Foot Ligue 1

Pourquoi la Ligue 1 reste (et restera) derrière les 4 grands championnats ?

Alors que les championnats anglais, allemands, italiens et espagnols reprennent progressivement, la Ligue 1, elle, est toujours à l’arrêt. Anomalie ou urgence sanitaire ? Quoiqu’il en soit, l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain reprendront la Ligue des Champions en août, en manque de rythme. Rajouté à cela, l’absence de clubs français dans les derniers carrés de l’Europa League sera un élément de déception supplémentaire au regard de l’indice UEFA de notre chère et tendre Ligue 1. Sur la saison 2019-2020, la France se situe au 8ème rang, derrière les « 4 grands », derrière le Portugal, les Pays-Bas et derrière l’Ecosse ! La marche pour rattraper la Serie A à l’indice UEFA était déjà grande, elle devient monumentale … Doit-on se résoudre à (re)devenir un « petit » championnat ? Quelles sont les causes fondamentales de cet échec répétitif qui en devient perpétuel ?

Un engouement faible, notamment en tribunes …

La France a beau être le second pays le plus peuplé d’Europe occidentale (derrière l’Allemagne), l’affluence dans les stades de Ligue 1 est la plus faible des 5 grands championnats. Avec en moyenne 23000 spectateurs à chaque match lors de la saison 18/19 (dernière saison complète), la Ligue 1 se situe légèrement derrière la Serie A (25000), loin derrière La Liga (27000) et à des années lumières de la Premier League (38000) et de la Bundesliga qui accueille en moyenne 43500 spectateurs à chaque match ; presque le double de la Ligue 1

La capacité de nos stades est également la plus faible des 5 grands championnats (l’Orange Vélodrome n’est que 13ème), le taux de remplissage de nos stades (71%) situe la Ligue 1 en 4ème position, derrière l’Espagne, l’Allemagne et l’Angleterre. En France, seuls le Racing Club de Strasbourg (97%) et le Paris Saint-Germain (94%) dépassent les 90% de taux de remplissage. Pire, parmi les 7 clubs de la saison 18/19 qui ont souffert d’un taux de remplissage strictement inférieur à 51%, on retrouve 4 clubs français, et pas des moindres : Bordeaux (50%), Toulouse (49%), Monaco (46%) et Montpellier (42%). A titre de comparaison, aucun club de Premier League ne remplit son stade à moins de 87% et le club allemand qui remplit le moins (le Hertha Berlin) affiche un taux de remplissage de 66%.

Si nos stades peinent à se remplir correctement, côté petit écran, les clubs hexagonaux se frottent déjà les mains. En effet, l’annonce de l’acquisition des droits TV de la Ligue 1 par Mediapro en mai 2018 a ravi les dirigeants de clubs français, Jean-Michel Aulas le premier : « Avec 60% de hausse, c’est une évolution très significative. J’en suis ravi. C’est un jour béni pour le football professionnel français » s’est alors félicité le président de l’OL. En passant d’un contrat pour les droits TV domestiques à 748,5 millions d’€ pour la période 2016-2020 à un contrat à 1,153 milliard d’€ pour la période 2020-2024, la Ligue 1 a gagné 2 places, dépassant désormais (et pour le moment !) La Liga et la Serie A, mais toujours franchement très loin de la Premier League avec plus 1,93 milliards d’€ par saison. Ces montants étant domestiques, il est intéressant de comparer ces chiffres à la population totale de chaque pays ; ainsi, en se basant sur le montant des droits TV perçus en Angleterre, la France devrait percevoir 2,35 milliards d’€ par saison … On peut donc considérer que l’audience footballistique française est 2 fois moins intéressante que l’audience domestique de la Premier League.


Un championnat profondément déséquilibré …

Le championnat de France est un championnat aux budgets disparates ; le Paris Saint-Germain, avec un budget pour la saison 2019/20 de 580 millions d’€, devance très largement son dauphin, l’Olympique Lyonnais (310M) et l’AS Monaco (220M). Le Nîmes Olympique, plus faible budget de L1, disposait de 27M d’€, soit plus de 20 fois moins que le Paris Saint-Germain. De telles amplitudes n’existent bien évidemment pas en Premier League : 670 M pour Manchester United quand Norwich City disposait de 101M d’€ pour la saison en cours.

Les redevances des droits TV domestiques et internationaux contribuent grandement à la richesse des clubs. Lorsque le championnat attire des spectateurs du monde entier, l’enveloppe se garnie et c’est ainsi que les clubs anglais bénéficient de budgets colossaux. De plus ; lorsqu’en France, les redevances TV sont divisées entre les 20 écuries hexagonales elles sont divisées par 18 en Bundesliga qui comprend 18 clubs.

La Ligue 1 souffre également d’une disparité et plus globalement d’une faiblesse de ses effectifs. Pour l’illustrer il est intéressant de regarder les valeurs marchandes des effectifs des clubs de Ligue 1 comparé, par exemple, à ceux de la Bundesliga. Le résultat est sans appel comme le montre le tableau ci-dessous :

(Source données : transfermarkt.fr)

… et qui souffre donc d’un manque de compétitivité de nos clubs au niveau européen.

« A jamais les premiers », telle est la devise des supporters marseillais … Et c’est bien le problème ! La France ne compte qu’une seule victoire en Ligue des Champions, 3 de moins que le Portugal et 5 de moins que les Pays-Bas. Dans la nouvelle version de la compétition c’est un zéro pointé. Comment peut-on se revendiquer « grand championnat » lorsque le pays ne compte qu’une seule victoire dans la compétition Reine.

Les éliminations ridicules du Paris Saint-Germain sont l’arbre qui cache la forêt de désillusions françaises en Coupes d’Europe.

Les faiblesses des clubs européens peuvent s’expliquer par un manque d’ambition, le problème est surtout dû à un manque de compétitivité des clubs sur le plan sportif. Lorsqu’un club comme Lille la saison dernière sur-performe et se voit glaner une place en Ligue des Champions, les meilleurs joueurs de l’effectif se voient aussitôt courtisés par les clubs des « 4 grands championnats » qui bénéficient de budgets largement plus importants. On ne compte plus le nombre d’espoirs du championnat de France qui sont aujourd’hui des cadres imposants de clubs très huppés en Angleterre, en Espagne et désormais en Allemagne.

Lorsqu’on s’aperçoit également que les jeunes prometteurs des centres de formation du Paris Saint-Germain et de l’Olympique Lyonnais quittent très vite l’hexagone plutôt que de s’imposer dans des écuries plus humbles de Ligue 1, on se dit que le foot-business n’est profitable qu’aux 4 grands championnats et que la France ne fait vraisemblablement plus partie de ce club des cinq.


Les nouvelles redevances TV qui seront perçues par les clubs français dès la saison prochaine permettront sûrement un rééquilibrage des forces entre les 5 grands championnats. La France a de nombreux talents à faire valoir et on attend des futurs investisseurs étrangers en France qu’ils mettent la main à la poche et « consomment Français » … Si les clubs moins huppés sont prêts à privilégier les grandes écuries françaises au moment de vendre ; rien n’est malheureusement moins sûr … Au détriment, finalement, de leurs propres intérêts à long-terme.

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