ton côté en Floride ?

A New York les gars s’entraînent le mardi et le samedi, de mon côté je vais faire quelques matchs de basket comme les américains appellent des « pick-up games ». On se retrouve sur un terrain, on fait des équipes et c’est parti. Je joue souvent à l’intérieur, j’ai pas le droit de shooter à 3 points encore (rires). Quand mes frères sont venus me voir là-bas (sur ses 3 frères, Romain joue au Cesson-Rennes Métropôle et Mathéo est au Centre de Formation), ils sont allés faire un basket et on pris cher avec des gars sur place dont un qui leur mettait des fade-aways le tout en claquettes (rires). Après pour garder la gestuelle de shoot en hand, j’ai un ballon et je m’exerce sur un mur, j’ai pas trop le choix, il n’y a pas de but de hand de disponible.

L’arrière droit breton face à River Plate lors du Championnat Panaméricains des clubs en 2016

Il n’y a pas de club sur Miami ?

Si il y a un club, le Miami University Handball Club, au début on s’entraînait en extérieur sur un terrain de hockey en bitume. C’était un peu galère. Après on a eu un gymnase à notre disposition au sein de l’université F.A.U. (Florida Atlantic University) mais avec le Covid c’était retour direct au terrain bitumé.

Au niveau professionnel et de ton diplôme de kiné, la transition s’est passée comment ?

Il n’y a pas vraiment de comparatif là-bas en terme de kinésithérapeute. Je travaille depuis 3 ans à l’hôpital Mount Sinai Medical Center au sein du staff « Physical Therapist ». Le diplôme de kiné n’est pas reconnu en tant que tel donc il faut s’adapter pour avoir ses équivalences.

Revenons au handball, tu es maintenant au sein de l’équipe Team USA !

Oui depuis le mariage je peux jouer sous les couleurs américaines, il y a un autre français avec moi dans l’équipe c’est Abou Fofana qui joue en D2 à Angers (Aboubakar Fofana est né à Newark dans le New Jersey, il peut jouer grâce à la loi du « droit du sol » ndlr).

Benjamin Briffe sous les couleurs de Team USA – Crédits: Team USA Handball

Qui sont les concurrents des États-Unis en Amérique du Nord ?

Je veux pas dire de bêtises mais Cuba c’est une bonne équipe après les meilleurs nations se trouvent en Amérique du Sud avec l’Argentine, le Chili ou le Brésil par exemple. Quand il y a les Jeux Panaméricains le niveau est relevé avec ces nations.

Pour finir cet entretien, on connaît la situation qu’il vous est arrivé avec les tests positifs, le retour sur le sol américain et votre remplacement par la Suisse, quels étaient vos objectifs en Egypte ?

En toute franchise face à la France et la Norvège, deux équipes qui ont plusieurs titres à leur palmarès, on visait plus la manière que le résultat. L’objectif c’était d’avoir une bonne image des USA afin de développer ce sport là-bas. La dernière fois que les USA étaient qualifiés à un Championnat du Monde c’était en 2001 (victoire de la France face à la Suède ndlr), pas une victoire au compteur donc si on avait pu gagner un match ça aurait été une mission accomplie. On aurait bien voulu affronter l’Autriche pour se jauger par rapport à eux et voir le travail à accomplir dans le futur. On s’est qualifié sans jouer car les qualifications ont été annulées à cause du Covid donc c’est par une Wild Card que l’on s’est retrouvé dans cette compétition, on n’a pas pu voir concrètement notre niveau pour ce Championnat du Monde.

Benjamin je te remercie beaucoup de m’avoir consacré du temps et de nous avoir fait découvrir le handball côté US !

Merci à toi de t’intéresser à ce qu’on fait ici, à bientôt !

Le handball se développe donc très tranquillement outre-Atlantique mais ne peut rivaliser en rien face aux monstres médiatiques que sont la NBA (basket), NFL (foot US), MLB (baseball), NHL (hockey) ou même la MLS (football). Étant un sport pourtant basé sur la vitesse d’exécution, les gestes spectaculaires et l’affrontement physique, un mélange de foot américain et de basket, le « Team Handball », sport complet par excellence, a de quoi plaire aux américains. Peu médiatisé et peu pratiqué à l’école cette occasion manquée de promouvoir ce sport est un léger coup d’arrêt au développement de la sélection américaine mais, à charge de revanche, nous reverrons Team USA en 2028 car les Jeux Olympiques se dérouleront à Los Angeles.

Pour Benjamin sa fin de carrière de handballeur professionnel en 2015 à seulement 28 ans a pu surprendre du monde mais il s’est trouvé une nouvelle vie aux Etats-Unis. En ayant mis un point d’honneur à obtenir ses diplômes avant de commencer une carrière dans le handball, Benjamin Briffe s’est mis toutes les chances de son côté pour voir l’avenir sereinement et faire son propre choix de vie. La rédaction le remercie encore une fois pour sa réactivité lors de notre proposition d’interview.

Benjamin Briffe

  • Taille: 1,99m
  • Poids: 84kg
  • Date de naissance: 1er février 1987
  • Origine: Arradon, Bretagne, France

Palmarès

  • 2015-2020 : New York Team Handball
  • 2019 : IHF SuperGlobe – 9ème (Arabie Saoudite)
  • 2019 : Vice-champion des Etats-Unis – Meilleur arrière droit de la compétition
  • 2018 : Champion des Etats-Unis – Meilleur arrière droit de la compétition
  • 2017 : IHF SuperGlobe avec Sydney Uni Handball – 8ème (Doha, Qatar)
  • 2017 : Champion des Etats-Unis
  • 2016 : Vice-champion des Etats-Unis
  • 2016 : Championnat des clubs Panaméricains – 5ème (Buenos Aires, Argentine)
  • 2015 : Champion des Etats-Unis
  • 2011-2014 : Cesson-Rennes Métropole Handball
  • 2013 : Sélection au Hand Star Game en France
  • 2006-2011 : Toulouse Handball
  • 2006 : Participation à l’Euro U21
  • 2004 : Participation à l’Euro U19

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