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JO 2020 I Foot : Bryan Gil, maigre, anachronique et statistiquement faible, soit le footballeur parfait

A l’heure des dégradés soignés, des teintures blondes et autres barbes bien taillées, Bryan Gil détonne. Sa coupe de cheveux semble ne pas avoir quitté les années 70, sa longue crinière noire lui tombant devant les yeux. De toute manière, rien ne va avec lui. Bryan Gil est à contre-temps de son époque, mais c’est pour ça qu’on vibre pour lui, avec lui. Cet été, c’est à Tokyo et avec la Roja qu’il nous vendra encore son football. Et on attend que ça. Troisième volet d’une série en 5 épisodes concentrés sur autant de talents qui peuvent briller durant ces JO. Et dans la décennie à venir, accessoirement.

Épisodes précédents :
Amad Diallo, à la conquête du monde
Thiago Almada, l’homme du troisième sacre ?

Seule grande nation à forcer ses joueurs à rejoindre la sélection Olympique, l’Espagne se présente à Tokyo comme l’une des favorites. Et même si son match nul contre le Japon les a ralenti, le talent individuel de chacun des sélectionnés risque de faire la différence. Parmi les 21 convoqués par Luis De La Fuente, Bryan Gil est l’un de ceux ayant déjà joué avec l’équipe première. A l’instar de Pedri, il représente l’avenir d’une nation qui semblait en chute libre. Et à raison. Dans une Liga souvent ennuyante cette saison, Bryan Gil a été une véritable lumière. Prêté par Séville à Eibar, il a su convaincre les observateurs, tant et si bien que des rumeurs de transferts l’envoient au Barca ou à Arsenal.

Ailier « à l’ancienne »

Avant de rentrer dans les détails de ses aptitudes techniques, il faut dessiner son profil. Et de suite, ça interpelle. Si les ailiers rapides et dribbleurs, dits « de débordements » ne manquent pas, les très bons centreurs semblent sortir de moins en moins souvent. Pourtant, Bryan Gil fait partie de cette catégorie. L’ailier gaucher colle la ligne et s’y sent bien. En restant très excentré, il offre énormément de largeur à son équipe, ce qui est une qualité devenant rare. Sa vitesse et sa fréquence d’appuis lui permettent de garder énormément de mobilité malgré sa position moyenne « statique ».

« Bryan a besoin d’un adversaire direct pour construire son match et être pleinement dedans. Il va régulièrement le « travailler », comme on dit.

@BenjaminB_13, sur FuriaLiga.

Cette disponibilité est récompensée par ses partenaires qui n’hésitent pas à le servir, que ce soit dans les pieds ou dans l’espace. Une fois le ballon reçu, son agilité, sa fréquence d’appuis lui permettent très souvent de prendre le dessus sur son adversaire pour trouver le temps et l’espace de centrer. Sa qualité de centre est d’ailleurs assez rare, pour deux raisons. Déjà, parce qu’elle est variée. Premier poteau, second poteau, retrait, en l’air ou fort au sol, qu’importe. Deuxièmement, parce qu’il arrive à centrer depuis toutes les positions. Qu’il soit en pleine course, à l’arrêt (il tirait même certains coups de pieds arrêtés cette saison à Eibar) ou après avoir éliminé, il conserve sa lucidité afin d’offrir d’excellents caviars. Quatrième joueur à avoir tenté le plus de centres cette saison en Liga (110), il a su être ce joueur de différences recherché par son club après le départ d’Orellana. Il est, par ailleurs, le 7e joueur a avoir fait le plus de passes dans la surface adverse (53).

Parmi les joueurs de Liga cette saison, Gil est dans le très très haut de tableau. Ces 3 catégories statistiques prouvent bien son profil : provocateur, créateur, centreur. (Crédits : Driblab)

Cette capacité à déborder et centrer a d’ailleurs tapé dans l’œil de Luis Enrique. Le 25 mars, il connaît première sélection avec la Roja contre la Grèce, à l’issue de laquelle son sélectionneur déclare : « Bryan est un joueur en confiance qui peut déborder, jouer des deux pieds, réussir à conserver le ballon, avec une bonne capacité à centrer et à tirer, même s’il peut s’améliorer devant le but. » Et Benjamin, suiveur de la Liga, de rajouter dans les colonnes du média FuriaLiga : « Bryan a besoin d’un adversaire direct pour construire son match et être pleinement dedans. Il va régulièrement le « travailler » comme on dit.« 

Pour en apprendre d’avantage sur le parcours du Sévillan : « Avec Bryan Gil, le dribble n’est pas mort. », de Furia Liga.

La technique à tout prix

Si son profil assez rare fait plaisir à voir, c’est aussi qu’il est accompagné d’une technique très fine. Sa spéciale résume bien le joueur qu’il est. Le latéral gauche reçoit le ballon, et le jeune ailier décroche pour le recevoir. Lorsque le ballon arrive, Gil, suivi par son défenseur, s’éloigne du ballon et le touche légèrement de l’extérieur du pied pour prendre son vis-à-vis à défaut en l’humiliant avec un petit pont. Finesse, confiance, élégance, et une pointe d’impertinence, tout ça avant de récupérer la balle grâce à son explosivité, et de profiter de l’espace qu’il vient de gagner. Ce qui lui permet d’être 10e de Liga en chevauchées avec ballon (212), et 7e en chevauchées dans la surface (36). Mais surtout, 6e en petits ponts, avec 7 pères de familles humiliés.

Petite compilation de ce dont est capable l’Espagnol (avec ballon surtout, comme souvent sur les compils YouTube).

Cette technique très fine est, il est clair, le résultat de la formation Espagnole portée sur le ballon. Mais l’on peut aussi y voir un autre héritage, celui de Leo Messi. Comme beaucoup d’ailiers de poches gauchers nés dans la fin des années 90 et le début des années 2000, l’Espagnol a calqué une partie de sa gestuelle sur le numéro 10 du Barca. Ce qui les rapproche le plus se situent notamment dans la fréquence d’appuis (toutes proportions gardées), mais aussi dans sa vitesse à passer le ballon d’un pied à l’autre, ce qui lui permet souvent de zigzaguer, de slalomer parmi les défenses de Liga. Benjamin de chez FuriaLiga écrivait par ailleurs : « Son port de tête, sa manière de conduire le cuir en donnant l’impression de l’avoir cousu au pied, cette cheville souple qui permet de trouver des angles de centre formidables : tout est plaisant chez Bryan Gil. » Une description qui n’est pas sans rappeler quelqu’un.

« Si je dois mettre un joueur en avant, c’est un joueur incroyable, promis à un grand avenir. »

Ivan Rakitic

Sans vouloir le rapprocher de Messi (il en est très loin), on ne peut nier l’influence du Barcelonais dans la construction du jeu de l’Andalou, surtout dans la conduite de balle. En refusant de suivre la tendance actuelle de muscler son haut du corps, le natif de Barbate a conservé toute son agilité, toute sa souplesse. Cela lui permet d’être imprévisible au possible : jeu de corps, changements soudains de direction, fréquence d’appuis, vitesse avec et sans ballon … Il est d’ailleurs le 4e joueur de Liga en joueurs passés en dribblant (78).

Faible statistiquement, vraiment ?

Alors qu’il était le premier joueur né au XXIe siècle à marquer en Liga, l’international Espagnol n’as pas continué sur cette lancée. En 54 matchs, il cumule seulement 6 buts, un total relativement faible comparé à ce qui est demandé aux ailiers actuels. Mais prenons ceci à contre-pied. Oui, Bryan Gil n’est pas un finisseur, un goleador, un tueur devant les cages. Et alors ? Ses qualités balle au pied, sa capacité à faire des différences, à faire vivre le jeu, à user son adversaire direct doivent contre-balancer. Il est venu le temps de ne plus s’intéresser seulement aux buts/passes décisives.

Les infographies de ce genre peuvent être un peu barbares, mais celle-ci est très claire et intéressante. Son radar général montre sa capacité à faire des différences par la passe et par le dribble. Par ailleurs, les graphiques de droite indiquent sa position sur différentes statistiques parmi les ailiers U23 des 5 grands championnats. S’il est assez en retard sur les xGoals, il est dans le très haut de panier sur quasiment tout le reste. (Crédits : @MezzalaFTBL)
Encore une fois, ces très bons radars mettent en valeur ses forces. Les statistiques de création et de dribbles (radar de gauche), montrent certains pics statistiques vraiment impressionnants. (Les notes sont sur 20) Le radar du milieu confirme tout ça (voir les notes de dribbles, xAssists, duels offensifs), mais marque aussi fortement sa faiblesse dans la finition. Mais peut-on lui reprocher, lui qui avait pour but principal d’offrir de la largeur afin de laisser l’axe aux joueurs axiaux d’Eibar ? (soit 2 buteurs, soit 1 buteur et un milieu offensif) (Crédits : @MezzalaFTBL)

Si ces radars sont assez explicites, ils peuvent être complétés par les données de Fbref.com. Site de référence sur les statistiques, ils ont créé une catégorie « Rapport de scouting« , au sein duquel un joueur est comparé aux autres joueurs du même poste. Les joueurs sont alors classés par « centiles », soit un pourcentage. Par exemple, Gil est dans le 88e centile (sur 100) en termes de dribbles réussis, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Encore une fois, sa faiblesse devant le but est amplement compensée par ses stats de passes/dribbles. Son % de passes réussies est faussée par ses très nombreux centres qui ne prennent pas toujours preneur. En revanche, son positionnement sur les stats défensives reste assez intéressant.

Sa volonté de toujours jouer vers l’avant peut être décisive dans une Roja connue pour, certaines fois, avoir du mal à briser les lignes adverses. Pouvant jouer dans une équipe de possession comme une équipe de contres, la largeur de sa palette technique est un énorme atout. De plus, il commence à devenir très bon dans la phase défensive. Courses de repli, positionnement entre deux joueurs, fermeture d’angles de passes, et contre-pressing à certains moments, le jeune ailier progresse.

Lors du premier match de la Roja, Gil a joué 45 minutes. En espérant le voir de plus en plus, tant son style de jeu enchante et peut permettre à sa sélection de se défaire de leurs adversaires via son imprévisibilité et sa capacité à créer des différences. Laissons Pablo Blanco, ancien formateur à Séville, conclure : « Il a une façon extrêmement démodée de jouer … charmante et effrontée, comme de supers footballeurs. » À vous de vous faire un avis, et voilà une bonne raison de suivre le tournoi olympique de football. On revient très vite vous donner les deux derniers !

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